1

Sans un soutien européen massif, Barkhane, c’est mission impossible

Afficher l’image source

Avec la mort de deux hussards tombés au nord du Mali, ce sont 45 de nos soldats qui ont perdu la vie au Sahel depuis 2013, date de l’engagement de la France contre Al-Qaïda et  la nébuleuse islamiste.

Une tragédie qui relance le débat sur le bien-fondé de l’opération Barkhane, qui semble s’enliser dans l’immensité sahélienne.

Il est évident qu’avec 5 000 soldats pour un territoire vaste comme l’Europe, l’engagement de la France a tout d’une mission impossible.

À titre de comparaison, avec une force de 140 000 hommes, la coalition occidentale s’est enlisée durablement en Afghanistan, pays dix fois moins vaste que le Sahel.

Évidemment, les immensités désertiques africaines n’ont rien à voir avec les montagnes afghanes, mais le rapport de forces reste favorable aux islamistes.

Afficher l’image source

L’opération Barkhane parvient à contenir la menace, mais ne peut l’éradiquer, faute de moyens suffisants.

Par conséquent, cette mission essentielle ne peut se concevoir qu’avec un renfort massif de troupes de combat européennes, si on veut éviter la naissance d’un État islamique au Sahel, qui verrait tomber comme des dominos tous les pays de la zone, depuis la Mauritanie  jusqu’à la mer Rouge.

Afficher l’image source

Aucun pays, à part le Tchad qui possède des troupes aguerries, n’a les capacités de résister aux milices islamistes.

Atterissage d'un A400M, en terrain sommaire sur la piste de Madama, au Niger à l'occasion d'expérimentations, afin de tester ses capacités opérationnelles de décollage et d'atterissage en terrain sommaire, durant l'opération Barkhane, le 26 août 2016 (crédit photo: ECPAD)

Si l’Europe, qui ne pèse strictement rien sur l’échiquier international à cause de ses divisions, se montre incapable de soutenir la France dans ce combat légitime contre le terrorisme et la barbarie islamiste, les 5 000 soldats français n’auront plus qu’à plier armes et  bagages.

Veut-on revoir la sauvagerie que l’État islamique a fait régner au Moyen-Orient ? Veut-on revoir les marchés aux esclaves, les têtes coupées, les crucifixions et autres actes de cruauté en tous genres ?

Car c’est cela le programme de réjouissances qui attend les pays du Sahel, si nous abandonnons la partie. La charia version VIIe siècle, avec son cortège d’abominations.

Le récent coup d’État de Bamako, qui a vu IBK renversé par une brochette de colonels ambitieux, n’arrange rien et complique la tâche de nos soldats.

Afficher l’image source

Car, comme la centaine de coups d’État et de tentatives qui ont ravagé l’Afrique depuis 1960, celui-ci n’échappe pas à la règle.

Les militaires ont pris le pouvoir, sans avoir la moindre compétence dans le domaine politique. Nul ne sait où va le Mali.

Quand confier le pouvoir aux civils ? Et à qui ?

C’est là que tous les vieux démons de l’Afrique se réveillent : corruption, rivalités ethniques, incompétence, absence totale de sens de l’État.

La junte militaire veut-elle garder le pouvoir, alors que la Cedeao a sommé le Conseil national du salut du peuple de céder les rênes aux civils dans les huit jours ?

Les civils, qui ont préparé et accompagné le renversement d’IBK, vont-ils accepter de se faire voler leur fromage par les militaires ?

À suivre…

Pour l’instant, l’opération Barkhane se poursuit, la junte militaire ayant reconduit tous les accords de défense avec la France.

Ces colonels savent très bien que le jour où nos soldats quitteront le Mali, l’armée nationale ne tiendra pas plus de 48 heures face aux milices islamistes déterminées.

Ce sera la débandade généralisée, les treillis et les armes jetés dans le fossé, pour se fondre dans la population civile et échapper aux jihadistes.

Mais une autre option reste possible en cas de retrait  de nos soldats.

Le vide laissé par Paris pourrait être comblé par Moscou,  puisque le retour de la Russie en  Afrique est une priorité de Poutine, qui place ses pions sur le continent. Mais c’est un autre sujet.

Le président russe Vladimir Poutine entouré de dirigeants africains au deuxième et dernier jour du sommet de Sotchi, le 24 octobre.

https://www.franceculture.fr/emissions/cultures-monde/afrique-continent-sous-influence-23-de-bangui-a-tripoli-le-retour-de-la-russie

En attendant, nos soldats sont désespérément seuls à payer le prix du sang.

Jacques Guillemain