Sevran : l’écologie confrontée à la mafia, un maire qui devrait être démissionné !

Publié le 6 juin 2011 - par

Il est un concours qui réjouit les journalistes parlementaires : celui du député ou homme politique qui a « franchi le mur du çon » selon la formule et la fantaisie orthographique du Canard et à qui on peut attribuer « la noix d’honneur ».

Sans conteste, ce mois-ci, Stéphane Gatignon, maire de Sevran, pour les déclarations dont la presse s’est faite l’écho.

Sevran ? Pas besoin de lire « Il Mattino » ou « Napoli-online » pour s’offrir l’exotisme de la jungle napolitaine : avec son quartier des Beaudottes, Sevran remplace avantageusement. « Picciotti » à tous les coins de rue, « cosche » armées jusqu’aux dents dans toutes les cages d’escalier, « Beretta » et Uzis engagés dans la ceinture, intimidations tous azimuts, blitzkrieg pour le contrôle des territoires (« perdus-de-la-république ») , contrats et balles perdues, omertà…etc. La totale ou presque. On conviendra en effet qu’il ne manque que les ordures sur les trottoirs pour donner à ces lieux la touche si folklorique, la vitalité si intense et si appréciée par Dominique Fernandez (Mère Méditerranée et alii) et Régis Debray (Contre Venise). Peu de choses en somme. Alors pourquoi aller si loin de Paris, jusqu’au pied du Vésuve, puisqu’on peut se donner pour pas cher le grand frisson de la malavita napolitaine, d’une Gomorra bien de chez nous, « Gomorra a casa » ?

Or voilà que le bon maire de Sevran, tendance écolo-mediatico-opportuniste, sans doute grand spécialiste du tri sélectif, du recyclage des poubelles et de rentabilité énergétique, grand organisateur des floralies municipales et de la rollérisation/trottinettisation des hyper centres, grand héraut du « flower power », grand pacifiste et grand promoteur du cocooning sociétal, grand sauveur professionnel de la planète se trouve donc confronté à un problème bien ponctuel, bien précis de criminalité organisée. Et quel ! Un problème éminemment et strictement politique où l’art du compost ne sert plus à rien. Vous laisse tout nu. Test décisif.

Rassurez-vous ! Notre coach municipal y va d’une réaction tout à fait à la hauteur de la situation ! Notre édile de choc va se répandre dans la presse et s’assurer une belle notoriété par deux propositions sidérantes : « Je demande l’intervention des casques bleus et la dépénalisation de la drogue »

Passons sur la proposition de soigner le mal par le mal, en décrétant une extension indéfinie du domaine de la drogue. Laissons de côté l’idée loufoque de régler un problème d’urgence extrême grâce à la proposition d’un débat parlementaire à l’issue tout à fait incertaine, qui renverrait aux calendes la solution du problème auquel ses administrés sont confrontés dans l’immédiat. N’insistons pas sur sa conviction affichée que tant qu’une dépénalisation ne sera pas entrée dans les faits, (en 2050 ?) le problème est insoluble, ce qui lui évite confortablement de devoir se trouver « en situation » de chercher des solutions concrètes. Pour ne rien dire de ce que signifierait au fond une telle mesure, le reclassement de la criminalité organisée sur des drogues plus dures, plus rares, plus chères et encore plus rentables.

Ne prenons en considération que son affaire de « casques bleus », qui surtout, surtout, ne devraient avoir « aucune intention hostile », et permettraient de séparer, si l’on comprend bien ….les furieux : il s’agirait de « faire un tempon » (Le Parisien) entre les « soldati » des différents clans en présence qui s’entretuent, mais aussi entre les cow-boy de la BAC, les CRS, bref les Robocops par essence « fascistes » (faute de mettre des patrouilles d’ « hirondelles »–modèle années 1950-une « police » d’agents d’ambiance), lesquels font bien quelques incursions de temps à autre, ET les « jeunes » des quartiers dont « l’exubérance » n’est que le fait de la ghettoïsation, du mépris social et de la misère dont ils sont les victimes (A 100 euros par jour le chouf.…). Des furieux à mettre évidemment sur le même plan avec un bel amalgame entre bandes criminelles et beaufs de Beauvau. Et une situation à regarder du point de vue de Sirius ! Dans une pure extériorité, comme si on voulait se retirer du jeu. Avec un raisonnement en deux temps : ne pas voir les termes du conflit, et en refuser l’ idée elle-même.

Notre brillant représentant de la gauche compassionnelle, par idéologie, ne peut, ne veut donc pas prendre la mesure de ce qui se passe dans ses propres quartiers. Il parle bien de mafia mais au sens de réseaux, de clans (ce n’est qu’un constat sociologique), alors qu’une économie mafieuse, c’est le crime organisé et une délinquance de masse, des féodalités et des milices surarmées qui n’ont rien à envier aux squadristi mussoliniens, ni aux mafiosi de Provenzano, Brusca et consorts en capacités militaires (constat politique !). Il ne veut donc pas mettre les mots qu’il faut sur les choses, le fait que différentes bandes se livrent à une guerre civile, guerre larvée parce qu’il faut bien faire tourner le petit commerce de temps en temps, une vraie guerre, dont toute une partie de son agglomération est victime. Une dizaine de morts en dix ans et des enfants à l’école, des familles chez elles, qui doivent rester « confinés », selon la seyante expression dont s’est enrichi le parler local, lorsque les balles se mettent à siffler. Les mitraillages comme nouveau phénomène météorologique !

On dira donc que déjà le diagnostic politique n’est pas au rendez-vous. Mais le plus éloquent est la solution à laquelle il a recours, qui montre bien le fond de sa philosophie politique, disons celle de l’écolo moyen .

Il faut une « force d’interposition » entre les deux parties, comme s’il n’y avait plus que l’ONU qui sache régler nos problèmes (on est si nuls), comme si on était au Liban (Gatignon prend explicitement cet exemple) entre des belligérants qui au fond, dans les deux cas, ne nous sont de rien : le Hezbollah et les Israéliens, les bandes et la police. On pourrait même déléguer le problème à l’armée afghane ou à l’UCK qui pourraient nous rendre ce petit service en retour ! Et pourquoi pas à Bruxelles ou à l’armée algérienne ! Et pourquoi pas l’intervention des peuples frères… je dis ça en référence à la culture politique de notre écolo de circonstance qui marche à l’énergie éolienne (le sens du vent et la rentabilité…du positionnement), puisqu’ il a fait la quasi totalité de son parcours politique au PCF.

Et Gatignon ne saurait prendre partie dans ce conflit. Quel parti prendre d’ailleurs entre bandes fascistes sinon de se réfugier sur l’Aventin ? Quelle option adopter devant le « fascisme » policier et le problème posé par les victimes du racisme et du colonialisme occidental. Même si celles-ci n’ont rien à envier à des paramilitaires et que les autres sont l’expression d’un état républicain de droit (tautologie) qui ne vise qu’à faire respecter la loi. Entre les deux, Gatignon ne saurait choisir. Gatignon est en somme un Ponce Pilate qui s’ignore. Par le fait de ne pas rallier le seul camp possible pour un élu responsable, celui de la force de la loi, par le fait de plaider pour un statu quo entre crime et ordre républicain, sur fond d’une neutralisation symétrique des « belligérants », en mettant hors-jeu les forces de l’ordre, remplacées par une armée étrangère (ce que sont toujours les casques bleus), il montre les déterminants de sa position politique :
– l’idéologie anti raciste : comment des marginaux et/ou des personne issues de l’immigration, (maximum respect !) pourraient sortir du cadre angélique où l’ultra-gauche les a positionnées ? Comment pourraient-elles être d’authentiques nervis à combattre sans états d’âme selon les lois d’une politique du réel ?
– le sociologisme institutionnel : le phénomène des bandes est la résultante de dynamiques sociales dont il faut se borner à prendre acte après les dérèglementations libérales. Le B à Ba de la gouvernance est de se contenter de gérer leur comportement le plus pacifiquement possible. On doit pas importer dans ce genre de situations un moralisme ni une normativité hors d’âge !
– Le social-victimisme : ces bandes sont issues de couches les moins fortunées, de marginaux et souvent de l’immigration récente. Ce sont de surcroît des victimes héréditaires de la société ou de l’histoire coloniale. Comment remettre en cause la sacralisation dont elles ont été l’objet et l’exonération de toute responsabilité de leur part ?
– le relativisme : les bandes ne sont après tout qu’un phénomène social comme un autre. De plus la violence légitime des policiers et celle des bandes ne sont pas de nature différente. La violence est la violence….signe égal, point barre.
– Le pacifisme : quand on veut sortir de l’histoire, du cadre national, et fonder un ordre purement juridique, on ne saurait se compromettre avec des moyens d’une politique anti déluvienne…Il faut faire jouer jusqu’à plus soif l’idéologie du dialogue interminable et inconcluant…mais si riche en lien social.
On voit donc que par idéologie, notre maire en vient à ne pas savoir choisir son camp. Il ne saurait combattre efficacement une criminalité tendantiellement non-autochtone à partir du moment où celle-ci recycle ses réflexes tiers mondistes, anti-racistes, pacifistes bref gauchistes qui agissent sur lui comme une véritable incapacitation 1 / à penser le problème et 2 / à se montrer au niveau des enjeux politiques que cela représente et des décisions que cela implique. Dans le sens d’une action politique effective.

Cet élu, qui décrète unilatéralement un armistice, qui « rend les armes », est involontairement, insconsciemment, du parti de la jungle. Démissionnaire, il devrait être démissionné, non pour collusion, très fréquente en Italie, avec la « criminalità organizzata » (ce n’est évidemment pas le cas), mais pour refus d’un réel engagement personnel anti-mafia, en fait pour neutralité militante. Il devrait se voir retirer une charge qu’il refuse d’assumer dans ses implications comme cela se fait couramment dans la région de Pompei, Casale, à côté de Naples, en Calabre, avec administration directe de la commune par l’état. Dans une république qui se respecterait, il serait stigmatisé (à juste titre) pour indignité républicaine.

D’autant que, titulaire d’un deuxième mandat de maire, sa responsabilité est aussi totalement engagée dans l’extension locale de la criminalité. Et que sa gestion de la commune n’a eu pour effet que de laisser ces phénomènes se développer.

Par rapport à la mafia, notre élu joue au plus fin. Pas d’autre attitude possible, quand on entre pas dans le champ de la politique que pour n’en avoir que les bons côtés (C dans l’air, les pages de Libé, les concours d’élégance idéologique), que de la combattre et de l’abattre. L’attitude de S. Gatignon n’est qu’un repli peureux (Hulot dans Le Parisien le 6/06 : « Il a une trouille folle »), un désinvestissement de la politique et implicitement un pacte de non agression avec le diable.

A partir de cet exemple, on touche du doigt les limites politiques de l’écologie « politique ». Une incapacité à ne pas voir que la société peut–être autre chose qu’un monde sans conflit, autre chose qu’une pastorale rousseauiste. A partir de là, on peut aussi se permettre d’extrapoler au pays tout entier. La victoire d’un candidat écolo à la présidentielle ou d’un candidat sur qui les écolos auraient barre, serait une excellente nouvelle pour tous les réseaux occultes. De quoi valider le titre prophétique d’un livre de Jean De Maillard : « Les beaux jours du crime. Vers une société criminelle ? » 1992.

André Bordes

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