Si Guéant a tort, si tout se vaut, alors le cannibalisme n’est qu’affaire de goût !

Nous commettons chaque jour, à tout instant, des crimes contre l’intelligence, contre la Raison, et là est la cause principale de notre perte.

Le premier de tous, le plus grave, est le relativisme.

Tout se vaut. Si tout se vaut, disait Strauss, alors le cannibalisme n’est qu’affaire de goût ! Non, toutes les religions ne se valent pas. Si des Amérindiens vivant sur notre sol voulaient ressusciter leurs anciennes religions maya ou aztèque et se livrer à des sacrifices humains à la chaîne, laisserions-nous faire, au nom du respect de la diversité ? Dirions-nous que c’est une religion comme une autre ? Non, et monsieur Guéant a mille fois raison de le dire, toutes les civilisations ne se valent pas. Il donne même certains critères, par exemple, le respect de l’humanité. A propos, savez-vous qu’en arabe, l’expression « personne humaine » n’existe pas ?

Le second péché est l’ethnocentrisme. Il faut apprendre à sortir de nos « petites cases culturelles ». Un musulman n’a pas les mêmes catégories mentales que nous. Si nous jugeons une religion, une doctrine, à l’aune de nos habitudes mentales, on n’en peut rien comprendre et surtout ne rien combattre. Un musulman ne se comporte pas comme nous. Par exemple, là où nous pensons être généreux, il verra de la lâcheté et un encouragement à poursuivre son offensive. Des défauts pour nous seront ses qualités pour lui et réciproquement. Ce n’est pas un jugement de valeur. C’est un constat. Le drame, est que les islamistes, eux, nous connaissent parfaitement, mieux, en tous cas, que nous ne les connaissons ! Leur force est là et notre faiblesse aussi !

Un autre péché, voisin du premier est le chronocentrisme. On entend dire, par exemple, que l’islam étant apparu six siècles après le christianisme, il est normal (?) qu’il en soit à ce qu’était le christianisme au quatorzième siècle. C’est absurde. Le temps ne change rien à une doctrine. Dans mille ans, l’islam sera toujours tel qu’il est actuellement, et le christianisme également, s’il existe alors encore des chrétiens. Le chronocentrisme est le meilleur moyen de faire des anachronismes, d’abord ridicules, puis mortels..

Enfin, il y a ce que je nommerai « l’insuffisance sémantique ». Il faut ne pas se laisser abuser par les mots. « Mal nommer les choses ajoute au malheur du monde (Camus) ». Il faut donc avoir un minimum de culture. Prenons un exemple : Tarek Ramadan se dit laïciste. Il ne précise pas, toutefois, à quelle laïcité il se réfère. Or, il se réfère à la conception américaine de la laïcité qui est très différente de la nôtre. Notre laïcité consiste à protéger l’État de l’emprise des religions, la laïcité américaine prône la défense des individus en matière religieuse contre l’arbitraire de l’État. Aux États-Unis, le gouvernement ne pourrait interdire le voile islamique, ni, en général les signes ostensibles d’appartenance religieuse.

Si nous voulons éviter les pièges, si nous tenons à raisonner sainement et efficacement, il faut se garder de ces défauts qui vicient toutes nos attitudes. Il faut bannir de nos cervelles le relativisme, l’ethnocentrisme et le chronocentrisme et il faut également être précis dans les termes, se méfier des approximations. Je le sais. Ce n’est pas évident. Mais il le faut. Sinon, nous ne commettrons que des erreurs dans notre combat pour la défense de notre civilisation, de cette civilisation occidentale qui a tant donné à toute l’humanité du point de vue de la spiritualité, de la philosophie, de l’art, de la science et des techniques. Il faut se pénétrer de ce que sont la tactique, le stratégie, les armes, les buts et les moyens d’un adversaire si l’on vaut le vaincre. Charles Martel l’avait compris et il a vaincu parce qu’il a su opposer aux cavaliers musulmans la tactique adéquate, le mur de fantassins contre lequel ils sont venus se fracasser.

Le problème n’est pas « d’aller vers l’Orient compliqué avec des idées simples », mais avec des idées justes et claires et une bonne – et complète – connaissance de l’adversaire.

Christian Marot

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