Se déconfiner du bracelet mental politico-médiatique

Publié le 21 avril 2020 - par - 2 commentaires - 425 vues

Nous nageons (de plus en plus) en pleine incohérence : le dernier bulletin de l’Institut Pasteur indique qu’à cause du confinement nous ne serions pas assez immunisés pour pouvoir enfin vaquer à nos occupations, le « but » de celui-ci étant en fait non pas de « sauver des vies » comme il est sottement prétendu mais de ne pas engorger les hôpitaux !…

Voilà notre triste réalité franco-française alors que lesdites « fourmis » nordistes se « déconfinent » sous nos yeux éberlués, même si leurs communicants, habiles, savent qu’il ne faut pas faire perdre la face à nos dirigeants apeurés ; aussi en rajoutent-ils dans les mots prudents soulignant avec insistance la « fragilité » de la situation, quoique « sous contrôle » ; refusant cependant d’attendre comme l’aurait souhaité le gouvernement français qui voulait évacuer le fait que cette différence n’est pas du tout due au hasard des « singularités culturelles » comme certains bracelets numériques politico-médiatiques nous le claironnent de façon pavlovienne ; tout en nous sermonnant au nom d’une philosophie dite anti-darwinienne puisque les plus résistants s’en sortiraient mieux immunologiquement si le déconfinement avait lieu maintenant ou comment faire de la politique par d’autres moyens luttant ainsi contre « les inégalités » pour mieux cacher en réalité les dysfonctionnements franco-français.

Nous payons en effet, et cela se sait de mieux en mieux maintenant, par confinement interposé, la piètre logistique de nos dirigeants, la mauvaise organisation de la synergie public/privé, comme il a été vu à Mulhouse, enfin la gabegie comptable, ultra-étatiste, et non pas « libérale », qui a préféré, depuis Sarkozy, couper effectivement « dans le tas », partout (hôpitaux donc mais aussi maternités, police, justice, prisons, maintenance ferroviaire et routière, ponts, universités, unedic…) mais ce non pas par adhésion au « (néo)libéralisme » encore une fois et comme il est prétendu – car, dans ce cas, nous serions libres de choisir l’assurance sociale selon le risque que nous voulons, pouvons assumer (quitte à établir des péréquations solidaires du style du quotient familial) mais plutôt à cause d’un hyper-ultra-étatisme affairiste bureaucratisé.

C’est-à-dire mettant en effet à bas celui de Napoléon puis de Gaulle, Pompidou, qui ont renforcé, au-delà de (malgré) l’ébranlement révolutionnaire, l’État monarchique mercantile colbertiste souverain (celui de Bodin et Richelieu ou l’alliance spirituelle entre le Roi et le Peuple contre les Grands) au profit d’un État omnipotent bureaucratiquement, mais faible politiquement, avec son mille-feuilles de plus en plus imposant, mais de plus en plus inefficient techniquement et ce pour des raisons bien plus franco-françaises que liées aux  seuls transferts de souveraineté (ceux-ci n’ayant pas nui par exemple au système de santé danois, allemand, autrichien, hollandais…).

Brièvement dit, l’État post-gaullien a en effet été cogéré depuis Giscard par les bureaucrates carriéristes de tous bords auréolés encore du fumet de ladite « Résistance » (le fameux CNR qu’Emmanuel Macron veut à nouveau ressusciter). Au sens de renforcer, par absence de contre-pouvoirs réels, la dérive à la fois affairiste et idéologique des grands corps d’État qui s’est traduite dans le fait de se donner, en même temps, de manière « schizophrénique » (la « schizo-analyse » deleuzienne) une bonne conscience idéologique (le fameux souci de « légitimité ») tels que le démantèlement du sentiment national jugé désuet au profit d’un multiculturalisme cherchant à revenir à l’époque morcelée précédant Charles Martel (le bracelet mental Mélenchon en est l’exemple chimiquement pur ou presque) en vue de masquer en même temps le renforcement de la bureaucratie bruxelloise et onusienne tout en bénéficiant des miettes hexagonales dans la jonglerie des jetons de présence au sein des conseils d’administration privés ou publics et retour.

Le tout se fit en associant en même temps les syndicats (néo) léninistes (CGT, FO) et  (post) chrétiens (CFTC, CFDT) afin de préserver le statu quo bureaucratique issu de 1945 via quelques saupoudrages réformistes comme les 35 heures et la cinquième semaine de congés payés (le cas de Martine Aubry par exemple en est également un exemple chimiquement pur) tout en refusant une réelle cogestion qui aurait permis d’améliorer fortement le pouvoir d’achat et le système de formation, mais ce au détriment des bureaucraties syndicales et partisanes à gauche comme à droite gérant par exemple les fameuses « aides » qui sont autant de poisons paralysants favorisant en réalité les plus intégrés dans les réseaux de pouvoir ;  a contrario (toujours la schizo-analyse) toutes ces bureaucraties ont accepté, à partir de Maastricht, de réduire les coûts de gestion des services cités plus haut afin de plaire, certes, aux fourmis nordistes, mais aussi et sans doute surtout, pour éviter de toucher aux bastions bureaucratiques des uns et des autres ; Chirac répétant à tout-va par exemple que Bruxelles n’ira pas envoyer ses chars sur Paris pour faire respecter les fameux « 3 % » décidés, rappelons-le, du temps de… Mitterrand et Kohl, ou le fameux « tournant » dit « réaliste » de la gauche de « gouvernement » personnifié par le… père de Martine Aubry, Jacques Delors (qui, d’ailleurs, avait voulu se présenter en 1981 avant de se rétracter, il triompha trois ans plus tard sous le gouvernement Mauroy, en attendant Jospin, Hollande… Macron).

Les syndicats, en particulier (néo) léninistes mais aussi les dissidences issus du post-christianisme et de la social-démocratie (SUD, Solidaires, l’éclatement de la FEN…) ont certes rouspété, officiellement, par les grèves et les haussements de voix (dont celle de Bourdieu en 1995) mais ils ont, officieusement bel et bien accepté, de fait, cette « gestion de la pénurie », nous confinant en réalité depuis longtemps, afin de préserver leur prégnance sur une Fonction publique incapable de plus en plus, malgré la volonté désintéressée et si généreuse au niveau individuel comme on peut le voir partout, de faire face aux défis sanitaires, sécuritaires, judiciaires scolaires, migratoires ; nous en sommes au-delà des divergences d’appréciation.

Mais ce n’est pas le moment d’en parler, nous dit le « on » ; voyons en effet cela « après », siffle et se resserre, en nous, le bracelet, l’anneau, mental politico-médiatique qui nous enserre ou la même sérénade en effet martelée depuis des lustres.

Signalons tout de même en passant que rendre plus souple, plus innovant, la gestion de l’Intérêt général ou commun, comme en Allemagne, en Corée du Sud (bref, dans ces pays ayant un solide système de santé…) cela ne veut pas dire réduire les financements publics comme cela a été fait par la droite comme par la gauche (et dire que ce n’est pas « la » gauche est aisée) mais bien permettre de plus en plus d’initiatives horizontales, d’inventions démocratiques, d’émulations opératoires, de délégations de services aussi, payant alors les fonctionnaires et affiliés au mérite et non à l’avancement mécanique, bref, édifiant une réelle cogestion dynamique avec tous les échelons de la Fonction publique (A,B,C) et ce non pas de manière bureaucratique via les arrangements maintenant ainsi le statu quo

Vœux pieux que cela, certes ; les syndicats affiliés au (néo)léninisme de fait, c’est-à-dire à l’anti-syndicalisme en réalité (il n’y avait pas de syndicats indépendants dans les pays communistes, pas plus en Chine ni au Vietnam actuellement…) ont toujours refusé de repenser l’offre publique, sa synergie avec le privé, le fait de ne pas confondre bonne gestion de l’argent public et réduction aveugle des coûts alors que l’inflation des gaspillages prévaut ; d’où le contournement lâche effectué par les divers gouvernements, rognant les coûts par le non-renouvellement des postes, le défaut de maintenance de certains locaux universitaires, les passes-droits des envieux (ainsi l’Institut de Didier Raoult aura perdu ses labels CNRS et IRSEM par défaut de « sécurité sanitaire »…) tout en maintenant les doublons en matière institutionnelle, les enflant en réalité, tout cela est archiconnu et donne comme résultat la gabegie sanitaire actuelle, principale cause, donc, de notre confinement franco-français comme vient de l’avouer en passant l’Institut Pasteur.

Le virus agit en réalité plutôt comme révélateur de nos manques et paresses, et, de surcroît, il ne sert à rien de lui mettre aussi sur le dos le fait que nous sommes inégaux devant la mort ; le fait de tous rester confinés jusqu’en 2021 ou de ne plus l’être dans un goutte à goutte impossible ne résoudra pas cela, bien au contraire.

Lucien Samir Oulahbib

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Notifiez de
Savinien

“La réalité est complexe, disait Mao, aussi nous faut-il avoir quelque complexité dans la cervelle”.
Dans la cervelle, certes, mais dans un article pour un site militant où dominent plutôt les réactions simplistes, j’ai peur que cela paraisse un peu indigeste.
Combien vont lire l’article jusqu’au bout ?

patphil

aller acheter son pain c’est permis
aller acheter une vis ou un boulon c’est interdit! une chasse d’au qui coule ils s’en fichent!

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