Shiva Firouzi : il faut en finir avec la lapidation en Iran

Riposte laïque : Shiva nous avons fait aujourd’hui, 9 juillet 2010, une action de terrain à Toulouse pour essayer de sauver de la lapidation une femme iranienne. Pourquoi est-ce une nécessité pour toi de te mobiliser pour cette cause là ?
Shiva Firouzi : Parce qu’il faut stopper cette peine de lapidation qui est appliquée en Iran depuis maintenant 30 ans avec l’arrivée au pouvoir de l’ayatollah Khomeiny. On dit que c’est la loi islamique et qu’il faut l’appliquer, mais il y a beaucoup de monde qui est contre cette peine de barbarie. Cette barbarie touche plus les femmes que les hommes. Dans la société iranienne on tolère beaucoup plus de choses de la part d’un homme que d’une femme. Tous les iraniens qui sont endoctrinés par la religion répètent que l’adultère c’est plus grave pour les femmes que pour les hommes. C’est une barbarie qu’il faut combattre.
En tout cas, les hommes sont plus libres que les femmes dans la relation sexuelle. Il existe deux types de mariage en droit iranien : le mariage permanent (un homme a le droit de prendre 4 femmes) et le mariage temporaire (mariage à la minute ou mariage de plaisir). Comme dans la société iranienne, la polygamie officielle est mal vue, alors l’homme souscrit très souvent au mariage temporaire. Un homme marié est libre de faire ce type de mariage mais cela n’est pas possible pour une femme mariée. Il faut aussi savoir que dans le droit pénal iranien si un coupable est malade mental, ou si une personne abandonne la religion musulmane, la peine de lapidation est appliquée.
Riposte laïque : Il n’y a pas toujours la lapidation, quelles sont les différentes peines par rapport à ce qu’on appelle un délit d’adultère ?
Shiva Firouzi : L’adultère c’est quand quelqu’un trahit son époux ou son épouse. Mais même quand on n’est pas marié dans la religion musulmane il ne faut pas avoir de relations sexuelles. Pour des gens qui ne sont pas mariés c’est 100 coups de fouet. Mais quand on est marié alors c’est la lapidation. On met les femmes dans le trou jusqu’au buste, on leur met le foulard sur sa tête et après on jette les pierres. Les pierres ne doivent être ni trop petites ni trop grosses, il ne faut pas que la personne meurt trop vite, il faut qu’elle souffre et expie avant de mourir.
Riposte laïque : Comment peut-on prouver qu’il y a adultère ?
Shiva Firouzi : Dans le droit pénal iranien il y a des tas de règles diverses. Il y a plusieurs sortes de preuves, soit des personnes témoignent, soit les personnes sont amenées à avouer elles-mêmes la faute, bien souvent, pour ne pas dire toujours, sous la torture. Il faut renouveler l’aveu 4 fois car s’il ou elle avoue moins de 4 fois la peine de lapidation sera enlevée et la peine sera les coups de fouet. Quand, la faute est reconnue par témoignages il faut 4 hommes (de foi) ou bien trois hommes et 2 femmes car un homme vaut deux femmes dans la loi pénale iranienne. Il y a souvent des témoignages par vengeance. Il y a aussi une autre loi dans le code pénal iranien, si un homme surprend sa femme au lit avec un autre homme il a le droit de les tuer tous les deux, mais le contraire n’existe pas si une femme surprend son mari avec une autre femme, elle n’a pas droit de les tuer. Si l’époux ou l’épouse est en voyage, au moment ou l’adultère est commis, la peine de lapidation est enlevée. Peut être il vaut mieux attendre que l’un ou l’autre soit en voyage pour faire ce genre de chose. Malgré l’existence de cette loi dans le droit pénal, il y a eu, tout de même, lapidation d’une femme dont pourtant le mari était en voyage au moment de l’acte d’adultère.
Riposte laïque : Est-ce que cette lapidation est une coutume qui existait déjà dans l’empire perse ? Est-ce que c’est venu avec l’islam, qu’en était-il pendant la période du shah ?
Shiva Firouzi : Le premier peuple qui a écrit les droits de l’homme c’était le peuple perse qui donnait l’égalité des droits aux femmes, et quand l’islam est arrivé il a modifié le droit perse ( l’islam chiite permet avec le mariage temporaire une grande liberté aux hommes mariés) ; plus récemment à l’époque du shah ça n’existait pas, c’est vraiment la révolution islamique qui a amené ces lois en Iran.
Riposte laïque : Est-ce que c’est un acte fréquent, est-ce que l’on sait exactement combien de femmes et d’hommes sont victimes de lapidation ?
Shiva Firouzi : En Iran, quelque soit le domaine c’est très difficile d’avoir des statistiques officielles. Entrer dans certains débats, comme celui-ci, ou donner des informations, c’est totalement interdit. Les statistiques données par l’Etat ne sont pas du tout fiables. A l’époque de Khatamy, que l’on pensait moderniste, certains ont avancé le chiffre de 60 cas de lapidation et d’autres 18 ! En 2000, l’Iran a signé un engagement pour ne plus appliquer la lapidation, mais cette signature n’a pas été respectée. La femme ministre qui s’occupait, à l’époque, du droit des femmes, sous le régime de Khatamy prétendait que l’Iran n’était pas mûr, pas prêt, pour faire cesser la lapidation, donc on a continué. Il y a beaucoup de gens contre la lapidation, mais aussi, à l’opposé, des gens complètement endoctrinés par la religion qui trouvent que c’est bien.
Riposte laïque : Comment vois-tu la fin de cette pratique, de cette horreur, que faudrait-il ? D’où le changement peut-il venir ? Est-ce que ça viendra d’une mobilisation des femmes ? En dehors d’une mobilisation internationale, est-ce qu’il peut se passer quelque chose à l’intérieur du pays?
Shiva Firouzi : Il faut mobiliser tout le monde, et partout, on a bien vu qu’aujourd’hui à Toulouse, certains ont dit c’est bien pour une femme adultère d’être lapidée. En Iran, certaines femmes iraniennes portent aussi une grosse responsabilité, souvent elles élèvent leurs enfants dans l’idée d’être de bons musulmans, et leur mettent dans la tête la pudeur des filles et l’idée des châtiments corporels.
Riposte laïque : Tu veux dire, Shiva, que si les choses durent c’est aussi en grande partie de la faute des femmes ?
Shiva Firouzi : C’est la faute de l’homme et de la femme, les deux, je me souviens avoir rencontré un homme kurde qui habitait à la frontière de l’Iran et qui allait défiler pour appuyer la mort par lapidation d’une femme parce qu’elle avait trompé son mari. Tout le monde était d’accord, tous les hommes voulaient que ça fasse des exemples pour leur propre femme. Il faut changer la loi, car si loi ne change pas, elle conforte la mentalité des gens.
Riposte laïque : Si tu avais à donner une échéance dans le temps, tu dirais ça pourrait s’arrêter quand ? Qu’est ce que tu dirais ?
Shiva Firouzi : Ca ne pourra changer que petit à petit, c’est très difficile de répondre à cette question.
Riposte laïque : Sur des pressions extérieures ?
Shiva Firouzi : Oui certainement, mais tant qu’un pays se définit avec la religion, je me demande s’il peut changer. Est-ce que ce type de condamnation peut disparaître ? C’est très difficile !
Riposte laïque : si je comprends bien il y en a encore pour longtemps ?
Shiva Firouzi : J’espère que non, j’aimerais bien avoir de l’espoir pour cela. Depuis les dernières élections j’essaie d’être optimiste parce que lorsque je rencontre des Iraniens en France, je les sens plus sensibilisés sur les problèmes de l’Iran, les femmes souffrent du regard que le monde extérieur porte sur leur pays. Les Iraniens ont toujours été fiers d’être les héritiers de la culture Persane, mais maintenant ils sont Iraniens et ils sont tristes depuis la révolution islamique, et moi je me demande comment nous pouvons être simplement des êtres humains avec des droits humains.
Riposte laïque : Que pouvons-nous faire en France ?
Shiva Firouzi : J’ai envie que tous les lecteurs de Riposte laïque écrivent à l’Ambassadeur d’Iran à Paris contre la peine de lapidation, pas seulement pour le cas de cette femme, mais pour l’abolition définitive de la lapidation. C’est une loi barbare. Il faut que ça cesse.
Interview réalisée par Chantal Crabère
Shiva Firouzi a passé un Master 2 de criminologie en Iran.
On peut aider les femmes iraniennes en faisant un courrier individuel ou une action collective comme celle réalisée à Toulouse

Message du Collectif toulousain contre la condamnation, la lapidation ou l’exécution, pour une libération immédiate de Mme Sakineh Mahammadi- Ashtahi.

A Monsieur Seyed Mehdi Miraboutalebi
Ambassadeur de la République islamique d’Iran 4, avenue d’Iéna 75016 Paris
Monsieur l’ambassadeur,
Les habitants de la ville de Toulouse apprennent avec effarement que votre pays envisage de procéder à l’exécution de Madame Sakineh Mahammadi- Ashtahi. Cet acte semble imminent. Emus à la perspective d’une telle atrocité, nous souhaitons, Monsieur l’Ambassadeur, vous faire part de notre profonde indignation et vous demandons d’intervenir auprès de votre gouvernement et des responsables religieux afin d’arrêter ce qui apparaîtra aux yeux du monde comme un véritable crime. Merci, Monsieur l’Ambassadeur d’agir pour la libération de cette femme et aussi pour transformer le droit pénal de votre pays afin que les mœurs évoluent et que votre nation puisse rejoindre le plus rapidement possible des pratiques de droit plus en accord avec ce que l’on nomme « le respect des droits humains ».
Vous trouverez ci-joint les signatures d’environ 120 toulousains que cette situation a énormément choqués de la part d’un pays qui souhaite s’affirmer comme une grande puissance internationale et que la pratique répétée de la lapidation éloigne de cette ambition.
Avec nos salutations distinguées. Pour le collectif de Toulouse

Chantal Crabère

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