Secret sunshine, un film de Lee Chang-Dong contre l’idée fantaisiste de « dieu », primé à Cannes

En Corée du Sud, une jeune femme emménage dans la ville natale de son défunt mari. La vie y est simple, peut-être banale, du moins apaisante, à l’image de son nom : Secret sunshine (lumière du soleil secrète). Nouvelle dans la ville, cette professeure de piano bénéficie de l’amitié d’un garagiste dévoué. La simplicité de cet homme complète le paysage de tranquillité recherché par Shin-ae, qui est originaire de Séoul.

Mais l’enlèvement crapuleux de son fils, et son assassinat, sera une déchirure irréparable. Immédiatement mis en appétit par la chair faible, des charognards lobotomisés à la prose chrétienne mettront leur emprise sur la désespérée, avec force sourires et paroles vagues et niaises. D’incroyante, la jeune femme deviendra une habituée du temple et la drogue chrétienne fera l’effet pour lequel elle a été élaborée : le tragique cède la place à la béatitude qui fait de l’individu un légume. Le malheur n’existe plus, seules passent des ombres d’existence pour lesquelles la vie se résume au rabâchage de borborygmes à la gloire de la notion frauduleuse de dieu. Certes, le stupéfiant spirituel fait son effet, les larmes sèchent, l’existence perd de sa pénibilité et Shin-ae croit retrouver le bonheur, une hallucination de bonheur, un bonheur sous perfusion du venin biblique.

C’est alors que l’abandon psychologique souffert par la jeune femme atteint un sommet cinématographique dans une scène qui mériterait d’être infligée à tous les théologiens du monde. Forte du fatalisme chrétien, Shin-ae décide d’accorder son pardon à l’assassin de son cher fils en se rendant à la prison. Courage ? Inconscience ? Mysticisme délirant ? Générosité infinie ? La confrontation avec le criminel renversera en fait une situation elle-même paradoxale dans une issue encore plus imprévisible. Venue pour pardonner, elle en ressort avec la haine de « dieu » après une extraordinaire démonstration de la perversité de l’idée de dieu. « Dieu » hait la vie, les gens, la justice, mais aime les criminels.

Trompée par les christicoles hallucinés qu’elle va désormais fuir, aucune drogue mentale provoquant une paix hallucinatoire ne s’oppose maintenant à l’effondrement de Shin-ae qui s’abîme dans une solitude et un monde d’une injustice infinie. Et inlassablement assistée par le gentil garagiste, parfois collant, parfois maladroit, mais toujours présent, toujours attentionné.

Jeon Do-Yeon, pour son interprétation du rôle de Shin-ae, a obtenu le prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes en 2007.

Jocelyn Bézecourt

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