Si j’étais islamiste…

Publié le 17 novembre 2007 - par
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Si j’étais islamiste, je remercierais Allah d’avoir dépouillé les gouvernements européens de tout courage pour exiger non seulement la reconnaissance du génocide arménien mais encore l’acceptation, par Ankara, de réparations aussi bien financières que territoriales à l’égard de ce peuple. Je louerais Chypre Nord occupée par les Turcs et revendiquerais Chypre Sud.

Je combattrais la demande d’autodétermination du peuple kurde, et les prétendus dédommagements que nous devrions aux populations chrétiennes, expulsées, à juste titre, depuis 1950. Je rayerais du code pénal turc les dispositions conformes au Droits de l’Homme – et en particulier cette perversion typiquement occidentale qu’est la fameuse liberté d’expression.

Je prohiberais le film Midnight Express, pour ses images éhontées sur les conditions d’incarcération turque. Je commémorerais le 13 mars 1981, jour où Mehmet Ali Agça a voulu abattre, en la personne de Jean-Paul II, le chef des mécréants. J’approuverais les attentats-kamikazes contre nos ennemis, où qu’ils se trouvent, et privilégierais les attentats antisémites, au motif que « les fils de Sion » sont « des oppresseurs malfaisants et tyranniques ».

J’exalterais le cheik Youssef al Qaradawi, chef spirituel des Frères musulmans et Président du Conseil européen pour la Fatwa et la Recherche, qui, en 2002, sur le site Internet [www.islamonline.net->www.islamonline.net], a explicité les « signes de la victoire de l’islam » en Europe, parmi lesquels le plus visible est le dessèchement d’une culture matérialiste au regard de laquelle l’islam finira par apparaître comme la seule oasis de fraîcheur et de pureté.

Voilà pourquoi – selon ses propres termes – « les Européens se convertiront à l’Islam ». Je me réjouirais d’observer les réactions de la France face à la « Da’wa », – c’est-à-dire à l’ « appel » religieux utilisé comme propagande pour étendre l’influence de l’islam dans les pays non musulmans – car derrière l’immigration musulmane, c’est de cela qu’il s’agit -, et je serais d’autant plus satisfait que les scrupules démocratiques et républicains vrillent les consciences non musulmanes au point que plusieurs d’entre elles continuent de rechercher les lignes d’un compromis sur la laïcité.

Je féliciterais Fouad Alaoui, qui va plus loin que ces dernières en demandant aux musulmans de respecter les lois du pays dans lequel ils vivent – excepté celles qui sont contraires à l’islam. J’encouragerais secrètement ceux qui entendent abolir la loi sacrilège du 15 mars 2004 interdisant le port du voile en milieu scolaire, car le port du voile est une prescription religieuse qui fait l’unanimité des écoles de jurisprudence islamique – qu’elles soient sunnite, chiite, zaydite ou abâdite – et qui, de ce fait, ne saurait souffrir une interdiction, émanant, de surcroît, de quelques impies, c’est-à-dire de personnes que leur culture disqualifie en ce domaine comme en tout autre !

J’aurais la plus grande bienveillance à l’égard de Dalil Boubakeur, qui, d’une part, n’hésite pas à mettre en justice les réalisations prétendument artistiques susceptibles de porter préjudice à l’islam, et, d’autre part, suggère, sans jamais se lasser, des « aménagements » du calendrier grégorien pour que les musulmans puissent participer aux grandes fêtes de l’islam. Je sauterais d’allégresse en voyant se multiplier, en terre non musulmane, les foulards islamiques, les djellabas, les keffiehs et les barbes règlementaires.

Je danserais devant ces façades d’immeubles ornées d’antennes paraboliques qui nous permettent de ne pas rompre avec nos pays d’origine respectifs. Je vanterais les cantines scolaires qui, désormais, bannissent la mortadelle, les jarrets, la saucisse, le saucisson, le boudin, les rillettes, les lardons… et introduisent la viande halal pour se conformer aux divines règles alimentaires de l’islam. J’encenserais les bars et les restaurants ne servant plus d’alcool pour les mêmes raisons. Je tendrais la main aux évêques français qui, pour avoir souffert de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, ne veulent pas que nous connaissions les mêmes souffrances, et que nous soyons, en l’occurrence, les « mal-aimés de la République ».

J’aurais une pensée particulière pour les protestants de France, qui sont, d’entre les infidèles, les plus fervents adeptes du droit qu’a notre religion à s’implanter partout dans le monde, et qui, dans une magnifique cohérence, militent pour son développement chez eux. Je n’omettrais pas de rendre grâce aux élus français qui paient la cantine, les transports et les affaires scolaires de nos enfants dont les parents connaissent des difficultés pécuniaires, simplifient l’entrée de nos étudiants à « Sciences-Po », nous concèdent toujours plus de terrains pour construire nos abattoirs religieux, nous proposent des prêts à taux zéro pour édifier nos centres culturels et cultuels, réfléchissent à la nécessité prochaine d’adjoindre des minarets aux mosquées déjà existantes et de les inclure automatiquement dans les mosquées en construction et les mosquées à venir, n’hésitent pas à poser la première pierre d’un lycée musulman ou d’une école coranique, préparent déjà les inaugurations suivantes, marquent avec nous la fin du ramadan et nous promettent d’en faciliter la pratique pour l’année à venir.

Surtout, je ne tarirais pas d’éloges sur le gouvernement français, seul capable en Europe, et peut-être dans le monde, de comprendre nos « jeunes » qui, du fond de leurs souffrances quotidiennes, rappellent à la République ses devoirs en illuminant les banlieues aux cris de notre foi, et lui serais infiniment reconnaissant d’avoir préféré, à la répression de leur juste colère, le déblocage de 100 millions d’euros doublé d’une exhortation à devenir électeurs !

Bref, je serais heureux de vivre dans un pays qui, soucieux de ne pas me couper de mes racines, monte des associations musulmanes, crée des comités de défense islamique, m’apporte son soutien juridique et financier, ouvre des magasins respectant mes traditions vestimentaires, multiplie les discours en faveur de l’islam et donne son aval à l’ensemble des « mouvements » fédérés par nos imams – que je salue pour leur dévouement en faveur du Message, à telle enseigne que la France se teinte dorénavant d’un beau vert pâle sur le planisphère des religions !

Maurice Vidal

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