Soirée électorale : les européistes n’ont rien compris

Publié le 30 mai 2014 - par - 1 035 vues
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colereSoirée électorale sur France 2, ce dimanche 25 mai. Même si les listes favorables à l’Union européenne restent largement majoritaires, c’est gueule de bois pour leurs représentants qui ne peuvent que constater l’ampleur de la contestation face au fonctionnement actuel de l’UE. Les partis souverainistes du FN, de Debout La République et les anti-Europe libérale du Front de Gauche collectent 36 %, si on y intègre les 1 % de l’UPR (Union Populaire Républicaine) et du mouvement Force Vie de Christine Boutin.

Mais c’est l’accès à la première place du FN qui mobilise l’attention. Et tous ces consternés se sont donc essayés à comprendre pourquoi 1 votant sur 4 a choisi un bulletin de vote FN. En pure perte. En effet ces beaux esprits sont totalement incapables de saisir les craintes et les aspirations d’une part croissante de leur peuple.

Juppé est le premier à le reconnaître. Il ne comprend pas le peuple. Il faut dire qu’il est dans la dénégation de l’affirmation d’un vote de conviction de la part des électeurs du FN. Cette argumentation boiteuse reprend l’antienne du vote de protestation : l’électeur se lâcherait à l’occasion des européennes (Juppé, Copé, Bové). Peu leur importe qu’un sondage indique que 61 % des électeurs ont voté ce dimanche avec une préoccupation prioritaire liée au positionnement des partis politiques vis-à-vis de leurs positions européennes.

A l’UMP, avec Copé et Fillon, on n’est pas loin de nier la 1ère place du FN en laissant entendre qu’elle sera sans lendemain, puisqu’elle serait due à la division de l’UMP, et qu’il suffira à ce parti que ses membres se rassemblent pour que le FN soit relégué. La preuve, l’UMP a largement remporté les municipales. Jupé n’hésite pas, d’ailleurs, à prétendre que la droite nationale a gagné, la preuve, les voix de l’UMP et de l’UDI/Modem atteignant ensemble 30 %. C’est pourtant ne pas voir qu’elles sont en recul de près de 7 % par rapport à 2009.

D’autres cultivent toujours le mépris vis-à-vis de ces réticences ou refus d’électeurs envers l’UE. Bové et Cavada dénoncent ce vote de contestation stérile, puisqu’il ne permettra pas de réformer l’UE et affaiblirait la France. Fillon, s’entêtant dans l’aveuglement, plaide pour une relance du projet européen.

Les centristes libéraux s’égarent en voyant une des solutions dans des préoccupations non prioritaires pour l’électorat contestant l’UE. Pour eux, il faut associer davantage les populations à la vie politique, ce qui est louable ; mais au lieu pour cela de recourir aux référendums, les Bayrou, Yade, Cavada, rejoints par l’écologiste Placé ne parlent que de réformer les institutions, avec le recours à une proportionnelle qui ne ferait que renvoyer aux instabilités chroniques des III° et IV° Républiques.

Les socialistes, comme Guigou sont persuadés que si le pouvoir d’achat est rétabli, le vote FN fondra ; et de proposer de recréer la confiance, avec le devoir de relancer l’économie. Des formules creuses complétées par le ministre Le Foll qui ose affirmer que le redressement est engagé. Mélenchon, peu loquace, sans imagination, voit la solution dans la recherche d’une alternative à gauche. A priori, si on en juge ses 6 maigres %, les électeurs ne sont pas convaincus.

Voilà donc 1 heure 20, que le débat a débuté, et aucun facteur convaincant n’a été donné du recours aux votes anti-UE. Seuls des arguments très partiellement explicatifs ont été avancés. Ainsi le pouvoir d’achat  qui est décisif pour le vote de 30 % des Français. Mais ce ne sont majoritairement pas des électeurs anti-UE. En effet ces derniers font sans doute partie des 31 % de votants pour lesquels, concernant ces élections européennes, la préoccupation de l’immigration a été primordiale. Le terme immigration n’a pourtant toujours pas été évoqué par ces doctes analystes du vote FN, hormis Copé qui a prononcé le mot, en se gardant bien de s’étendre sur le sujet.

1 heure 20 de bla bla, sans entendre une raison sérieuse de la montée des aspirations souverainistes parmi beaucoup de Français. Pas d’évocation de l’immigration, alors que c’est la préoccupation première des Français. Pas d’évocation du désir populaire d’un recours à un protectionnisme mesuré pour mettre fin à l’enchaînement sans fin des délocalisations et fermetures d’usines hexagonales.

Nulle remise en cause de ces élites, nouvelles guides de la pensée, qui si peu attachées à la liberté d’expression, s’empressent d’étouffer toute argumentation potentiellement opposée à la leur, en la qualifiant de phobique, la pathologisant à la façon soviétique. Pas de contestation possible de la soi-disant compatibilité entre islam et démocratie, alors que 74 % des Français, interrogés dans un sondage, estiment que l’islam est une religion intolérante et n’est pas compatible avec les valeurs de la société française.

Aucune allusion à la montée d’un communautarisme déjà bien ancré dans certains territoires de la République. Rien sur les accommodements déraisonnables qui obligent de nombreux Français à modifier leur mode de vie pour s’adapter aux exigences culturelles de populations d’origine extra-européenne installées récemment. Nos gouvernants ne sont pas plus bavards sur la perte d’identité liée entre autres à la déculturation programmée de la jeunesse française du fait de la diminution de la part d’histoire de France dans les programmes scolaires ainsi que par la prédominance de programmes tv toujours plus abêtissants. Ils se gardent bien aussi d’évoquer la laïcité battue régulièrement en brèche, et l’insécurité vécue dans leur chair et leur psyché par beaucoup trop de Français.

Par contre, l’atmosphère dans le studio est au deuil, comme si la démocratie était menacée. « Démocratie atteinte » dit même l’un. Alors que ces européistes sont les premiers à être dans le déni de la démocratie. Ne fût-ce qu’en privant les citoyens français d’une réelle campagne électorale. Tout a été fait pour informer le moins possible les Français sur l’UE, de peur sans doute qu’ils se réveillent et constatent davantage son inefficacité.

Quant à cette soirée électorale, le temps de parole des candidats FN a été extrêmement compressé ; il est loin d’ ¼ du temps de parole qui aurait dû lui être démocratiquement alloué, en considération de ses 25 % de voix obtenues. Et que dire de l’absence de Nicolas Dupont-Aignan ? Avec 4 % des voix, il n’était pourtant pas si éloigné des 6 % du Front de gauche. Une façon comme une autre, de ne pas accorder davantage de temps aux thèses souverainistes.

Ne parlons pas de la fin de soirée, au-delà des 2 heures de débat, consacrée aux people, syndicalistes ou retraités de la politique ; pas un partisan du souverainisme n’était invité, et tous y allaient de leurs sanglots. Pour achever cette soirée électorale, six journalistes concluaient, avec seule Natacha Polony, atténuant le discours libéral mélancolico-européen ambiant. Mais on sait combien celle-ci n’a pas la pertinence cinglante d’un Zemmour. Et pourquoi ne pas inviter un journaliste de Valeurs Actuelles, seule revue d’informations à vraiment mettre les pieds dans le plat ?

Ce festival d’acteurs politiques n’ayant toujours pas compris les raisons profondes du vote souverainiste n’augure rien de bon pour la suite. Heureusement, parmi eux, trois plus francs et plus lucides, peuvent nous permettre d’espérer une prise de conscience au sein des européistes.

Au bout de cette heure et vingt minutes déjà évoquée, Rachida Dati a mieux percuté que ses collègues, en déclarant que lors de la campagne, sur le terrain, elle avait été souvent gênée de porter une parole en décalage avec la réalité. Pour elle, une des clés de notre avenir était de remettre les Français autour d’un même destin et de repréciser les valeurs de la France ainsi que son identité.

A sa suite, Guaino, un des rares souverainistes au sein de l’UMP, constatait que la classe politique était incapable de tirer les leçons de sa défaite. Pour lui, l’Europe ne peut pas continuer comme cela, la France non plus, car les Français ne le supporteront plus. Si rien ne change après ce vote, la démocratie vivra des moments difficiles.

Le socialiste et ancien ministre Védrine fut encore plus étonnant de clairvoyance, indiquant qu’il faut faire une pause dans la construction européenne, en raison du « fossé géant entre les petites élites européistes et l’immense population qui est eurosceptique », les peuples européens ne voulant pas du « schéma pseudo-fédéraliste que veulent imposer les élites. » « Les arguments grandiloquents ne fonctionnent pas : l’Europe, c’est la paix, c’est l’avenir ; c’est honteux de voter non. » Védrine demande donc de sortir du mépris exprimé par les élites européistes à l’encontre des populistes, terme qu’il demande d’ailleurs de revoir, puisque la démocratie, c’est le peuple.

Existe-t-il un petit espoir que ces ump-socialistes puissent faire entendre leur constat afin de faire bouger les lignes au sein de leur parti ? La réussite de notre combat peut aussi passer par là, et nous faciliterait bien des choses.

Jean Pavée

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