Samedi jaune à Paris, tous criaient « Macron démission ! »

 

Lever 6 heures pour être dans le train de Paris à 8 heures.

Train à l’heure qui m’amène à Montparnasse à 9 h. Les rues sont calmes et le métro me dépose à l’École militaire où je dois retrouver Henri et Laurent. C’est le jour de la manifestation attendue des Gilets jaunes.

Je patiente jusqu’à 11 heures, brasserie la Terrasse avenue Bosquet. Henri est en retard et je n’ai pas de nouvelles de Laurent. Petit déjeuner en terrasse à la table d’un groupe de deux femmes branchées et mûres et d’un grand jeune homme en costume gris.  Ils s’interrogent sur la dangerosité de la horde annoncée, surtout qu’ils sont tout près du Champ-de-Mars où le préfet a décidé de faire paître ces veaux. Les bourgeoises interrogent l’homme, il les rassure, le gouvernement a les choses en mains, ces ploucs ne pourront assombrir trop longtemps leur vie. Ils ne comprennent rien à la situation politique de la France, ni à celle de l’Europe, ni, encore moins, à celle du monde. Par contre, ils sont citoyens de « la planète » qu’il faut sauver à tout prix et conspuent le soldat Hulot qui a déserté. L’une d’entre elles s’exclame : « C’est une couille molle ! »

Ne pouvant intervenir, je change de place pour retrouver le calme. Ces minoritaires du monde urbain et parisien, les bobos, ne comprennent rien mais demeurent hermétiques aux souffrances de la France, de l’Europe et du monde occidental en général. Ils ne le voient qu’à travers des médias subventionnés. La Pravda multiple qu’ils ont suscitée et dont ils se gavent. Pour un peu, je croirais les entendre dire : « Encore un instant, Monsieur le bourreau… »

Henri arrive, Laurent reste silencieux, nous partons pour le Champ-de-Mars, histoire de voir si le piège a fonctionné. Il est vide, sauf un groupe de Gilets jaunes d’une vingtaine de personnes brandissant des drapeaux bretons. Un appel et j’apprends que Laurent est à l’Étoile dans la fumée des lacrymogènes. Nous traversons la Seine et remontons l’avenue Marceau.

Le paysage change, des camions de CRS s’alignent le long des trottoirs. Leurs occupants vont et viennent sans s’intéresser aux gilets jaunes que nous avons revêtus. La couleur devient prégnante à l’approche de l’Arc. Je note l’un des policiers, le Famas en main, signe sans équivoque dans l’ambiance épaisse où nous pénétrons.

L’Étoile en vue, nous prenons la rue de Presbourg pour rejoindre les Champs-Élysées. Autour de l’Arc de Triomphe, des fourgonnettes de CRS, sur le carrefour, des Gilets jaunes plutôt calmes, dans l’air, la fumée des lacrymogènes. Dans ce paysage surprenant, des voitures et scooters  traversent les Champs pour aller rue de Tilsitt. Ils avancent lentement au milieu des manifestants et sous la menace des grenades offensives qui pourraient briser leur pare-brise. Tout cela sous les yeux de CRS postés sur les trottoirs. Un peu plus bas, quelques mètres après le drugstore, un gros barrage des forces de l’ordre interdit l’avenue mais laisse passer les piétons de part et d’autre de celle-ci.

Drôle de répression qui autorise tout ce qui est jaune à vaguer du haut en bas des Champs. Parfois, une escouade de CRS venue de l’avenue Marceau traverse les Champs-Élysées vers la rue de Tilsitt, aux ordres d’une piquante jeune femme, sans jeter sur nous ni sur les autres Gilets jaunes un regard. Au-delà, on entend les explosions de grenades offensives qu’ils nomment « assourdissantes ». Derrière le barrage des véhicules des forces de l’ordre, de grands panaches de fumée montent des plaques de caoutchouc prises sur les chantiers de la mairie.

Rien de grave ne se produit et, l’heure tournant, nous allons rejoindre les « libéraux » d’Aimer Paris sur le quai Branly. Conciliabules, Serge est là, ainsi qu’Olivier et un ancien sénateur. Un « homme d’État » fend notre groupe, Jean-Louis Debré. Le fils de « Michou-la-colère » répond d’un mot à Serge qui l’interroge sur le port d’un gilet jaune : « Je vais le chercher chez moi ».

Laurent me téléphone pour me dire être revenu chez lui et retourner sur les lieux. Nous revoilà avenue Marceau, puis à l’Étoile. Là, surprise, le barrage  de fourgons à hauteur du drugstore a disparu. L’avenue est jaune jusqu’au rond-point des Champs-Élysées. L’ambiance toujours calme et sérieuse, des hommes et femmes d’âge mûr, voire âgés, entourés de plus jeunes femmes et hommes, forment une société équilibrée et plutôt sereine. Un seul slogan, « Macron démission », fédère cette foule venue de toute la France.

Descente de l’avenue, elle est désormais ouverte. Des barricades légères faites avec les matériaux des chantiers Hidalgo brûlent, émettant une épaisse fumée. Pas une vitre brisée et nul regard vers les commerces fermés, toutes les attentions étant fixées vers le bas de l’avenue et l’Élysée où chacun rêve d’aller chercher Macron comme il nous y a engagés.

Du rond-point, un appel de Laurent qui s’y trouve côté Franklin Roosevelt, au milieu des gaz lacrymogènes. Nous quittons les Champs pour l’avenue Montaigne via la rue François 1er. Une barrière a été escaladée par des Gilets jaunes tandis que le reste de la foule stationne derrière. À l’avant, on devine que les forces de l’ordre sont tout près, défendant l’accès au rond-point. Des voitures de pompiers s’annoncent devant lesquelles la foule s’écarte en applaudissant.

Laurent arrive, nous nous retrouvons devant la boutique Dior au 44. Il m’apprend qu’il y a autant de jaune du côté de l’avenue Franklin Roosevelt et vers la Concorde. Grenades assourdissantes puis lacrymogènes pleuvent, qui nous font reculer au pas sans panique, pour revenir aussitôt. Des amis de Laurent, grands bourgeois du quartier, l’accostent. Je les rejoins et ils nous quittent en disant qu’ils n’ont jamais vu de manifestation de ce type malgré leur expérience.

Et en effet, aucune appartenance affirmée, aucune banderole,  nous sommes au sein de citoyens respectueux de la propriété d’autrui et en colère contre l’arrogance d’un pouvoir incompétent. Le préfet, qui avait claironné : « Aucun Gilet jaune ne pénètrera sur les Champs-Élysées », doit avoir bonne mine…

16 heures, je quitte la manifestation pour aller prendre le seul train qui peut me ramener. 17 heures, le train démarre et j’appelle Henri pour savoir comment évoluent les choses. Il crie à cause de la noise qui l’entoure et je comprends qu’ils sont près de l’Élysée. Une demi-heure plus tard, il m’appelle pour m’annoncer qu’étant devant le Fouquet’s, les racailles de banlieue sont à l’œuvre qui brisent les vitres. Il a tenté de s’interposer mais le personnel de l’établissement l’a fait entrer pour le mettre à l’abri car ils devenaient dangereux.

Journée finie, il est temps d’en tirer les enseignements.

Georges Clément

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5 Commentaires

  1. Les Gilets Jaunes c’était quelque chose samedi dernier, il ne manquait plus que Georges Clément pour prendre part à la fête et ça aurait été le bouquet……. Mr Georges Clément a prévu de partir de France dans quelques années, alors pourquoi se prend-il la peine d’écrire tous ces articles, il ne croit plus en l’avenir de la France ni dans les Français qu’il estime devenus couards et ne croyant plus en rien. La France est foutue, alors pliez bagage Georges Clément avant que tout ne soit hors de contrôle !!!!!!

  2. Ce ne fut que le « jour ordinaire » de ce qui nous attend !
    L’Elysée est plus facile à prendre que la Bastille !

  3. Macron et ses acolytes , dehors ! Les faits sont largement suffisants pour justifier l’expulsion de ces personnages qui devraient d’ailleurs même être passibles d’un tribunal militaire .

  4. Si Macron avait vraiment des c…….. il ferait un référendum, eh oui mais Macron n’est pas DE GAULLE, le seul président qui a eu le courage de le faire et de partir lorsqu’il a vu que les citoyens n’étaient pas du même avis que lui. Il n’y a pas de risque que Macron le fasse, il va s’accrocher, la place est trop bonne. Il faudra aller le déloger au fond de son terrier pour le faire partir !

  5. C’est bien de crier «macron démission!», ça aurait été mieux de ne pas l’élire, comme sarkosy et hollande avant lui d’ailleurs.
    Ah oui mais c’est vrai, Marine elle a raté son débat, où avais-je la tête.

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