Soldats tués en Afghanistan : le scandale n’est pas l’attitude de Benguigui-Placé, mais la cérémonie religieuse

Alain Dubos dans le N° 254 de RL nous raconte combien il a été scandalisé par l’attitude de Placé et Benguigui aux obsèques des 4 soldats français tués en Afghanistan. Et de nous expliquer que l’un tapote sur son portable alors que l’autre mâche ostensiblement son chewing gum… C’est vrai il a raison c’est un scandale. Oui c’est un scandale que dans Riposte Laïque on laisse passer un tel article. Car ce qui scandalise Alain Dubos ce n’est pas que des représentants de la République soient présents en tant que tels à un office religieux à cautionner par leur présence des rites imbéciles et dégradants tout en violant l’obligation qui est la leur de respecter la loi de 1905 de laïcité, non ce qui choque Alain Dubos c’est qu’on puisse manquer de respect à des salamalecs absurdes! Il ne lui viendrait pas à l’idée de se demander si les 4 militaires auraient souhaité être associés à un rituel religieux au nom de la Nation, si cette association du religieux et du militaire en présence du Président de la République n’a pas quelque chose de particulièrement choquant, d’indécent, de scandaleux, non, ça le laisse froid, il n’a sans doute pas vu qu’il s’exprime dans « Riposte Laïque » et que le nom du journal dans lequel il écrit est à lui seul tout un programme. Alain Dubos ne se demande pas si l’association systématique d’un hommage de la Nation à une cérémonie religieuse n’est pas une insulte permanente aux laïques et qu’il y en a marre de voir le Président de la République participer activement (signe de croix et autres rituels) à des simagrées qui déshonorent sa fonction. Faut il remettre le nez d’Alain Dubos dans des écrits autrement plus violents que les miens et qui datent de plus de 200 ans, ceux de Sade par exemple dans « la philosophie dans le boudoir » afin qu’il se rende compte que les religions sont hautement détestables et qu’à juste titre elles sont haïes par nombre de ceux qui nous ont précédés dans le combat laïque?  
Gillinoui

REPONSE D’ALAIN DUBO

Cher Monsieur,

J’encaisse sereinement votre réaction à mon article sur la cérémonie d’hommage à nos morts d’Afghanistan. Quelques discussions avec des amis comme vous allergiques à la co-existence pacifique entre le sabre (ou plutôt le Ministère civil) et le goupillon m’ont depuis longtemps persuadé qu’il reste dans notre pays des gens campés sur des positions historiques inconciliables. Je dis historiques parce que procédant d’une longue et maintes fois douloureuse affaire de famille, laquelle est aujourd’hui totalement dépassée par l’accélération des choses et par l’intrusion massive de l’étranger dans ses arcanes.

Hélas.

Hélas parce que bon an-mal an la France avait accepté la coutume de son union consensuelle, sous les voûtes des églises, autour des catafalques glorieux et des cercueils honorés. Victor Hugo lui-même ne fut-il pas célébré dans l’église Sainte-Geneviève opportunément rebaptisée Panthéon?

Temps révolus. La crispation religieuse de notre siècle balaie la routine inaugurée par la IIIè République et c’est fort dommage car, avouez-le, ce passage obligé des célébrations nationales ne cassait pas trois pattes à un canard. Sauf évidemment aux yeux des gardiens les plus féroces du temple laïc.

Alors, que faire désormais? Une chose sans doute : autoriser d’urgence les désinvoltes non motivés à sécher la messe. Ils iront faire un flipper au café d’en face, où l’on vend aussi des gommes à mâcher aux possesseurs de portables.

Pour le reste : tout raser peut-être. Mais tout, alors : cathédrales, synagogues, mosquées et temples divers. Il arriva que la solution, plusieurs fois envisagée, connût un début de mise en oeuvre. Plan intermédiaire : couvrir le pays de musées et de salles de concert. Les édifices religieux de la colonisation ont connu il y a encore peu cette uniformisante destinée.

J’ai peur que tout cela soit difficilement résoluble, sauf si la République, qui en a les moyens, s’oblige aux célébrations collectives dans ses espaces naturels, laissant aux croyants la liberté de prolonger les réunions dans leurs propres enceintes. Et à une condition essentielle : que les religions concernées ne sortent en aucune manière du cadre que leur concède le règlement.

Voilà bien l’étrange et nouvelle situation dans laquelle nous met l’entrisme d’un nouveau venu que le débat de ce jour risque de fort amuser.

Bien cordialement vôtre.

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