Des selfies au Mémorial berlinois de la Shoah, comme c’est amusant…

Publié le 23 mai 2015 - par - 1 078 vues
memorial-de-l-holocauste-386Est-ce parce que, aux dires de son architecte, Peter Eisenmann, le Mémorial de la Shoah de Berlin « est un petit peu trop esthétique, un peu trop beau »  que les jeunes visiteurs n’en finissent pas de faire des «  selfies »,  en souriant de toutes leurs dents ? De quoi se questionner sur la façon dont est enseigné le nazisme pour que des jeunes, non seulement semblent dénués d’empathie à l’égard de millions de personnes exterminées, mais se révèlent incapables de la moindre réflexion historique sur ces événements.
Inauguré en 2005, le Mémorial en question ressemble à un vaste champ (19.000 m2), sur lequel se répartissent, en maillage, 2711 stèles de béton de même longueur et largeur mais de hauteurs différentes. Création d’un espace très ordonné qui aurait perdu le contact avec la raison humaine dont le but était de produire des sentiments de malaise et de confusion.
Pour Linda, Jens, Karin et les autres, c’est raté. D’un lieu – dont aucune indication n’indique la nature –  supposé provoquer la gravité et le silence, d’un lieu dédié aux victimes de l’idéologie hitlérienne censé rappeler que l’horreur est humaine, ces jeunes s’extasient sur la beauté et les jeux d’ombre de l’endroit. «  C‘est un jeu de se prendre en photo ici, c’est vraiment amusant (…)». Le Mémorial est même «  sympa » et puis « ce n’est pas parce qu’on sourit qu’on manque de respect aux victimes ». Ben si, surtout quand il s’agit d’épater la galerie…
«  Je n’aurai jamais pensé que quelqu’un dans ce lieu puisse faire autre chose que de penser, de se recueillir» « , déclarait Isabelle, ancienne déportée.
Ces jeunes ne sont pas Français mais Suisses, Allemands, ou viennent d’Europe. Est-ce surprenant, au terme de décennies de propagande, européenne, mondialiste et multiculturaliste, reprise en choeur partout en Europe, que quand quiconque émet la moindre critique à l’encontre de ces idéologies, les biens-pensants n’ont que les mots raciste et nazi à la bouche ? Mettre sur le même plan sans honte et sans scrupule mais avec un méchant enthousiasme les nazis de 1933 avec d’honnêtes et simples citoyens qui ont le malheur de se questionner sur le monde tel qu’il devient,  ne pouvait qu’aboutir à la banalisation de l’holocauste. La preuve, aussi, en France, quand des militants de gauche entrainant dans leur sillage des gamins en culotte courte, scandent –  l’air réjoui ! – F comme fasciste, N comme nazi…Il y a fort à parier que des jeunes Français se rendant au Mémorial de Berlin agiraient exactement de la même manière que leurs voisins européens.
Mémorial ou Auschwitz ? A une époque où tout se vaut, des endroits à la mode et rien d’autre, qui exacerbent les narcissismes, et où on se prend en photo pour avoir « un souvenir». Sans selfie, aucune chance de retenir le nazisme ? La Shoah, à force d’être rappelée – partout en Europe – sous le prisme de l’idéologie gauchisante assimilant quiconque la contestant – l’idéologie – à un descendant d’Hitler, aurait-elle, en cours de route, perdu de sa profondeur émotionnelle pour qu’aucun de ces jeunes ne s’interroge, sérieusement, gravement et dans le recueillement, sur ce que peut engendrer, justement, une idéologie ?
Eisenmann – qui n’a curieusement jamais voulu faire du Mémorial un lieu sacré mais plutôt un grand terrain de jeu, disait, d’ailleurs, en 2005 :
«  Je pense que les gens vont venir manger le midi sur les piliers. Je suis sûr que les skaters vont l’utiliser. Les gens vont danser sur les piliers. Plein de choses inattendues vont s’y passer. Il va y avoir des gens qui vont tenter de dégrader les lieux mais c’est ainsi, c’est l’expression du peuple.» «
Objectif atteint… jusqu’à l’interdiction de pique-niquer !
Et dire que ce sont ceux des peuples qui ne profaneront jamais de tels lieux qui sont traités comme pis que pendre…
Caroline Corbières
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