Sans le Qatar, le jihad malien serait vite terminé

Vendredi passé (27 octobre 2012), mes amis maliens organisaient une réunion à Saint-Denis. L’assemblée était accompagnée de chants délivrés par de magnifiques chanteuses, -souvent griots. Femmes magnifiques par leur charme de femme, magnifiques par la puissance et la richesse de la voix parfaitement maîtrisée, conformément à la tradition incorporant les apports d’une musique à la fois traditionnelle et moderne. 

« ko kolimani (…) tié ou ka li »

Ko kolimani, nous dira une chanteuse.

En Bambara, elle invitera l’assistance et toute la nation malienne à ne pas « nous résigner », parce que nous serions devant un mur.

 « Levez vous les hommes ! »

Levez-vous le Mali ! nous chantera-t-elle avec force et passion.

Le Mali, c’est quinze millions d’hommes et de femmes, 20% vivant en exil économique, dont trois-cent mille en France métropolitaine.

Avec le djihad alquaido-qatari, le Mali, c’est devenu aussi : un demi-million d’hommes, de femmes et d’enfants, réfugiés dans les pays limitrophes, ayant fui Tombouctou, Kidal et Gao. Deux-cent mille s’étant réfugiés au Niger.

Dans une réunion cette semaine, un ami s’étonnera de mon propos

Selon lui, c’est à tort que je mettrai en avant le rôle éminent du Qatar, de l’Emir et de la vorace et ambitieuse aristocratie née de la transformation de la rente pétrolière (pétrodollars) en capital s’exportant et s’appropriant, comme un vulgaire capital impérialiste.

Ce serait à tort, que je dénoncerai le rôle malien de l’émirat, dont le monarque a financé les salafistes libyens qui ont remis à Aqmi l’arsenal de Kadhafi ?

Ce serait à tort, que je dénoncerai le rôle malien de l’émirat, finançant les djihadistes opérant en Syrie après avoir reçu un entraînement dans les deux camps salafistes de Libye?

Pourtant, la vérité factuelle : c’est ce qu’il ressort des informations maliennes en provenance de l’intérieur. Et qu’en ressort-il ? :

–         Que le Qatar ne se limite pas à jouer les financiers d’Aqmi et de ses alliés. 

–         Que les quatre-quatre du djihad ne se ravitaillent toujours pas avec des dattes ou de l’herbe séchée, qu’il leur faut du carburant, et du bon, et en grande quantité.

–         Que ce carburant ne tombe pas du ciel, qu’il ne sort pas raffiné des sables ou ne coule pas de stations service sahariennes, mais arrive du Qatar par avion.

C’est le liquide pétrolier, vital pour les déplacements rapides des djihadistes, que livrent, -avec la régularité d’un métronome-, les avions cargots partis de l’émirat, avec vivres, armes, munitions et renforts.

Sans les Qataris, le djihad nord-malien cesserait de lui-même.

Il mourrait, faute de moyens matériels vitaux pour des hommes qui ne sont pas dans le nord-Mali comme des poissons dans l’eau, mais plutôt comme des hippopotames que l’on aurait débarqués sur la banquise, les contraignant à devoir plonger dans les eaux glaciales des pôles, et à se mouvoir sous les glaces pour tenter d’y trouver le couvert.

J’évoquais la dernière réunion de cette organisation, regroupant plusieurs associations et ONG maliennes. Me précédant à la tribune, une femme, se présentant comme étant une « femme Touareg ».

Elle compara le nord-Mali de 2012  à l’Espagne de 1936, frappée par le pronunciamiento du général Franco.

Elle appela à faire comme en 1936, face à des hommes qui sont, dira-t-elle, vivement applaudie : « comme les nazis. Ce sont des hommes que j’appelle des nazislamistes. Dans les années quarante, il y a eu la résistance au nazisme. Il faut organiser la résistance au nazislamisme. Il y a eu les brigades internationales contre le nazisme des franquistes, il faut des brigades internationales contre les nazislamistes (…). Nous sommes musulmans, mais notre islam ne coupe pas les mains. Notre islam, ne lapide pas. Notre islam est un choix personnel. C’est un islam modéré.»

M’adressant à cette assistance de travailleurs et d’artistes maliens, en cette soirée de « tabaski »*1, j’apporterai mon soutien à cette prise de position. Je mettrai cependant l’assistance en garde, par rapport à la comparaison avec 1936-1945 et les combats contre les nazis et leurs alliés, pour ce qui avait concerné l’Espagne, plus particulièrement.

La république espagnole a été étranglée, vaincue par plusieurs types d’adversaires 

Il y a eut Staline et les siens.

Ils détruiront de l’intérieur la république espagnole. Par la  terreur policière et les assassinats politiques ; ils déclineront, à Albacète et ses prisons privées, le système terroriste qui s’illustrait alors dans l’imposture judiciaire des procès de Moscou qui décimeront le vieux parti bolchevique de 1917 et ravageront l’armée rouge.

Il y eut le refus de l’aide active proposée par le combattant nationaliste marocain Abdelkrim, le chef de la « guerre du rif » de 1927. Les troupes de fantassins et de cavaliers du caudillo Franco étaient principalement formées de tabors marocains. C’est pourquoi Abdelkrim proposera à la république espagnole de soulever les Tabors marocains, afin de priver Franco de ses troupes de choc, en les faisant passer du côté de la République.

Les faux amis de la république espagnole refuseront cette proposition

Le soulèvement nationaliste au Maroc espagnol pouvait en effet avoir des conséquences politiques au sein des populations Marocaines du royaume du Maroc sous protectorat français. Pour éviter cette éventuelle contagion, on refusera la proposition d’Abdelkrim.

Pour revenir au Mali, on cause beaucoup d’aide militaire. Hillary Clinton est même venue pour cela rencontrer à Alger celui que l’on appelle le « malien », Bouteflika. Madame Clinton s’est déplacée pour parler du rôle de l’Algérie, qui possède 2000 kilomètres de frontières communes avec la république du Mali.

Le rôle de l’administration du « malien » n’a guère été reluisant, jusqu’à aujourd’hui.

Mieux, dés que l’alliance, entre les djihadistes venus d’un peu partout et les nationalistes touareg du MNLA, s’est brisée, que ces derniers, -mal ou peu armés-, se sont retrouvés devant la gueule des armes lourdes et des armes de poing modernes, -disposant de beaucoup de munitions-, Alger du « malien » a montré ce qu’était sa real-politic. Alger a renvoyé à leurs bourreaux les combattants du MNLA blessés dans les combats inégaux entre eux et Aqmi, Ansar din et tutti quanti.

En France, le peuple malien reçoit des bonnes paroles, en particulier du côté élyséen et matignonnais.

Mais que valent ces démonstrations d’amitié ?

Que signifient-elles, quand, dans le même temps, on s’en va chez l’Emir du Qatar, agiter sa sébile, pour y quémander de la bonne finance, de la « finance islamique » -cette charmante fille des pétrodollars-, et quand, dans le même temps, la vertueuse finance (selon les termes de Christine Lagarde) équipe, ravitaille, finance, renforce en combattants, le djihad qui occupe deux tiers du territoire malien (l’Azawad et sa très  large périphérie) ?

Si les autorités de ce pays veulent effectivement aider le peuple malien, et au-delà, les pays africains limitrophes et, en particulier le demi-million de réfugiés ayant fui les trois villes du nord et leur région, elles doivent commencer par une chose, une première chose absolument impérative : exiger des autorités qataris qu’elles cessent immédiatement de financer et ravitailler la guerre djihadiste contre le peuple malien (toutes ethnies confondues).

Il y a quelques semaines, une délégation de Maliens étaient reçue par un diplomate qatari (peut-être bien l’ambassadeur en personne). A cette demande de la délégation, l’arrêt de l’aide qatari aux bourreaux du Mali, le diplomate opposera « l’impuissance de l’Emir ». il n’y pourrait rien, l’Emir. Ce serait à titre privé que des qataris, milliardaires en dollars et en euros, financent le djihad au Mali.

Bien sur, c’est parce que les bailleurs de fonds qataris agissent à titre privé, et seulement à titre privé, que des avions cargots s’envolent de l’émirat pour Tombouctou, Gao et Kidal…

No passaran !

No passaran, dira-t-on en Espagne et ailleurs entre 1936-1938. Mais en fin de compte, ce sont les alliés du nazisme qui firent triompher leur mot d’ordre : « viva la muerte ». Ils passeront.

Le Mali, Gao, Kidal et Tombouctou ne doivent pas devenir une autre Catalogne.

Les trois villes et leurs régions ne doivent pas de venir la « Catalogne » de 2012-2013

Le « nazislamisme » doit y être contenu et défait.

La première chose, pour cela : cesser les courbettes et la mendicité auprès des détenteurs de la « finance vertueuse » qui est l’instrument premier, le nerf de la guerre de la prolifération des métastases de la dictature de la charia.

Alain Rubin

*1 L’histoire fait de curieux pieds de nez.. C’est un cas frappant, avec le Tabaski.

Le djihad almoravide, celui qui abattra le califat omeyyade en Espagne, ne parviendra pas à faire totalement disparaître la présence juive plusieurs fois millénaire dans cette région sahélienne. Elle reste en 2012 une présence toujours vivante, consciente sous ses masques, que l’on retrouve parmi certains clans son’hai, peuls ou clients ou protégés des Touaregs. On la retrouve, plus largement dans l’onomastique et les noms et aussi dans la tradition commune à tous les Maliens. On la retrouve là où on l’y attendrait le moins, dans la fête musulmane par excellence : la fête du sacrifice dit d’Abraham (la sunna et les hadith complétant le coran qui ne donne pas ce renseignement, en disant que le fils d’Abraham concerné par l’affaire, ce n’était pas Isaac mais Ismaël).

En effet, au lieu de l’appeler de son nom arabe, les Maliens lui donne un nom dérivé, via les dialectes berbères, du mot hébreu « pessa’h » qui désigne la commémoration de la sortie de la maison d’esclavage (l’Egypte), par les Hébreux et leurs compagnons africains suivant Moïse.

 

image_pdf
0
0