Sohane : 10 ans déjà !

Publié le 13 octobre 2012 - par - 1 016 vues
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Ce prénom ne vous dit peut-être rien et pourtant c’est celui d’une jeune fille de 17 ans morte le 4 octobre 2002, il y a juste 10 ans… Morte dans un local à poubelles « assassinée », oui on peut employer ce terme plutôt que tuée car elle a été brûlée vive par un petit caïd de banlieue auquel elle refusait de  se soumettre. Après elle il y a eu Ghofrane à Marseille lapidée en octobre 2004 dans un terrain vague, et puis Shérazade arrosée d’essence qui porte aujourd’hui sur son corps les traces de cette terrible agression. Ces 3 prénoms résonneront dans la tête des féministes à jamais… D’autres femmes ont été et sont tous les jours victimes de viols ou de violences, mais pour ces trois là on a assassiné, ou tenté de le faire,  en utilisant  le feu et les pierres, et nous avons là des modes d’agression inédits en France ,  extrêmement révélateurs et combien symboliques.

La Ministre Najat Vallaud-Belkacem était présente au côté des féministes et des 2 sœurs de Sohane pour un moment de recueillement, autour de la stèle, dressée  et dédiée à sa mémoire,  près des lieux du crime.  La Ministre a rappelé au cours de la journée la tendance de notre société à minimiser les violences faites aux femmes avec ce triste pronostic : «  Aujourd’hui partez du principe qu’il va y avoir 250 viols en France »(1). Que va-t-elle penser du verdict rendu dans le cas des tournantes, dans lequel une seule des 2 jeunes femmes  a été déclarée victime après avoir été, selon son avocate, encore copieusement injuriée pendant le procès, les coupables ne faisant, semble-t-il, même pas acte de repentance? L’ère de justice de Madame Taubira va-t-elle être, contrairement aux souhaits de Najat Vallaud- Belkacem, plus douce pour les coupables   de viols? En matière de justice est-cela le changement? Devant le lever de boucliers des associations féministes le parquet fera-t-il appel?

Après la mort de Sohane les filles des cités ont crée l’association des Ni putes ni Soumises. Malgré la vaillance de nombre de ses membres dirigeantes où en est aujourd’hui   l’émancipation des filles des cités? Les violences ont-elles diminué ? Il semble que ce soit le fiasco total. Pour Françoise Brié (2) : «  Le contrôle sur elles est toujours aussi prégnant. Tenues vestimentaires, relations, déplacements, leur quotidien est soumis au machisme et aux insultes sexistes ». Quand on observe les banlieues et nos grandes villes, on voit bien que de nombreuses jeunes filles sont entrées dans les codes imposés par les machos de service:  invisibilité des corps, abolition de toute coquetterie. On se couvre de voiles  de tchadors ou d’abayas , sorte de « passeports respectables», très souvent pour  avoir la paix.  D’autres converties, en service commandé,  montent au créneau pour nous persuader que c’est leur liberté c’est leur choix, ce qui ne pourra qu’ aggraver le problème et stopper l’émancipation des autres (3) !

Les événements d’Echirolles sont là pour nous montrer, aussi, un autre aspect des phénomènes : la violence ne s’exerce pas  que sur les jeunes filles. Oui des hommes sont aussi  victimes de violence dans les cités. Hommes jeunes agressés par d’autres hommes, jeunes eux aussi, quelquefois mineurs, pour des motifs de regard mal perçu…. Violence dans laquelle tombent aussi les jeunes filles elles-mêmes, contre d’autres filles de leur âge ou en participant à des guets-apens contre d’autres personnes… On a vu  dans l’affaire Fofana et Ilan Halimi  que des jeunes femmes ont été des maillons importants du drame.

Qu’est-il arrivé à notre pays depuis 40 ans pour que cette violence s’installe et évolue vers  une telle intensité ? Violence à l’école contre les enfants et les jeunes entre eux, contre les profs. Comment a-t-on pu permettre que des lycéens, collégiens pénètrent dans les locaux scolaires avec des couteaux, des armes ? Comment se fait-il que des parents, eux-mêmes, viennent donner des coups aux enseignants, la violence brutale plutôt que l’échange courtois ? Comment se fait-il que les armes à feu circulent dans les immeubles, dont des gros calibres de guerre ?  Quel monde préparons-nous, quel type de société léguons-nous à nos enfants ? Y a-t-il eu un manque de clairvoyance de nos politiques depuis 50 ans, une paresse pour agir? Est-ce l’idéologie avec le terrible clivage  politique droite/gauche ou le discours de l’excuse qui a fait minimiser des faits qui auraient dû être, pour  les responsables politiques (toutes tendances confondues),  des signaux d’alerte puissants pour protéger notre jeunesse de  ses propres agissements,  de  sa propre violence ? On a bien souvent, trop souvent, fait preuve de laxisme sur les premiers faits, qu’il aurait fallu sanctionner immédiatement, poubelles ou voitures qui brûlaient, réalisant le désastre  quand brûlaient les crèches, les écoles, les gymnases,  ensuite les bâtiments publics… C’est une longue chaîne d’abandons, de renoncements, de paresse, qui nous  a amené à la dramatique situation d’aujourd’hui.

Quelle réflexion,  quelles actions promouvoir maintenant pour remettre  un peu d’humanité dans notre société ? La morale à l’école ? Sans doute est-ce une bonne idée nécessaire mais pas suffisante, il y a le feu à la maison  !

Chantal Crabère

(1) France Info

(2)Association féministe Escale de Gennevilliers. Info du  quotidien Métro du 5 octobre

(3) Cas de la chanteuse Diams.

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