« Sciences et Vie » ou une manipulation rhétorique grossière sur le jihad

Publié le 11 juillet 2011 - par - 1 324 vues
Share

Les cahiers de Science et vie, juin-juillet 2011 : Les Croisades ; un exemple de manipulation rhétorique grossière

Dans l’article de Rafaële Brillaud, « De la guerre sainte et du jihâd » une phrase m’apparait pour le moi douteuse, et symptomatique de la façon dont les journalistes manipulent l’information jusqu’à en fausser la perception, aussi vais-je en faire ici l’analyse.

La phrase en question :

« Mais si le mot jihâd apparait dans 35 versets, 22 ont un sens général, trois désignent un acte purement spirituel et dix seulement se réfèrent au combat… »

Remarques préliminaires sur la langue française :

– Lorsque l’on fait une énumération de quantité l’usage tel qu’enseigné en CE1 ou CE2 veut que l’on utilise la même forme tout le long de la suite, soit uniquement des chiffres, soit uniquement des nombres exprimés en mots, mais pas un mélange des deux.

– Ce même usage veut également que cette énumération suivent une certaine logique le plus souvent chronologique ou dans le cas où le temps ne joue pas de rôle ; un ordre croissant ou décroissant de quantité.

Aucune de ces deux règles n’est respectée par l’auteur, ceci est toutefois anecdotique en comparaison du problème que je tiens à soulever.

Comme tout qui s’est un peu intéressé à l’islam le sait le terme de jihad revêt deux sens aussi appelés le petit jihad et le grand jihad, le petit jihad étant de nature guerrière et le grand jihad de nature spirituelle.

– 35 versets comprenant le mot jihad

– 22 où le sens est général, c’est-à-dire que l’on ne peut déterminer si le sens appartient à l’un ou l’autre catégorie, ou encore que le sens soit double

– 10 Où le sens est de nature explicitement guerrière

– 3 Où le sens est de nature clairement spirituelle

Or R. Billaud place l’adverbe « seulement « en rapport avec le nombre de dix versets guerrier, ce nombre n’étant pas le moindre de l’énumération l’adverbe fausse la perception générale de l’information donnée, un rédacteur objectif aurait en effet formulé l’information de la façon suivante :

« Mais si le mot jihad apparait dans 35 versets, 22 ont un sens général, 10 se réfèrent au combat et 3 seulement désignent un acte spirituel »

Il est patent qu’une telle formulation serait en contradiction avec la doxa politique et médiatique qui veut que l’islam soit une religion de paix. La manipulation est ici assez grossière et aisément détectable.

Par ailleurs elle comporte un second volet nettement plus mensonger quant à lui, il s’agit du commentaire accompagnant une photo d’un texte extrait du Coran :

« Selon le Coran, le jihâd est d’abord un effort qu’on exerce sur soi-même. Mais il peut prendre la forme de guerre contre l’ennemi. »

Affirmer cela c’est totalement ignorer la sourate neuf et ses prescriptions guerrières, prescriptions qui vu la position chronologique de la sourate ; avant-dernière dans l’ordre de révélation, ont prééminence sur tout ce qui se trouve avant.

D’autre part c’est à dessein que j’emploie le terme de mensonger, car l’islam ne se limite pas au Coran et lorsque l’on se penche sur les hadith, l’aspect guerrier de cette idéologie se révèle de manière nettement plus claire ainsi le huitième hadith nawawi nous en montre un peu plus :

« Il m’a été ordonné de combattre les hommes jusqu’à  ce qu’ils témoignent qu’il n’est d’autre divinité qu’Allah, et que Mohammed est Son Envoyé, qu’ils accomplissent la prière rituelle, qu’ils acquittent l’aumône. S’ils exécutent ces choses, ils seront, à mon égard, garantis quant à leurs personnes et à leurs richesses, à moins qu’ils ne transgressent (ouvertement) la loi de l’ Islam, mais Dieu règlera le compte de leurs (intentions vraies) ».

Les « Quarante hadith nawawi », qui sont réalité quarante-deux sont considérés comme les plus importants pour les musulmans, si on devait apporter une comparaison dogmatique ce n’est qu’en rapport avec les « Dix commandements » qu’ils pourraient être confrontés. D’autre part l’injonction donnée à Mahomet s’adresse également aux croyants en regard de l’exemplarité du personnage : « Vous avez, dans l’Envoyé de Dieu [Mahomet], un beau modèle pour vous [musulmans]. » Le Coran, sourate 33, v.21.

Il s’avère donc que la formulation « il peut prendre la forme de guerre contre l’ennemi » est tout à fait spécieuse, puisque la prescription de guerre est très forte et donc le jihad doit, aussi, prendre la forme de guerre mais que de plus pour l’islam est ennemi tout ce qui n’est pas musulman, et que le coran interdit explicitement les alliances entre musulmans et non musulmans (3 :28, 3,85, 3 :118, 5 :51, 5 :80, 9 :23, 53 :29), ceci sans bien entendu oublier les versets 5 à 7 de la sourate 1, versets prononcés quotidiennement par les musulmans pratiquants et qui constituent un véritable camouflet et même une insulte pour les juifs et les chrétiens.

De nombreux autres aspects de l’article mériteraient également une analyse critique, cependant les exemples que j’ai pris suffisent à démontrer le manque de pertinence dans l’information donnée.

Les différentes publications de Science et Vie ne s’adressent pas au grand public mais à un public curieux et ayant généralement une formation académique supérieure à la moyenne ; c’est pourquoi je me dois de dire que je suis très déçu et même un peu surpris d’y trouver un tel manque d’objectivité scientifique. Trouver un tel article dans une telle publication est pour moi révélateur de la déliquescence généralisée de la pensée, cela sous des prétextes dogmatiques de tolérance, tolérance qui va jusqu’à ne pas trouver problématique une idéologie qui prône la mise à mort de ceux qui refusent d’y adhérer. Tolérance qu’en l’occurrence je n’hésite donc pas à qualifier de suicidaire.

François Lallemand

Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.