Sommet de Bruxelles : une nouvelle cure d’austérité pour sauver l’Europe libérale à l’agonie

Publié le 12 décembre 2011 - par - 477 vues
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Les dirigeants de l’Union Européenne  réunis les  8 et 9 décembre 2011 à Bruxelles ont accouché une nouvelle fois de mesures destinées exclusivement à rassurer les marchés financiers et les agences de notation, pour tenter de sauver la zone euro.Les leaders européens ont donc décidé d’acter l’existence d’une Europe à deux vitesses.L’accord pour renforcer la discipline budgétaire, voulu par l’Allemagne et la France, ne sera adopté que par les 17 membres de la zone euro plus « des pays volontaires ». Sept d’entre eux ont signé l’accord.

Le Royaume Uni n’a pas accepté de signer cet accord intergouvernemental, ce dont s’est expliqué  le premier ministre David Cameron devant la presse le 9 décembre  à Bruxelles :

« Si vous ne pouvez pas obtenir des garde-fous à l’intérieur du traité, il vaut mieux rester en dehors », a estimé le premier ministre lors d’une conférence de presse à l’issue de la première journée d’un sommet à Bruxelles. « Ce qui est sorti n’était pas dans l’intérêt de la Grande-Bretagne, donc je ne l’ai pas accepté. (…) Je ne pouvais pas présenter ce nouveau traité devant notre Parlement », a poursuivi David  Cameron, visiblement très remonté. Il a estimé que les « intérêts britanniques au sein de l’UE » tels que la liberté des échanges, l’ouverture des marchés devaient être protégés.

La position de l’Angleterre n’est pas surprenante, car celle-ci n’est  jamais réellement considérée comme faisant partie de la Communauté Européenne (un pied dedans, un pied dehors).

Cela étant rappelé les pays signataires de cet accord intergouvernemental qui n’est pas un traité ont accepté :

  • le principe de sanctions quasi-automatiques en cas de déviance budgétaire ;
  • l’adoption, par les pays, d’une « règle d’or » imposant le retour à un l’équilibre budgétaire ;
  • un droit d’intrusion européen accru dans la préparation des budgets nationaux. Les pays qui bénéficient d’une aide extérieure pourront même être placés sous tutelle européenne ;
  • que la Banque centrale européenne (BCE) soit chargée de gérer l’actuel Fonds de secours de la zone euro (FESF) et le futur Mécanisme européen de stabilité (MES) qui doit lui succéder en 2012 ;
  • de renoncer, en cas d’urgence, à la règle de l’unanimité, pour prendre les décisions qui concernent ce MES. Une « majorité sur-qualifiée » de 85% suffira (et les pays en désaccord devront se soumettre).

Les États de la zone euro n’ont pu se mettre d’accord vendredi  dernier pour ouvrir la porte, même dans un avenir lointain, à des euro-obligations pour mutualiser leurs dettes, a indiqué Herman Van Rompuy.

Toutefois, « les États membres de la zone euro ont donné mandat » aux dirigeants des institutions européennes « de poursuivre nos travaux sur l’intégration budgétaire » et « la mutualisation de la dette », a-t-il ajouté.

« Nous espérons reparler de ce sujet lorsque la tempête sera passée », a-t-il affirmé.

Les euro-obligations, ou eurobonds, sont jugés par de nombreux économistes comme une des seules mesures susceptibles de calmer les marchés. Herman Van Rompuy et le président de la Commission européenne José Manuel Barroso avaient proposé d’ouvrir la porte à leur mise en place, même à l’avenir, mais l’Allemagne y était résolument opposée.

Quand on rentre dans les détails on nous annonce un prêt de 200 milliards au FMI, sans nous dire ce quelle manière, il sera financé (par les États européens ou par la BCE), qui serait destiné, à aider les pays de la zone euro incapables de faire face à la dette souveraine. Dans le jargon bancaire, cela s’appelle de la cavalerie.

Le FESF est doté d’une capacité de prêt théorique de 440 milliards d’euros mais les aides accordées à ces trois pays ont réduit à environ 250 milliards l’encours disponible.

Les prêts sont accordés par les membres de la zone euro, selon la répartition utilisée pour constituer le capital de la Banque centrale européenne. L’ Allemagne est le premier pays contributeur, suivie par la France.

L’idée de multiplier la force de frappe du FESF par l’application d’un « effet de levier » reposant sur une garantie partielle apportée par le FESF aux contributeurs est conservée, de même que celle de compléter le FESF par des capitaux apportés par des partenaires de l’Europe.

Le montant de 1.000 milliards d’euros évoqué par des responsables européens ne sera toutefois pas atteint et on s’attend désormais à un effet de levier permettant d’atteindre une puissance de feu allant de 500 à 700 milliards d’euros.

Nous ne savons pas très bien comment les États pourront lever des fonds auprès des investisseurs pour approvisionner ce fonds européen de stabilité , alors que ces mêmes États sont hyper-endettés et qu’ils doivent emprunter à des taux de plus en plus élevés pour refinancer leurs dettes souveraines. Le FESF sera remplacé par un deuxième fonds de stabilité européen ( MES) à partir de mi 2013. Pendant cette période transitoire le MES pourra être activé en parallèle. Les bureaucrates de Bruxelles  auront mis en place une véritable usine à gaz dont nous n’avons nullement l’assurance qu’elle aura les moyens de fonctionner et de répondre efficacement aux États en difficulté.

Nos dirigeants mettent en place des plans rigueur et en même temps, ils continuent à emprunter sur les marchés pour sauver une zone euro qui ne pourra  pas résister très longtemps à son effondrement du fait d’une crise économique, financière et sociale de plus en plus aiguë, voire explosive.

On nous annonce par ailleurs que les banques privées ne participeront plus aux plans de restructurations de dette d’ États défaillants, alors que l’on sait tous que celles-ci sont en train de se délester des  obligations d’ États qu’elles détiennent dans leurs bilans pour reconstituer des fonds propres insuffisants  ce pour se conformer aux nouvelles normes de solvabilité qui leur sont imposées par les régulateurs.

En effet après la mise sous surveillance de certaines banques européennes par Standard & Poor’s jeudi 8 décembre, consécutive à celle des États de la zone euro, les mesures visant à renforcer le système bancaire ont été annoncés. L’ Autorité Bancaire Européenne (EBA) a réévalué à 114,7 milliards d’euros, les besoins en recapitalisation des 70 principales banques européennes. Au total, cette somme devrait leur permettre d’atteindre un ratio de fonds propres durs, « Core Tier 1 », de 9 % d’ici à fin juin 2012. Plus de peur que de mal car dans son ensemble, cette estimation n’a été que légèrement revue à la hausse par rapport à la précédente fin octobre : 106,4 milliards d’euros. L’ EBA avait alors précisé qu’elle actualiserait ce chiffre en prenant en compte les dernières données disponibles sur l’exposition aux dettes souveraines des banques.

Pendant que des mesures drastiques sont demandées aux Banques pour reconstituer leurs fonds propres, les États de la zone euro sont également à la recherche de nouvelles liquidités pour refinancer leurs dettes souveraines devenues insupportables (environ 1200 milliards d’euros entre 2012 et 2013 dont la majorité concernera l’Allemagne, l’Italie et la France).

Parallèlement  La BCE a décidé de prendre acte des difficultés éprouvées par certaines banques européennes pour se refinancer sur le marché interbancaire. La semaine dernière, 34 banques ont tapé à la porte de l’institution pour obtenir de la liquidité en dollar contre seulement 4 la fois précédente. 50,7 milliards de dollars ont ainsi été prêtés contre 395 millions dollars auparavant.

Afin d’éviter la concrétisation du risque systémique -au premier trimestre 2012, 230 milliards d’euros d’obligations bancaires devraient arriver à échéance- et de manière à permettre la relance d’une croissance européenne en berne-les PME représentent 60% des emplois de la zone euro- l’institution monétaire a alors décidé de multiplier ses mesures dites non conventionnelles.

Nous sommes revenus comme en 2009 à un risque systémique des banques européennes et à un assèchement du crédit dans l’économie réelle.

Toutes ces mesures auront pour conséquence d’instaurer une cure d’austérité pendant de longues années aux peuples européens et à coup sûr une explosion du chômage car celles-ci ne sont uniquement destinées à sauver une zone euro moribonde.

Aucun plan de relance n’a été annoncé par les chefs d’ États de l’Union européenne pour relancer une économie anémiée et dont les perspectives de croissance pour 2012 sont quasi-nulles. L’OCDE a  en effet prévu que l’UE rentrerait en récession. Il sera donc pratiquement impossible de renflouer les caisses des États dans une période de récession que l’on aggrave en imposant une rigueur budgétaire à des États qui n’ont plus de marge de manœuvre dont le principal responsable  est la monnaie unique et le rôle dévolu à la BCE ( se référer au traité de Maastricht )

Les chefs d’ États de l’Union européenne continuent à refuser la mise en place d’euro-obligations, seul moyen qui pourrait permettre de redonner aux États un peu d’oxygène et pouvoir concilier rigueur et relance.

Le PS : un accord «flou» qui «ne répond pas à l’urgence de la crise». «L’accord trouvé cette nuit lors du Conseil européen n’est pas solide : il est étroit, flou et ne répond pas à l’urgence de la crise. Nous resterons extrêmement vigilantes sur sa mise en œuvre», écrivent dans un communiqué commun, Catherine Trautmann, chargée des questions européennes dans l’équipe de campagne de François Hollande, et Élisabeth Guigou, secrétaire nationale du PS. «L’exercice du contrôle démocratique par les Parlements nationaux et par le Parlement européen, reste imprécis», ajoutent-elles, « Rien n’est dit sur les interventions nécessaires de la Banque centrale européenne, le FESF reste à des niveaux qui ne lui permettront pas de répondre durablement à la crise, l’introduction des euro-obligations est renvoyée à un hypothétique rapport des instances européennes en mars 2012», poursuivent-elles.

Le problème avec le PS, c’est qu’il se refuse à remettre  en cause de façon radicale, la manière dont l’Europe a été construite, qu’il se refuse à remettre en cause la mondialisation, le libre-échange, l’abandon de la souveraineté des États nations ,qu’il se refuse à prendre des mesures protectionnistes pour permettre aux pays européens de faire face une concurrence déloyale que leur impose les pays émergents. Il s’est inscrit dans un nouvel ordre mondial qui se redessine sous nos yeux sous l’impulsion des oligarchies financières et des multinationales.

Marine Le Pen a été la seule à  réagir très vivement à ce plan de dupes qui ne règle en rien le problème des dettes souveraines. Elle indique que sans sortir de l’Euro, cela sera le chaos économique et social.

http://www.dailymotion.com/video/xmvnu6_re-action-de-marine-le-pen-sommet-de-bruxelles_news

Si nous voulons sauver les peuples de la zone euro, il faut que les États-nations retrouvent leur souveraineté et que les dirigeants européens une fois pour toute reconnaissent qu’ils se sont trompés en imposant une Europe libérale que leurs peuples ne voulaient pas.

Si nous voulons éviter pour nos concitoyens la paupérisation, nous devrons nationaliser les banques ,exiger un moratoire sur les dettes souveraines ou d’en effacer une partie, afin que nous retrouvions un jour le chemin de la croissance.

Cette Europe a détruit nos emplois, a participé à la déréglementation de nos protections sociales, a cassé nos services publiques pour les mettre en concurrence (EDF, Transports, Énergie, télécommunications etc.)

Nous ne pouvons plus continuer dans cette voie technocratique ou notre gouvernance sera décidée par des bureaucrates à Bruxelles au nom d’une Europe supranationale que la plupart de nos concitoyens rejettent. En 2005, les Français avaient rejeté massivement le traité de constitution européenne.

La démocratie voudrait que l’on consulte par la voie référendaire les peuples pour qu’ils puissent réellement décider de qu’ils veulent comme Europe.

Si nous avions une consultation dans l’ensemble de la Communauté européenne, je suis à peu près certain que cette Europe de la libre concurrence, du libre-échange, ne serait pas acceptée par une majorité de nos concitoyens.

Nos politiques ne pourront pas  continuer à gouverner contre les intérêts de leurs peuples respectifs. S’ils persistent à vouloir nous imposer une Europe supranationale ou à vocation fédérale, ils prennent le risque de se voir confronter à une forte résistance des peuples qui voudront défendre leur nation, leur identité et leur culture.

La mondialisation n’est pas la solution à nos problèmes actuels, le retour aux États-nations souverains est indispensable pour que les peuples puissent continuer à coopérer à armes égales entre eux, à la condition exclusive qu’ils soient maîtres de leur destin. Sinon nous aurons droit à la récession, au chômage massif et à l’austérité pour des décennies.

 

Fabrice LETAILLEUR

Voir son blog

http://lebloglaicdechamps.over-blog.com/

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