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Sébastien Lecornu, 37e ministre dans le collimateur de la justice

« Meilleur pote » de la grosse Pompili au gouvernement, toujours donneur de leçons à la droite patriotique sur les plateaux de télévision, Sébastien Lecornu a toujours préféré « le blé » et « les radis » à l’intérêt général et à la préservation de l’environnement.

Et un de plus ! La chasse reste ouverte. Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, Sébastien Lecornu est le 37e ministre qui intéresse la justice. Comme si les trois gouvernements du quinquennat Macron étaient parrainés par les services d’insertion et de probation de la pénitentiaire ! Le gouvernement semble tellement gangréné qu’il faudrait peut être trouver un nouveau « Vidocq » dans les prisons de la République, afin qu’il enquête à plein temps sur les autres ministres.

Quel est son crime ?

Le ministre des Outre-Mer, Sébastien Lecornu est visé par une enquête pour « prise illégale d’intérêts ». Une enquête préliminaire « a été ouverte à l’encontre du ministre des Outre, Mer Sébastien Lecornu », a indiqué une source judiciaire à l’AFP ce mercredi 13 janvier 2021. Du coup, les magistrats confirment des informations du Canard Enchaîné et de Libération, pour des faits remontant à l’époque où il cumulait les fonctions de président du Conseil départemental de l’Eure et un poste d’administrateur de la Société d’autoroutes Paris-Normandie.

‌En août 2020, Emmanuel Macron présentait son protégé Sébastien Lecornu comme un des ministres les plus prometteurs du nouveau gouvernement…

https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/08/22/avec-lecornu-macron-espere-reprendre-la-main-en-outre-mer_6049634_823448.html

Mal lui en a pris ! Car son jeune protégé a toujours aimé les autoroutes, l’argent, la vie de château, les beaux tableaux comme Olivier Dussopt, le gars du budget, et il traîne de sérieuses casseroles derrière ses belles voitures.

Le profil du traître

L’enquête préliminaire ouverte et sa probable mise en examen réjouissent ses anciens petits camarades de LR. Car ce blaze ne serait rien aujourd’hui sans une carrière d’apparatchik à l’UMP puis à LR. En effet, cadre de l’Union pour un Mouvement Populaire (UMP) puis des Républicains (LR), il est président du conseil départemental de l’Eure de 2015 à 2017.

Du 21 juin 2017 au 16 octobre 2018, après avoir trahi son camp, il devient secrétaire d’État auprès du ministre d’État, ministre de la Transition écologique et solidaire (Nicolas Hulot puis François de Rugy) dans le gouvernement Édouard Philippe II, sous la présidence d’Emmanuel Macron. Il est alors exclu de LR et adhère à La République en marche (LREM).

Suite à une campagne menée par certains habitants de son département de l’Eure, dénonçant par voie d’affiches « ses sauvages agissements contre les animaux sauvages », il est exfiltré de l’écologie et nommé en octobre 2018 ministre chargé des Collectivités Territoriales auprès de Jacqueline Gourault, ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales, dans le même gouvernement.

Le 6 juillet 2020, il est nommé ministre des Outre-mer dans le gouvernement Jean Castex. Il est élu sénateur peu après, mais renonce à son mandat parlementaire, moins intéressant en termes d’émargements que le maroquin ministériel.

Plus rapide que Zatopek (*1) pour courir après les postes et l’argent

Selon une source proche du dossier, Cette enquête a été lancée en mars 2019 pour les chefs d’accusation de « prise illégale d’intérêts » et d' »omission de déclaration à la Haute Autorité pour la Transparence de la vie publique ». Elle a été confiée à l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF).

https://www.valeursactuelles.com/societe/le-ministre-sebastien-lecornu-vise-par-une-enquete-preliminaire-pour-prise-illegale-dinterets-127412

Professionnel de la politique, Sébastien Lecornu n’est pas « un lapin de six semaines ». Il a très probablement dissimulé volontairement cette prise illégale d’intérêts dans une société autoroutière. De la même manière, il a volontairement omis de déclarer ce job à la Haute Autorité pour la Transparence de la vie publique. Pas vu, pas pris, il connaît l’adage !

Dans son édition du jour, le Canard Enchaîné rappelle que Sébastien Lecornu était alors président du département de l’Eure. Avec la double casquette de président du département et d’administrateur de la société d’autoroute (SAPN), il a donc approuvé plusieurs délibérations avec la SAPN. L’hebdomadaire en a retrouvé quatre, dont l’une concerne un projet pour lequel le département de l’Eure a déboursé un million d’euros.

Contactée par téléphone ce 13 janvier 2021, la compagnie d’autoroute régionale  explique, via un de ses cadres directionnels « qu’une place est réservée  traditionnellement aux présidents des départements traversés par (ses) autoroutes ».

Pour le gouvernement de Jean Castex, cette affaire survient comme une avalanche au Tibet, car le 8 janvier le Yéti  Éric Dupond-Moretti à été visé par plusieurs plaintes devant la Cour de justice de la République (CJR) pour « prises illégales d’intérêts ». C’est le procureur général près la Cour de Cassation, François Molins (* 2), qui a lancé les poursuites au nom de l’Etat français.

Francis GRUZELLE
Carte de Presse 55411

(*1) Emil Zátopek est un athlète tchèque (Kopřivnice 1922-Prague 2000). Surnommé « la Locomotive humaine » ou « la Locomotive tchèque », ce grand coureur de fond grimaçant en course fut, malgré une foulée peu harmonieuse, l’un des athlètes les plus doués de tous les temps sur les longues distances, remportant quatre titres olympiques.

(* 2) François Molins, né le 26 août 1953 à Banyuls-dels-Aspres (Pyrénées-Orientales) , est un magistrat français. Procureur de la République près le tribunal de grande instance de Paris de 2011 à 2018, il est nommé procureur général près la Cour de Cassation en octobre 2018. Il s’est fait connaître du grand public à l’occasion de la vague d’attentats terroristes islamistes qui touchent la France à partir de 2012.