Si vous êtes ouvrier, vieux ou pas diplômé vous n’intéresserez plus le PS !

A gauche il y a du remue-méninges, on cogite sur un projet global, il est prêt avec 30 mesures générales, mais il y a  d’autres officines dites Think-Tank qui réfléchissent pour les différents candidats. Est-ce pour le « peut-être candidat » Dominique Strauss Kahn que Terra Nova propose cette stratégie  intitulée : gauche, quelle majorité électorale pour 2012?

http://www.tnova.fr/sites/default/files/Rapport%20Terra%20Nova%20Strat%C3%A9gie%20%C3%A9lectorale.pdf

Au-delà d’énoncer les valeurs de la gauche, on réfléchit au moyen pour la gauche de se refaire une clientèle et d’analyser de quelle manière  parler pour attirer certains électeurs dans le camp du PS.

On ne se positionne pas en disant : voilà notre programme, tous les Français   qui trouveront ce projet intéressant et réalisable seront les bienvenus. Là on raisonne en tacticiens. Comment manœuvrer en direction d’une nouvelle clientèle que certains au  PS choisiraient, on définit  les électeurs qui seraient plus dignes de l’intérêt de la gauche d’aujourd’hui, que d’autres, on analyse la meilleure manière de capter un électorat de ce que l’on désigne comme la « France de l’avenir », veut-on opposer cette France là à une autre ? Cette France de l’avenir on en dessine les contours, et là on fait des coupes sombres…

Comment un courant de gauche peut-il écrire froidement  :

« Il n’est pas possible aujourd’hui pour la gauche de chercher à restaurer sa coalition historique de classe : la classe ouvrière n’est plus le cœur du vote de gauche, elle n’est plus en phase avec l’ensemble de ses valeurs, elle ne peut plus être comme elle l’a été le moteur entraînant la constitution de la majorité électorale de la gauche. La volonté pour la gauche de mettre en œuvre une stratégie de classe autour de la classe ouvrière, et plus globalement des classes populaires, nécessiterait de renoncer à ses valeurs culturelles, c’est-à-dire de rompre avec la social-démocratie». Et, un peu plus loin, les choses sont clairement dites, comment malgré tout attraper les classes populaires qui pourraient être un «  à point » indispensable pour la gauche :

« Les  classes populaires conjuguent des valeurs socio-économiques de gauche et des valeurs culturelles de droite. La bonne stratégie est dès lors d’axer la campagne sur des priorités économiques et sociales, autour d’un Etat protecteur, et de « faire oublier ses convictions culturelles, notamment sur l’immigration et l’islam »…. Ou comment mentir pendant la campagne !

 

Donc pas la peine de se casser la tête pour les ouvriers, ils ne sont plus que 13 % de la population active française, et pour les classes populaires mentons leur un peu, peut-être que ça pourrait marcher ! Ces classes populaires dont on reconnait qu’elles ont  dû, à cause de la  crise de l’immobilier et de l’insécurité des banlieues, s’éloigner dans des villes plus éloignées pour fuir la violence, qui font des trajets de plus en plus longs pour se rendre au travail, ne sont plus, non plus, forcément dignes de mériter l’intérêt de ces socialistes là. Mais tout de même on va essayer  d’en capter quelques uns !

La démarche à faire pour la renaissance d’un mouvement vraiment de gauche ne serait-elle pas  d’analyser en profondeur pourquoi la classe ouvrière s’est détournée et se détourne de la gauche? Ne serait-ce pas, par hasard, la gauche elle-même qui se serait détachée des classes populaires et qui les aurait abandonnées? En approuvant la mondialisation en quoi la gauche s’est-elle différenciée de la droite ? En quoi l’appellation truquée  de social-démocratie procure-t-elle aujourd’hui du social ?  En abandonnant aux responsables  libéraux, tous les rouages de la gestion industrielle et économique, en se privant des leviers d’intervention, il ne reste plus beaucoup de grain à moudre en France, et plus largement dans les pays européens, pour le social. Rappelons-nous Jospin avouant, sincère, dans sa campagne de 2002 face à des femmes dont l’usine allait fermer : « Contre cela je ne peux rien ». Ses paroles sont reprises aujourd’hui par Manuel Valls: N’attendons pas trop du politique, le politique ne peut pas tout ! Mais peut-il encore quelque chose ?

Les responsables politiques de droite comme de gauche n’ont-ils pas  abandonné, trahi  la classe ouvrière, la livrant pieds et poings liés au grand système libéral. Système qui ferme les usines pour trouver main d’œuvre plus rentable ailleurs ou qui en importe une, de substitution, plus avantageuse et plus docile? La misère  des classes populaires n’ est-elle pas  largement la conséquence de la mondialisation,  orientation à laquelle la gauche ne s’est jamais  opposée ?  Georges Marchais, qui avait lancé une campagne : »fabriquons et achetons français » a été le dernier  à avoir pris conscience de ce qui l’attendait cette classe ouvrière en perdition !  Jean-Pierre  Chevènement dans son livre(1) a mis en évidence les conséquences des choix de la gauche. Donc n’est-ce pas plutôt la gauche qui a failli à sa tâche et qui n’est plus en phase avec la classe ouvrière, qui n’est plus apte, qui n’a plus aucun moyen de la protéger ? Abandon  depuis longtemps déjà, et abandon définitif en 2012 alors ?  Quelle déception pour ceux qui voudraient encore croire à une gauche vraiment de gauche et que  faut-il penser de la première secrétaire du PS quand elle nous parle de se soucier des plus fragiles, de ceux que justement la social -démocratie a laissé tombés?  Ment-elle?

Cette  gauche là élimine aussi les vieux et les cathos. Elle les laisse définitivement à la droite. Pour la religion on  décide qu’il y a deux grandes catégories les cathos  et les non cathos, catégorie dans laquelle on range tous les autres, athées et pratiquants d’une autre religion, comme si c’était la même chose ! On décide que la plupart des cathos votent à droite, et on va s’appuyer sur les non cathos et plus particulierement sur les pratiquants de l’islam. Enfin la classe préférée de ce Think Tank c’est la France  diplômée !

Pour un parti de gauche,  au-delà de la nécessité que l’on peut comprendre, d’analyser, après coup, les votes des différentes  composantes de la société, est-il sain et intelligent de mettre les gens dans des cases toutes faites et de définir non pas un programme, mais de bâtir  une stratégie en disant dès le départ qui on prend et qui on laisse, qui est digne d’être reçu et qui ne le mérite pas et qui on abandonne définitivement à la droite  sans combattre? Le PS abandonnera-t-il la vieille France ouvrière au profit d’une autre essentiellement issue de l’immigration et musulmane afin de permettre à l’économie et à la social-démocratie de continuer de tourner ?  Pourquoi pas  préférer les riches et bien portants aux autres ?

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Il n’est pas certain que tout cela soit très apprécié des militants socialistes et encore moins des Français, et que cela  ne fasse pas perdre des électeurs à ce parti plutôt que lui en apporter, car à ce jour le PS sait que le compte n’y est pas ! Un candidat à la présidentielle ne doit-il pas parler et agir pour l’ensemble des Français ? Cette stratégie des choix  pourrait bien, de plus, être fatale à  DSK. En misant sur l’islam il  va être confronté à des pratiquants intégristes dont il pourrait ne pas être le candidat de gauche préféré. La provocation et la gravité des propos tenus par un musulman radical, au congrès de l’UOIF du Bourget, devraient inquiéter DSK, le PS et, au-delà, toute la société française !

http://www.youtube.com/watch?v=Ryce-jCbTjc

Plus qu’une maladresse, définir de cette manière la « France de l’avenir » est surtout une faute, car tous les Français de France ont droit à un avenir et n’est-ce pas à cela que les Think tank vraiment de gauche devraient  réfléchir?

Chantal Crabère

(1) La France est-elle finie ?  Publiée chez Fayard

 

 
 

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