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Seul un pouvoir national peut encore sauver la France… si les Français le veulent

Nous n’avons jamais caché la sympathie que nous inspirait, au Rassemblement national, Jean Messiha, dont nous savourions chaque passage sur les médias. Quelques jours après son départ du Rassemblement national, qui a fait beaucoup parler dans la mouvance patriote, et même plus largement, il nous a fait l’amitié de nous accorder un entretien.

Je n’étais pas français et la France a fait de moi un Français

Riposte Laïque : Vous êtes un haut fonctionnaire, vous êtes né en Égypte, vous avez obtenu la nationalité française à l’âge de 20 ans, vous dites avoir voté Chevènement en 2002, et avoir milité à gauche dans vos jeunes années. Et pourtant, vous avez rejoint le Front national de Marine Le Pen en 2015. Qu’est-ce qui vous a amené à une telle évolution ?

Jean Messiha :
C’est assez simple en fait. Ma famille a rejoint la France parce qu’elle représentait un idéal. Elle l’a d’ailleurs rejointe à l’invitation de la France. Pour ma famille, la France est une nation européenne, libre, sûre, forte, prospère, laïque mais d’héritage judéo-chrétien.

Contrairement à une idée répandue mais fausse, je n’ai jamais milité à gauche dans mes jeunes années. Je n’ai fait que coller des autocollants du mouvement des jeunes socialistes (MJS) dans mon lycée du 16e arrondissement de Paris qui votait majoritairement à droite. C’était par provocation, oui, mais certainement pas par conviction.
Par la suite, j’ai vu la France lentement se déseuropéaniser sous les coups de boutoir de l’invasion migratoire du Maghreb et d’Afrique, se soumettre à l’Europe fédérale, s’affaiblir économiquement par l’incompétence de nos élites, se délaïciser sous la pression de l’islam, etc.

Je me suis dit que j’allais me battre pour la France que mes parents m’avaient donnée comme cadeau, eux qui étaient venus comme invités et non comme des passagers clandestins.
Je n’étais pas français et la France a fait de moi ce que je suis devenu, c’est-à-dire un Français. Je me devais dès lors de faire en sorte que la France reste ce qu’elle est, c’est-à-dire française.

L’écrasante majorité de la fonction publique servira loyalement un gouvernement du camp national

Riposte Laïque : Philippe Martel, ancien haut fonctionnaire, comme vous, ancien directeur de cabinet d’Alain Juppé, puis de Marine Le Pen, vient de nous quitter prématurément. Il expliquait que son passage au FN avait brisé sa carrière professionnelle. Confirmez-vous cela, dans votre cas, et votre expérience vous permet-elle de dire que nombre de hauts fonctionnaires se comporteraient loyalement, si un gouvernement patriote arrivait au pouvoir ?

Jean Messiha :
Vous savez, de tout temps l’engagement politique du fonctionnaire n’a jamais été neutre. Tantôt il propulse sa carrière s’il s’engage dans un mouvement politique qui finit par exercer le pouvoir, tant il la ralentit s’il est dans un mouvement politique d’opposition. L’engagement au FN/RN ne change rien à la nature de la conséquence mais à son degré. Toutefois, quand vous avez le tiers du corps électoral qui vote pour un parti, ça n’est plus un groupuscule dont votre affiliation pourrait vous valoir des conséquences cataclysmiques sur votre carrière. En tout état de cause, mon engagement politique m’a attiré un nombre impressionnant de sympathies de la part de collègues dont je ne soupçonnais pas, pour certains, la politisation.

Mon devoir de réserve ne me permet pas de parler de ma vie professionnelle dans le détail mais je suis intimement convaincu que l’écrasante majorité de la fonction publique servira loyalement un gouvernement du camp national, à la condition que celui-ci respecte l’État de droit. Cet État de droit nous le respecterons, mais nous changerons le droit quand il ne permet pas au peuple d’exercer son droit souverain à disposer de son destin et l’application des politiques qu’il veut voir mises en œuvre. L’État de droit aussi bien que le droit de l’État doivent retrouver le chemin du service de la France et des Français.
Je le dis solennellement, nous respecterons toutes les libertés publiques à l’exception de trois :
– la liberté d’envahir  la France,
– la liberté d’enténébrer la France dans l’islam radical,
– la liberté d’ensauvager la France.

J’estime que la France métropolitaine est une terre historiquement européenne

Riposte Laïque : Vous avez donc rejoint le FN, devenu le RN, il y a cinq ans, vous en étiez devenu le porte-parole le plus apprécié des militants sur les plateaux, et vous venez d’annoncer votre départ, expliquant deux divergences majeures avec la présidente et la direction : sur l’islam, et sur l’identité. Pouvez-vous approfondir ces deux questions ?

Jean Messiha : Sur l’islam on y reviendra. Sur l’identité, c’est simple. J’estime que la France métropolitaine est une terre historiquement européenne et doit majoritairement le rester, ce qui ne veut absolument pas dire que les Français d’origine non européenne ne sont pas de vrais Français ou sont des Français de seconde zone. Nous sommes tous égaux. Mais pour que la France métropolitaine conserve son européanité déjà bien entamée, il faut drastiquement contingenter l’immigration nouvelle hors UE.

Je crois que cette vision européaniste de notre identité n’était pas du goût de Marine le Pen qui pense que cela pourrait vexer les Français d’Outre-Mer. À eux je dis très simplement que chaque territoire d’outre-mer a une identité forgée par l’Histoire ; une identité qui, à part à Saint-Pierre-et-Miquelon et partiellement en Nouvelle Calédonie, n’est pas européenne et qui n’en est pas moins belle et ni moins respectable. Unis dans la diversité territoriale de nos identités historiques. Voici ce que nous devons être.

Marine a accordé sa confiance à un groupe qui ne veut pas de moi

Riposte Laïque : Mais vous étiez très apprécié des militants, comme vous avez pu le vérifier lors de l’accueil qui vous était réservé dans les fédérations. N’auriez-vous pas pu rester dans ce parti, et essayer de défendre, à l’intérieur, vos positions ?  

Jean Messiha : Non, car Marine Le Pen a accordé sa totale confiance et son soutien à un petit groupe qui ne veut pas de moi car il considère que j’ai acquis une visibilité interne et externe trop significative. Elle a fait ce choix en conscience et je le respecte.

Il y a une limite à tout chose et il faut toujours la dépasser

Riposte Laïque : Quel est l’avenir, pour vous ? Vous dites que vous allez créer un think tank, appelé « Apollon», et vous laissez entendre que votre départ signifie un nouveau début, pour autre chose. Pouvez-vous nous en dire davantage ?

Jean Messiha : Quand on commence une aventure comme celle-là, c’est que l’on ressent une force qui vous pousse. Après, tout dépend de la cinétique de cette force et des soutiens que l’on reçoit. Votre question m’inspire cette belle citation du héros de l’aviation française, Georges Guynemer : « Il y a une limite à toute chose et il faut toujours la dépasser ».

Trump n’a pas compris que quand on devient président des États-Unis, on ne peut plus faire du Trump

Riposte Laïque : Quel est votre regard sur les élections américaines, et pensez-vous, comme le disent les médias, que c’est terminé, et que Biden a définitivement gagné ces élections ?

Jean Messiha : Oui, Biden a gagné cette élection et ce n’est pas de sa faute. Je pense que Trump a mené des politiques justes dans de nombreux domaines mais il n’a jamais vraiment incarné la dignité et la hauteur que requièrent la fonction de Président de la plus grande nation du monde. Il a montré que l’on pouvait remplir les promesses que l’on a faites à son peuple mais il n’a pas compris que lorsque l’on monte sur le trône de la démocratie, on doit faire preuve de la noblesse et de la tempérance d’un roi. Il était Trump et il devait devenir « President of the USA ». Mais il est resté Trump. Obstinément. Maintenant Trump a entamé toute une série de recours devant la justice américaine qui doit se prononcer avant le 8 décembre. Attendons de voir.

Je voudrais ici réaffirmer solennellement mon opposition au reconfinement

Riposte Laïque : Vous n’avez pas évoqué, dans les divergences avec la direction du RN, ses différentes positions sur la crise sanitaire, où elle a défendu le premier confinement, certes en demandant la fermeture des frontières, puis le port du masque, puis le deuxième confinement, comme l’ensemble de la classe politique, alors que des médecins comme le professeur Raoult, Perrone ou Toussaient contestaient ces choix, et accusaient de conflits d’intérêt le Conseil scientifique. Votre ancien collègue Florian Philippot défend des positions totalement opposées. Comment vous situez-vous, dans ce débat ?

Jean Messiha : Je voudrais d’abord reconnaître que nous sommes dans une situation difficile. Je ne suis pas quelqu’un d’orgueilleux alors je dois avouer que je n’avais pas prévu une seconde vague aussi violente et disons les choses en vérité : si nos médecins et nos soignants, à qui j’adresse un vibrant hommage, n’avaient pas amélioré les protocoles de soins et fait baisser la mortalité en réanimation, nous serions face à une hécatombe.

Mais je voudrais ici réaffirmer solennellement mon opposition au reconfinement. Il faut laisser la vie continuer avec un respect scrupuleux des mesures barrières et sanctionner les irresponsables comme ils le méritent. Nos soignants doivent comprendre que la ruine de notre économie, c’est la ruine à moyen terme de notre système de santé. Je ne connais pas d’exemple de médecine de haut niveau dans un pays appauvri. Ce fut le cas de Cuba longtemps et ce n’est même plus vrai. Par contre il faut que les gens qui se battent dans les hôpitaux contre cette saloperie soient récompensés comme les héros qu’ils sont.

Il y a moyen de restaurer la compétitivité de la France en restant dans l’euro

Riposte Laïque : Quelle est votre position sur la question européenne ? En 2017, votre parti réclamait la sortie de l’UE, et suite à la présidentielle, il a changé de position. Comment expliquez-vous ce virage, et le partagez-vous ?

Jean Messiha : En 2017, Marine Le Pen était, selon ses propres mots, en plein « coup de foudre intellectuel pour Florian Philippot » qui avait imposé le Frexit comme ligne politique. Il prétendait que l’on pouvait sortir de l’euro en six mois et autres rodomontades du même style. Il n’était pas question de contredire le Maître du Palais sous peine d’être accusé de trahison. Avoir été devancée par Macron au premier tour a secoué Marine Le Pen et après avoir affirmé avec beaucoup de force pendant des années que la sortie de l’euro était la condition « sine qua non » de son programme, elle a annoncé entre les deux tours que ce n’était plus le cas. Sauf que si on reste dans l’euro, on voit mal comment on peut sortir de l’UE. Passons.

Sur la question européenne je vais être clair. Nous devons garder le marché commun donc le libre-échange entre les pays qui forment cette union. Mais nous devons pouvoir aussi nous protéger individuellement, en tant que nation souveraine, lorsque nous subissons des déficits exorbitants et structurels aux mains de certaines puissances économiques hors UE. C’est le cas de la Chine. L’Allemagne et quelques autres pays ne veulent pas de protection vis-à-vis de la Chine car ils y trouvent leur intérêt. Du coup, nous sommes tous obligés de nous incliner. Cela ne peut plus marcher comme cela.

La libre circulation et installation des Européens en Europe est un principe sur lequel il n’est pas question de revenir mais pour moi cela ne s’applique pas aux étrangers qui vivent en Europe. Si, par exemple, l’Allemagne décide de laisser venir en masse des migrants, il est hors de question qu’ils puissent se déverser sur la France quand l’envie leur en prend. Par ailleurs cette ouverture de nos frontières intérieures entre Européens ne fonctionne que si nos frontières extérieures communes sont protégées. Nous savons que ce n’est pas le cas. L’Espagne socialiste, l’Italie « démocrate » et « 5 étoiles » laissent leurs plages être celles du Débarquement. Mais pas celui de la Libération. Celui de l’Invasion. Les prétendus réfugiés sont ensuite plus ou moins discrètement dirigés vers notre frontière avec le soutien de Bruxelles. Il en fut de même quand la Grèce était aux mains de l’extrême-gauche mais c’est fort heureusement beaucoup moins le cas aujourd’hui. Alors tant que cette question ne sera pas réglée, nous devons temporairement réinstaurer des contrôles stricts aux frontières des pays de transit.

La Pac est aussi importante. Non parce qu’elle rapporte de l’argent à nos agriculteurs – n’oublions jamais que c’est indirectement notre argent qu’ils reçoivent – mais parce qu’elle organise le marché agricole européen qui, sinon, serait un vaste foutoir. Toutefois, il y a des réformes à opérer pour que nos agriculteurs puissent mieux vivre de leur travail.

Il faut également recadrer l’UE qui nous a conduits trop loin sur le chemin du fédéralisme. Le Conseil européen doit être la clé de voûte du système, la Commission doit être ramenée au rôle d’administration en charge de la gestion des règles communes que nous nous sommes choisies. Quant au Parlement européen, il devrait fonctionner comme notre Sénat. Un lieu de débat et de proposition mais qui, au final, ne doit pas pouvoir se mettre en travers des décisions du Conseil européen où la France et les autres grands pays fondateurs doivent disposer d’un droit de veto. Cela sera l’objet de négociations qui seront, je l’admets, très dures. Mais nous y arriverons car les Européens savent que sans la France, il n’y a plus d’Europe.

L’euro a fait du mal à notre économie mais le poids excessif des charges qui pèsent sur notre appareil productif en fait tout autant. Il y a moyen de restaurer la compétitivité de la France en restant dans l’euro. J’y reviendrai en temps voulu.

Je veux arrêter l’immigration qui alimente l’islamisation de la France, et renvoyer chez eux les fauteurs de troubles

Riposte Laïque : Nous avons donc bien compris que, contrairement à votre ancienne présidente, vous ne pensez pas l’islam compatible avec la France, ou la République. Supposons qu’en 2022, vous ayez de hautes responsabilités à la tête du pays, quelles solutions proposeriez-vous ?
 
Jean Messiha : C’est un point que je veux clarifier. Je n’ai jamais dit que les musulmans en tant que citoyens comme les autres et qui pratiquent (ou non) leur religion de façon paisible sont incompatibles avec la République. Ce que je pense intimement c’est que l’islam de masse, qui, grâce à l’immigration, se dirige lentement vers la majorité, est incompatible avec la préservation de notre identité profonde de peuple laïque, d’héritage chrétien, juif, agnostique ou franchement athée. Je veux arrêter l’immigration qui alimente l’islamisation de la France, et renvoyer chez eux les fauteurs de trouble. Mais il n’est pas question de stigmatiser ou marginaliser les musulmans de France. À la différence de Marine le Pen qui veut interdire le voile ou le foulard musulman dans l’espace public, c’est-à-dire partout y compris dans la rue, je veux que les usagers des services publics soient tenus de respecter la laïcité, c’est-à-dire de ne pas porter de signes religieux quand ils pénètrent dans un bâtiment de l’État (préfecture, mairie, école, université, etc.). Je veux que les établissements privés puissent également fixer des codes vestimentaires qui excluent pour leur employés comme leur clients les tenues qu’ils considèrent incompatibles avec leur valeurs. Et je soutiens qu’il est parfaitement légitime de considérer comme contraire à aux valeurs françaises l’envoilement d’une femme.

Riposte Laïque : Votre départ du RN va-t-il vous faire disparaître des plateaux de télévision, comme cela a été longtemps de le cas de Florian Philippot, avant la crise sanitaire ?

Jean Messiha :
Je considère que les médias télé, radio et autres sont des vecteurs essentiels pour partager son point de vue. Tant que l’on m’invitera, je serai là. Je pense aussi que les télévisions et les médias de manière générale invitent les gens en fonction de leur audience.

Il faut que les Français puissent faire l’expérience du camp national au pouvoir

Riposte Laïque : Vous avez dit que dans la situation actuelle, le RN ne pourrait pas gagner en 2022. Quelles solution appelez-vous donc de vos vœux, pour débarrasser la France de Macron et des mondialistes ?  

Je n’aime pas le terme « débarrasser ». Je préfère celui d’alternance. Il faut que les Français puissent faire l’expérience du camp national au pouvoir. Mais ils ne feront ce choix que si le camp national présente une femme ou un homme qui leur inspire confiance. Et qui les inspire tout court.
Je l’ai déjà dit à vos confrères : les Français veulent protéger leur identité en perdition et ils ont mille fois raison. Mais l’économie et tout ce qui en dépend (emploi, financement de la protection sociale et de l’État, etc.) est cruciale pour nos concitoyens. Ils veulent donc confier les rênes de la France à une femme ou un homme qu’ils sentent capable de la diriger.

Propos recueillis par Pierre Cassen