Selon que vous serez Calimero ou LVMH-Vuitton-Guerlain…

Publié le 18 avril 2011 - par
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Deux faits divers montrent la double échelle pénale qui sévit en France : d’un coté la répression démesurée envers les critiques de l’islam, de l’autre, le laxisme envers ceux qui s’en prennent aux chrétiens et aux traditions françaises.

A Strasbourg un jeune homme est poursuivi en justice et voit requérir contre lui 3 mois de prison pour avoir brûlé un coran puis montré la vidéo de cette action sur internet. ( « Sous le pseudonyme de Calimero, un homme d’origine chilienne avait retransmis le 2 octobre dernier sur internet, via une webcam et son blog, une séquence dans laquelle il remettait en scène l’attentat des tours jumelles à New-York, le 11 septembre 2001. Dans son appartement de Bischheim, on le voyait, affublé d’un masque de diable, déchirer une page du Coran, la plier en forme d’avion avant de l’enflammer et de la jeter sur une boîte posée sur une table et figurant une des tours du World Trade center. Ensuite, il avait posé l’exemplaire du Coran dans un saladier, l’avait arrosé d’alcool avant d’y mettre le feu puis d’uriner dessus en ricanant. »

http://www.lalsace.fr/actualite/2011/04/11/bruler-un-coran-sur-internet-blaspheme-ou-provocation-a-la-haine-raciale )

La plainte vient de la Licra et la mosquée de Strasbourg, leur avocat, Raphael Nisand, parle de « racisme », affirme que l’on ne pouvait pas dire que « tous les musulmans sont des terroristes » ni « uriner sur le Coran en France ». Le procureur Gilles Delorme dénonce une « provocation » et une incitation « à la haine raciale à double détente » en soulignant que la vidéo ravivait « les sentiments qui ont été à l’égard d’une partie du monde musulman après les attentats du 11 septembre 2001 mais ausssi des musulmans”.

A Avignon, la ville, la région, et le groupe LVMH-Moet et Chandon- Vuitton et les collectivités locales de la région d’Avignon organisent l’exposition d’une photo montrant un crucifix plongé dans l’urine du prétendu artiste, Andres Serrano (http://www.defendonslecrucifix.org/ ) (voir la capture d’écran des soutiens de l’exposition). Aucune poursuite, aucune réaction des associations anti-racistes subventionnées. La maire socialiste défend son exposition dans un communiqué. Pas un mot de compassion de la presse qui en rajoute en traitant les chrétiens offusqués de « pisse-vinaigre » ( http://next.liberation.fr/culture/01012330269-les-pisse-vinaigre-contre-piss-christ ).

La photo en cause vient d’être détruite par des visiteurs apparemment chrétiens : les journaux titrent « destruction d’une œuvre d’art », un ministre de la culture et un ancien ministre de la culture se fendent d’une déclaration indignée … ( http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2011/04/17/01016-20110417ARTFIG00157-une-oeuvre-d-art-controversee-detruite-a-avignon.php ). Rappelons qu’il y a seulement quelques jours, un prêtre américain avait brûlé en public un coran, réaction : des musulmans afghans assassinent 24 chrétiens.

Les défenseurs de la laïcité peuvent ils se contenter de dire que dans les deux cas il faut refuser que l’on utilise la loi sur la presse, l’interdiction de l’incitation à la haine à raison de l’appartenance religieuse, pour rétablir subrepticement l’incrimination du « blasphème » ?

Doit on renvoyer ainsi simplement dos à dos deux atteintes à des objets « sacrés » en refusant de voir de différence entre les deux situations ? La laïcité doit –elle être invoquée ici en s’interdisant de considérer le contenu des religions, la signification de leurs pratiques ?

Non, il ne faut laisser la laïcité être définie de cette façon limitative.

Commençons en tout cas, par dire et redire combien la loi sur la presse et les lois incriminant « l’incitation à la haine ou à la discrimination », qu’elles soient utilisées pour leur objectif propres, ou détournées pour réprimer le blasphème, sont mal faites, et en réalité contraires au principe même de légalité. Si Eric Zemmour a commis une erreur (et par là une infraction) dans sa formulation en parlant de droit de discriminer, il avait raison dans sa contestation de la formulation de la loi actuelle contre la discrimination. La notion de discrimination telle qu’elle est définie par la loi pénale est trop floue, elle aboutit à des absurdités en interdisant « toute distinction », en oubliant que « tout le droit est discrimination », et sans faire de distinction entre les distinctions pertinentes et celles qui sont abusives. Quand à la notion d’ « incitation à la haine », elle est bien trop floue pour respecter le principe de légalité, car tout propos qui n’est pas laudatif , ou même un propos « trop » louangeur », peut être interprété comme « incitation indirecte à la haine », ou faire l’objet d’un procès d’intention. Une règle floue ne devrait pas être une loi pénale. Ces raisonnement pervers, ces procès d’intention répugnants, qui veulent faire croire que toute critique du coran ou des terroristes musulmans, serait une incitation a la haine des musulmans, sont le résultat direct de cette rédaction absurde de la loi.. Seule l’incitation à la violence devrait être réprimée.

La France a cru se protéger de la loi religieuse en n’incriminant pas le blasphème, contrairement à d’autres pays européens ( par exemple l’Autriche comme on l’a vu récemment). Las, ceci aboutit à en faire le pays de l’inquisition et du procès d’intention, puisque les lois sur le racisme sont détournées par le biais du procès d’intention…

Il faut donc refuser tous les procès pour « blasphème », mais il faut le faire pour toutes les religions : on ne peut pas reprocher aux catholiques d’en appeler aux tribunaux pour « racisme anti-chrétien », ( de façon limitée car avec leur propre argent), alors que les associations dites anti-racistes multiplient (avec les fonds publics), les procès apparemment en « incitation à la haine raciale ou à raison de l’appartenance religieuse », procès qui sont en réalité la répression du blasphème que Mouloud Aounit appelait de ses vœux, pour protéger uniquement la religion musulmane ou juive et jamais les chrétiens …

Ceci dit, celui de Caliméro et celui de Serrano ont-ils le même sens et la même portée ? Non.

Le coran et le crucifix sont deux objets auxquels les croyants soit à l’islam soit au christianisme sont très attachés, mais leur signification n’est pas la même.

Le coran est une livre incitant à la violence.

Chaque jour, le coran sert de justification à des crimes et à la persécutions de millions de personnes. Pensons au sort des jeunes filles coptes mariées de force à des musulmans, pensons aux esclaves noirs, pensons à Daniel Viflic, mort hier à 16 ans, son bus scolaire jaune a été la cible, dans le sud d’Israel près de Gaza, de roquets du Hamas, le Hamas dont la charte cite un texte sacré islamique prônant l’extermination des juifs ….

Le crucifix montre au contraire un symbole de sacrifice de soi et de paix et de pardon, un dieu-humain subissant la violence pour sauver des humains. Il y a belle lurette que l’Eglise ne persécute plus personne (on peut toujours citer des « cas » rares comme les évangélistes demandant l’emprisonnement des gays en Ouganda, ou l’assassinat de médecins pratiquant l’IVG aux USA).

Salir un crucifix, c’est vouloir salir physiquement les chrétiens qui aiment ce personnage et cet objet, cela n’a aucune justification intellectuelle possible, c’est juste prendre plaisir à salir … Alors que dire sa colère contre le message du coran en s’en prenant à l’objet, objet lui-même n’est que « parole » et non pas représentation d’un être humain, est sans doute ridicule, sans doute grave, mais c’est un message qui a un sens, donc c’est un acte justifiable.

80 000 chrétiens ont signé une pétition contre l’exposition de cette photo, fallait il mépriser leur demande bien polie , persister à les blesser ? Je ne pense pas. Dirais-je la même chose pour les caricatures de Mahomet : oui bien sûr. Chaque trait d’humour, chaque dessin humoristique a un sens, certains sont pure injures, d’autres sont des thèses qu’il faut être libre d’exprimer. Certains dessins de Mahomet n’avaient rien de caricatural, c’était simplement l’expression du droit pris de le représenter, en dépit des règles de l’islam. Une caricature montrait son crâne en forme de bombe, signifiant que sa pensée était source de terrorisme : c’est une thèse des plus défendables, il n’y a rien à reprocher à ce dessin. Par contre, des représentations de chiens avec une tête de Mahomet n’était que pure injure gratuite : pas de quoi faire un procès à mon sens, mais pas de quoi être fier de les publier.

A propos de tous les actes, il faut chercher quel est leur sens, et ne pas accepter de raisonner par grandes catégories « religion », « caricatures ». La laïcité ne doit pas être détournée pour interdire d’examiner le sens précis de chaque acte rattaché à la religion, ou à la contestation de la religion, sans quoi elle perd son sens, qui est justement de ne pas laisser le droit, la souveraineté, être enfermé dans des limites intellectuelles dogmatiques échappant à la raison.

Les associations qui osent s’appeler antiracistes qui s’en prennent à Caliméro auraient du le soutenir dans sa révolte contre ce livre antisémite, violent, haineux. En l’état actuel du droit, le seul procès qu’elles devraient intenter est celui du coran et de ceux qui s’éditent sans autre avertissement. La publication du coran devrait se voir appliquer les mêmes conditions d’édition que celles du livre de Hitler, c’est-à-dire l’insertion d’un avertissement indiquant les conséquences meurtrières de ce livre, selon la jurisprudence de la cour d’appel de Paris de juillet 1979.

Quant aux collectivités locales, maire, ministres, grandes marques de luxe , qui sont aussi supposées représenter le prestige de la France, qui ont organisé l’exposition d’une photographie aussi répugnante et grossière, qui se sont donné le ridicule de l’appeler « œuvre d’art », leur attitude ne peut que susciter le dégout.

Les expositions injurieuses ne méritent que la réponse du mépris ou de la dérision. Les grandes marques de luxe ont montré leur mauvais gout esthétique et moral, qu’on leur répondre par des caricatures le montrant, un petit dessin vaut mieux qu’un long discours : amusons nous à mettre en valeur leurs produits en les parant d’excrétions artistiques fleurant bon le calme, le luxe et la volupté, comptant que ces marques nous serons gré d’avoir ainsi perçu le sublime message de l’artiste dont elles sont les mécènes,et valorisés leurs marques à la hauteur de leur effort pour l’art, et continuons jusqu’a ce qu’elles nous disent, que non vraiment, c’est trop gentil de notre part …

Quand la loi, quand la conduite des autorités censées l’incarner et l’appliquer, les grandes entreprises, apparaissent par trop injustes, trop méprisantes, elles poussent à des idioties, à des réactions de révolte et de désespoir.

Caliméro est innocent, il n’a appelé à aucune violence. Il n’a pas non plus incité à la haine, sauf de cet horrible bouquin. Son geste n’est pas d’abord idiot, il est surtout un geste de désespoir, face à une loi et un gouvernement qui laissent eux, un texte plein de haine et d’incitation à la violence répandre partout son poison moral. Les chrétiens qui ont détruit la photographie écoeurante, ont aussi commis sans doute une idiotie, ne serait ce que parce qu’ils vont justifier des accusations contre les autres chrétiens, mais ils ont surtout eu un acte de révolte, devant une représentation qui n’était que pure injure.

Le deux poids, deux mesures, dans l’attitude des autorités politiques et puissances économiques dans ces deux faits divers, est flagrant. Au même moment d’ailleurs, à Strasbourg, le maire Ries ose affirme qu’il met de la viande hallal “pour la diversité” mais pas de poisson le vendredi “pour la laïcité” : on voudrait prouver que la “laïcité” comme la “diversité” ne sont que des slogans à sens unique pour s’aplatir devant les exigences des patrons importateurs de main d’oeuvre et autres puissances pétrolières, que l’on ne pourrait être plus clair.

PS : LVMH vient de dénier avoir jamais soutenu l’exposition …

Elisseievna

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