Si tu ne vois pas l’occupation, c’est que tu as la chance d’être en zone libre !

Ce fut à l’occasion d’un blocage mémorable de l’autoroute.

Le couloir anormalement silencieux menant à mon bureau résonna soudain du bruit des bottes de moto de mon collègue de travail. Il était 9h35 et il arrivait d’ordinaire une heure plus tôt.

–         « Tiens tu habites à l’Ouest toi ? » me fit-il.

La ville où j’habite et travaille est en effet barrée au Nord par un massif montagneux et au Sud par la mer.

–         « Ni à l’Ouest ni à l’Est, au centre ! Je suis plus matinal que toi, voilà tout ! » rétorquai-je en forme de provocation.

–         « C’est çà, fais le malin. C’est encore tout bloqué sur l’autoroute du coté Est. Un problème avec le tunnel je pense. Heureusement qu’avec la moto … mais tu habites vraiment au Centre Ville ? »

–         « Ah ouais, je comprends mieux ta question : alors oui j’habite vraiment au Centre-Ville. Et je crois que les ‘gens de l’Ouest’ ne sont pas mieux lotis que vous les ‘gens de l’Est’ car je suis seul dans la boîte depuis une plombe !
Mais, au fait, pourquoi ça t’étonne que j’habite le Centre ? »

Je n’eus pas de réponse mais c’était sans importance. La réponse je la connais depuis longtemps.

Mon boulot, c’est tout près du Centre Ville et comme les prix des appartements y sont moitié moins élevés que ceux des banlieues Est et Ouest, j’y habite aussi.

Ri7Racaille chérie  de taubiraC’est une ville « inversée » : les bobos, comme la quasi-totalité de mes collègues de travail, habitent en périphérie alors que le Centre ancien (qui s’appelle aussi la ‘Basse Ville’) est composé de HLM et de logements pouilleux datant du 17ème siècle, dans lesquels des marchands de sommeil profitent d’une population méditerranéenne et fataliste.
Le trafic de drogue a remplacé la prostitution et les migrants du Maghreb ont remplacé les immigrés italiens.

Quand je raconte la Basse Ville à mes collègues, les nuisances quotidiennes, les dealers tous les soirs, les courses de quad la nuit dans les rues piétonnes, les vitrines cassées… ils me retournent invariablement la même remarque : « mais, pourquoi tu pars pas ? ».

Je n’ose même pas leur parler de la mosquée, des kamis, des niquab , des SDF français qui sont frappés ou des putes noires qui sont insultées, en toute impunité par les musulmans, parce que tout ça, on n’a pas le droit d’en parler « sinon on est raciste ». Mais surtout je ne leur en parle plus parce qu’ils ne veulent pas savoir.

Une discussion lancée à la cantine sur un de ces sujets dure… dix secondes. Et sera immédiatement relayée par un sujet de substitution, généralement le boulot, le foot ou le rugby.

On parle aussi beaucoup « des travaux dans la maison », de la « piscine et de ses problèmes de filtration », de la « deuxième voiture » aussi, « que l’on va bientôt changer pour pouvoir amener les enfants à l’école privée, qui est plus loin, à moins que ce ne soit une moto, parce qu’avec tous ces bouchons … ».

Sans s’en apercevoir, ils passent une bonne partie de leur budget dans des dépenses liées au besoin de prendre de la distance avec le centre-ville et avec les équipements collectifs, pourtant à proximité. Dans une ville bordée par la mer et avec ses plages offertes à tous, pourquoi une piscine, pourquoi dans chaque jardin, pour chaque villa ?

Sans s’en apercevoir, ils passent une bonne partie de leur temps dans leur voiture : pour aller au boulot, pour conduire les enfants à l’école ou au club de poneys ou au conservatoire de musique ou à l’académie des Beaux-Arts… Dans une ville bien équipée en transports en commun, en clubs ‘Léo Lagrange’, en centres sociaux partout, pourquoi deux voitures, pourquoi ces clubs privés, ces cercles, réservés à la Marine, à la mairie, au CE ?

Pourquoi faire attendre ainsi « la mixité sociale » et la ‘lutte contre la pollution’ ?

Alors pour se donner bonne conscience, ils votent PS ou « écolo », et s’ils ne votent pas, c’est pour mieux passer pour des rebelles !

Mais ce qui est incontournable chez eux, c’est cette farouche volonté de cécité sociale.

Sans s’en apercevoir, ils passent une bonne partie de leur énergie dans des dépenses liées au besoin de prendre de la distance sociale avec des populations et des problèmes qu’ils ne veulent pas voir. En attestent leur implantation, leur mode de déplacement, leurs loisirs, ceux de leurs enfants, et les écoles qu’ils choisissent pour eux (souvent par détournement de la carte scolaire).

L’occupation ? Ils ne la voient pas, parce que c’est eux qui reculent au fur et à mesure qu’elle s’étend.

Le grand remplacement ? Ils le nient parce qu’il ne concerne que les classes populaires … qu’ils ne côtoient plus depuis longtemps.

Les incivilités dans les transports en commun, les bus qui brûlent, les chauffeurs agressés ? « C’est pas visible quand on est dans sa voiture ! ».

Les professeurs insultés, les classes perturbées ? « On ne voit pas cela dans le privé ».

Les logements HLM attribués aux communautaristes, au bakchich ou aux plus envahisseurs ? « Comment savoir si c’est vrai quand on habite le secteur privé ! ».

La montée du communautarisme religieux ? « Cela n’existe pas, c’est forcément une invention du FN ! ».

Et quand il faut tout de même s’informer, on préfère l’esprit « Canal » au sens des réalités !

Finalement, ce qu’ils préfèrent par dessus tout, c’est quand une « quelconque autorité » leur dit : « Allez, circulez, y’a rien à voir ! ».

Si ce modeste article pouvait les aider à se méfier quand même de cette soi-disant « autorité », de ces « gouvernants de rencontre », qui s’offusquent si promptement d’un mot comme  ‘occupation’, mais qui oublient de rappeler aux Français que la zone libre n’existait déjà plus à la fin 1942.

Gérard LEBLOND

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