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Scandale Benalla : la commission d’enquête ne publiera aucun rapport !

 

La commission d’enquête de l’Assemblée, censée éclairer l’opposition et le peuple sur l’affaire Benalla, s’achève sur un fiasco monumental.

Entièrement pilotée par l’Elysée, présidée par une élue macroniste incompétente et visiblement dépassée, totalement soumise aux ordres du Palais, cette parodie de commission d’enquête ne publiera aucun rapport !

Impréparation et amateurisme sont les signes de cette présidence lamentable.

“Compte tenu de la situation et des postures de l’opposition, nous étions dans l’incapacité de tirer la moindre conclusion” se justifie la présidente Yaël Braun-Pivet.

Oser faire porter le chapeau à l’opposition, voilà qui ne manque pas de sel !

La vérité est que la commission était verrouillée par l’Elysée.

“Toutes les demandes d’audition de l’opposition ont été rejetées” dit le député PS Luc Carvounas.

On a donc eu droit à des mensonges, des revirements, des contradictions, des non-dits, sans qu’il soit possible d’obtenir la vérité.

Et tout cela sous serment. Aux Etats-Unis, où le parjure est sévèrement puni, plusieurs intervenants se seraient retrouvés en prison.

Un jour, Benalla était le porte-flingue et le favori du président, comblé de passe-droits et de privilèges, un autre jour il n’était qu’un simple bagagiste du Palais.

C’était une commission d’enquête pour noyer le poisson et savonner la planche de l’opposition, preuve que l’Elysée avait grand intérêt à tout cacher.

Sous ses dehors faussement décontractés et désinvoltes ( “Venez donc me chercher” ), Emmanuel Macron, très contrarié, pilotait la situation pour tenter de désamorcer la bombe qui, de jour en jour, menaçait de tout pulvériser.

Au pic de la crise, la “war room” du Château était à la manœuvre nuit et jour pour faire retomber la pression.

La presse, survoltée pendant 4 jours, s’est soudain ramollie. Preuve que des ordres sont venus d’en haut pour calmer le jeu. Le pouvoir conserve ses puissants moyens de pression à n’en pas douter, comme les subventions….

Mais heureusement, la commission d’enquête sénatoriale, présidée par le brillant et expérimenté sénateur LR Philippe Bas, prend son temps et auditionne tous les intervenants qu’elle souhaite. Elle reprendra ses travaux en septembre.

D’un côté nous avons une commission présidée par une élue LERM entièrement aux ordres, de l’autre, une commission présidée par un élu LR totalement libre. Tout est dit.

A l’Assemblée, les dés étaient pipés. Un scandale digne d’une dictature.

On a souvent dit que le Sénat ne servait à rien, et je l’ai parfois condamné, mais aujourd’hui le Palais du Luxembourg vient de redorer son blason de façon spectaculaire.

Un modèle de transparence et d’efficacité, à 180° de la mascarade de la commission de l’Assemblée, où l’éthique et l’honnêteté ont été totalement absentes des débats.

A la magouille des députés LREM, le Sénat oppose une réelle volonté de transparence et de recherche de la vérité.

“Une commission d’enquête ne doit pas être le lieu d’un combat politique, mais un combat pour la vérité.”, déclare le sénateur socialiste Jean-Pierre Sueur.

Il est clair que le grand gagnant de cette affaire Benalla est le Sénat.

On comprend bien pourquoi Macron voulait des novices à l’Assemblée. Pour mieux les dominer. Incompétents et inexpérimentés pour la plupart, ils n’ont été élus que grâce à la photo de Macron sur leur affiche de campagne.

Le ras le bol anti-establishment de 2017 a fait le reste. Un job bien payé pour dire amen à longueur de temps.

Il est clair que l’affaire Benalla démontre, si besoin était, que Macron déteste les contre-pouvoirs, presse, partenaires sociaux, justice ou opposition.

Sa manière brutale de répondre à ses contradicteurs en dit long sur sa conception du pouvoir : un règne sans partage.

En attendant, c’est la pause estivale. Il faudra attendre la fin de l’année pour découvrir la vérité, totale ou partielle de l’affaire Benalla.

Cette affaire est loin d’être terminée et le poison pourrait se diffuser pendant de longs mois.

Espérons que le Sénat et la justice parviendront à faire toute la lumière sur les turpitudes de l’Elysée, car à ce jour l’opacité est totale.

Aux dernières nouvelles, les policiers mis en examen contredisent la version de l’Elysée. Il va donc falloir remuer la vase encore longtemps.

https://www.valeursactuelles.com/politique/benalla-les-policiers-mis-en-examen-contredisent-lelysee-97863

Avec de telles pratiques de gouvernance, inavouables, on imagine les magouilles qui peuvent entourer les futures élections.

Dans le même registre, il serait intéressant de savoir qui a guidé la torpille qui a frappé Fillon sous la ligne de flottaison….

La Ve République est bien devenue une république bananière. Macron, qui  prétendait gouverner autrement, n’aura pas fait illusion bien longtemps.

Jacques Guillemain