Si on ne se prosterne pas devant l'islam sur les plateaux de télé, on est forcément d'extrême droite…

La télévision est un monde bizarre. Remarquez, bizarre n’est peut-être pas le mot. On peut plutôt voir dans les comportements de beaucoup trop d’animateurs, des déclinaisons de la doctrine du défunt Althusser qui qualifiait, je le cite : « d’appareil idéologique d’état », les médias de l’époque du capitalisme d’après guerre. En 2010, il écrirait que la fonction journalistique, vedettisée, est devenue de l’hyper appareil idéologique d’état.
Quand je dis cela, je pense notamment au comportement d’hommes et de femmes, plutôt bien payés, qui se croient autorisés à n’être « ni neutre, ni objectif » dans leur manière de manager leurs émissions télévisées.
En bon français, n’être ni neutre ni objectif, cela veut dire tout simplement : avoir la droit et même l’obligation d’être de mauvaise foi. En d’autres termes, c’est avoir le droit et même l’obligation déontologique de déformer la réalité ; cela veut dire avoir le droit de biaiser ; cela veut dire se donner le droit de mentir, par omission ou même en inventant des faits ou en leur accolant une étiquette destinée à faire prendre des vessies pour des lanternes, comme on disait du côté de chez moi, à Ménilmontant.
Etre ni neutre, ni objectif, cela veut dire aussi s’approprier l’outil médiatique, pour se livrer à une propagande partisane, sous couvert de « journalisme »…
N’être ni neutre, ni objectif, c’est précisément le slogan d’un ou des deux personnages auxquels nos amis Cassen et Zélinsky ont eu à faire face sur une antenne sur « Arrêts sur Images » à l’émission « la ligne jaune ».
Les hommes qui ont conçu le contenu du titre de l’émission me paraissent résumer en trois mots ce que le Marx de sa jeunesse, celui des « manuscrits de 1844 », appelait de façon inappropriée, « les Pharisiens », c’est-à-dire la petite bourgeoisie intellectuelle impotente, auto mutilée, confite dans sa soumission et son impuissance face à l’ordre prussien dont Hegel avait écrit qu’il réalisait la dialectique. Dans le cas qui nous préoccupe, l’absolutisme prussien, devant lequel il convient de se prosterner respectueusement au nom de la dialectique, c’est, en 2010, l’islam.
Si l’on ne se prosterne pas, on est d’extrême droite ou presque…
Je crois avoir résumé l’alpha et l’oméga de nos néo-jeunes hégéliens du « Monde » et du « monde diplomatique » pantouflant à la TV.
Je voudrais dire à ces personnages, qui revendiquent fièrement le droit de tromper les téléspectateurs, pour leur faire avaler la potion informationnelle qu’ils leur concoctent chaque semaine : en suivant votre critère de classement politique et de dénigrement, en suivant votre « ligne jaune », si qualifier l’islamisme de fascisme c’est être d’extrême droite, alors à l’inverse, un certain Adolphe Hitler, qui regrettait que les Allemands aient opté pour le christianisme plutôt que pour l’islam c’ était quoi Hitler ? C’était quoi, Hitler, Sinon la gauche et même la gauche de la gauche.
Soyons sérieux. Par contre, l’équipe du monde diplomatique,-qui mène campagne depuis quelques temps pour réhabiliter le mufti Husseini, pour défendre l’honneur posthume de l’homme des massacres d’août 1929 sur le territoire de la Palestine occidentale (la Palestine du mandat britannique), l’homme qui rendit possible la formation des unités de Waffen SS musulmans bosniaques, albanais et croates, la campagne pour réhabiliter l’homme qui, après la conférence de Wannsee, conseilla à Hitler d’éradiquer les Juifs en les exterminant tous, jusqu’au dernier- c’est quoi cette équipe sinon le néonazisme le plus cynique et militant?
Elle est quoi cette équipe de journalistes, de gauche ou de droite ?
De la droite la plus extrême, celle des supplétifs intellectuels des einsatzgruppen, collègues des Waffen SS Anschar dans la mise en œuvre de la shoah combinée à la chasse aux partisans titistes et à leurs soutiens dans le peuple?
Elle est quoi cette équipe qui reçoit beaucoup de votre indulgence ?
Je dirai : elle est constitutive d’une « gauche » ex moscoutaire ou pékinoise, qui, avec des hommes comme Garaudy et Carlos, poussera jusqu’au bout ce que les services de la bureaucratie de l’ancienne RDA commenceront et pousseront assez loin à la fin des années cinquante-soixante.
La bureaucratie de Berlin-Est s’était impliquée dans le nationalisme arabe. Elle y relaiera les services de renseignement de l’ancien troisième Reich.
Souvenez-vous de cette bureaucratie Est-allemande: elle avait accepté l’envoi des chars russes contre les ouvriers berlinois qui, le 17 juin 1953, réclamaient la démission de Walter Ulbricht et de son équipe et revendiquaient « un gouvernement des métallos ».
Ses services spéciaux ont participé activement à l’organisation d’organisations nationalistes arabes, avec des hommes croyant au petit livre vert et devenant verts de rage quand ils voyaient passer un Juif encore vivant. C’est ainsi qu’elle a réalisé l’union pratique du stalinisme totalitaire avec l’islamisme non moins totalitaire?
Elle est quoi cette équipe de journalistes pro-Husseini, si l’on suit les critères de nos petits Vychinski télévisuels qui ont qualifié « d’extrême droite » les positions de la Riposte Laïque et cherché à empêcher de s’exprimer leurs invités, Pierre Cassen et Anne Zélinsky ? Elle n’est pas de la droite la plus extrême ?
C’est quoi bâillonner des gens que l’on prétend inviter pour qu’ils participent à un débat, sans qu’ils puissent défendre et illustrer leur véritable position ?
Ce n’est pas de l’extrême droite étatique la plus classique, celle qui fait « fermer sa gueule » par la censure et le monopole du pouvoir, en l’occurrence ce qu’ils appellent le « quatrième pouvoir », le pouvoir des appareils idéologiques d’état ?
Ce n’est pas du pur et simple droitisme extrême en pratique ?
Mais oui messieurs de la « ligne jaune », c’en est !
C’est quoi accuser sans laisser répondre ? C’est quoi, sinon un lynchage ?
Et le lynchage, c’est quelle tradition ? C’est celle de la démocratie ou celle de la dictature et de son compagnon de route la barbarie ?
Et la dictature et la barbarie, sur l’échiquier politique, cela correspond à quoi, en dehors du fascisme, en dehors du stalinisme ?

Riposte Laïque ose dire tout haut ce que beaucoup pensent, mais manifestement pas des gens qui ont cessé de penser le jour ou ils sont tombés en pamoison, enivrés par le charme de Joseph Staline et celui de ses héritiers, fascinés par le charme indéfinissable des Pol Pot et du Sentier lumineux, enthousiasmés par l’audace et l’énergie du grand timonier Mao, attendris par Enver Hodja, Ho Chi Min, Castro et toute la théorie des Bonaparte s’appropriant, successivement et frauduleusement, les mots d’ordre du socialisme pour mieux étouffer la société en prétendant la libérer ?
Nos petits Vychinski de salon et de plateaux télévisés ne sortent pas des mausers, leurs balles ne sont pas en aciers. Leurs balles ce sont des mots, ce sont des étiquettes se voulant infamantes ; leurs balles verbales ont le même objet, faire taire.
Nos référents (1) journalistes ne veulent voir «qu’une seule tête dans les rangs ».
Tous ceux qui ne penseront pas ou ne diront pas comme eux, forcément, ils sont ou deviendront « d’extrême droite ». Forcément, puisqu’ils ont ou vont franchir la ligne jaune que ces petits messieurs, fonctionnaires intellectuels de la soumission enthousiaste, ont tracé, au mépris de ce que pensent leurs concitoyens qu’ils détestent souverainement (on l’a encore vu à grande échelle en 2005, lorsqu’il fut question du vote oui ou du vote non au traité constitutionnel européen).
Il y a cinquante ans, nos hommes de télévision, voyaient « l’extrême droite » partout, comme d’autres voient des nains partout, là où on leur déplait, même là où il y a défense inconditionnelle et résolue de la démocratie politique et de la laïcité qui en est l’étrave.
Il y a soixante quatorze ans, ils nous auraient taxé « d’anticommunistes primaires », -c’était un synonyme pour dire droite extrême-, « désespérant Billancourt ». A l’époque, il ne fallait pas dire que les procès de Moscou étaient des impostures judiciaires condamnant et fusillant des gens innocents des crimes énormes dont ils étaient accusés. Sans quoi, on était un agent de la bourgeoisie, on était un anticommuniste primaire.
En juin 1953, il ne fallait pas entendre les ouvriers berlinois grévistes. Sinon, on était un agent de l’impérialisme et des « revanchards allemands ».
En 1956, il ne fallait pas entendre les canonnades qui firent des milliers de victimes dans les quartiers ouvriers de Csepel, le Billancourt de Budapest. Les entendre, c’était aussi être « d’extrême droite », ou c’était déjà évoluer vers l’extrême droite.
Pour les devanciers de nos journalistes de la « ligne jaune », qui appelaient leur ligne d’alors-la Ligne générale du Parti- il ne faudra pas, alors, entendre les cris de douleurs des milliers de fusillés, ouvriers et étudiants, ni l’angoisse et la détresse des dizaines de milliers de familles ouvrières hongroises déportées dans le goulag.
Pour les précurseurs de la « ligne jaune », il ne fallait ni écouter ni entendre les cris muets de l’étudiant pragois Jan Pallach, qui s’immola par le feu pour dénoncer l’étranglement politique de peuple et du mouvement ouvrier qui venait de faire le Printemps de Prague et ouvrait la voie de la socialisation économique intimement combinée à la démocratie politique. Entendre Jan Pallach, répondre à l’appel des socialistes et communistes tchèques du mouvement du 5 janvier 1969, c’était encore être un « réactionnaire », c’était être un agent de l’impérialisme ou d’extrême droite, déjà.
Nos animateurs-censeurs de la « ligne jaune » n’ont rien inventé.
A la place du stalinisme effondré dans la honte et déconsidérant pour toute une génération les idéaux socialistes, ils ont mis l’islamisme.
L’argument, ce n’est plus « il faut coûte que coûte rester dans le camp de classe » (le camp de la bureaucratie et de ses agences locales les partis « communistes »), aujourd’hui, c’est : ne pas « stigmatiser » les musulmans en montrant à eux aussi la triste réalité de ce qu’ils croiraient paraît-il vrai ; c’est accepter la mise en place progressive d’une chape de plomb totalitaire, au motif de ne pas stigmatiser et du respect de la liberté religieuse des sectataires du système totalitaire.
Comme leurs devanciers, ces gens vous attribuent leurs propres défauts et turpitudes.
Soutenir les exigences d’emprisonnement de centaines de fillettes et de milliers de jeunes femmes, au nom d’une prétendue liberté personnelle de s’emprisonner, ce serait être pour le progrès de l’humanité. Défendre les libertés collectives et personnelles donnant à l’être son autonomie, ce seraient …virer vers l’extrême droite.
Comme leur prédécesseur, le procureur Vychinski, nos journalistes sont au journalisme ce qu’étaient à la médecine les psychiatres qui «soignèrent » Léonid Plioutch et des milliers de dissidents internés en asile psychiatrique spécial, quand la dissidence politique était soit « d’extrême droite », soit « pro- impérialisme », soit une « maladie mentale ».
Alain Rubin
(1) On appelait référents les policiers staliniens, membres de la police politique, chargés de travailler jour après jour les futurs inculpés des procès à grand spectacle destinés à édifier le peuple sur l’ampleur et la diversité de la besogne de la « contre-révolution » stipendiée par l’impérialisme. Le référent était plus particulièrement responsable de la prestation d’un futur inculpé, qui ne serait jugé qu’après avoir accepté un scénario de crimes et délits qu’il devrait ensuite jouer devant les juges, le « public » et la presse…

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