Sortir de « l’Europe » ou de « l’UE » ?

S.U.E ! Ou comment Sortir de l’Union Européenne (S.U.E) tel serait le credo de ce livre certes à charge mais qui relate chronologiquement espoirs et abandons jusqu’à ce que le rêve se transforme en cauchemar au dire de l’auteur qui pose cependant des questions objectives cruciales, au-delà de savoir s’il « faut » ou pas continuer à miser ou se retirer de la table du jeu.

D’autant que ce dernier mouvement semble bien difficile, comme il a été vu avec le RU qui en même temps ne semble pas non plus œuvrer dans une direction enviable pour sa citoyenneté tant sa soumission à l’axe anglo-saxon global (US, Australie, Canada, NZ) prédomine sur son identité propre en tant qu’elle est aussi dépendante de son appartenance européenne hors UE.

Mais, avant d’aller plus loin, un mea culpa semble nécessaire, non pas provenant de l’auteur mais de son critique : j’ai en effet cru avec Maastricht qu’une « Union » citoyenne serait réelle ; je me rappelle en 1992 avoir discuté avec une jeune fille de 17 ans qui attendait ardemment ses 18 ans pour voter non à ce Traité… Ma surprise fut sans pareille…

Un second mea culpa pointe son nez et fait pression brusquement : lorsque je collaborais quelque peu à Technikart (en parallèle avec Citizen K) une discussion avec le directeur de la rédaction de l’époque tourna au vinaigre lorsque sur Maastricht également je suggérais qu’au fond puisque « nous » marchions vers une « union » s’opposant nécessairement aux divers « blocs » alors une multitude d’ambassadeurs distincts pour chaque pays ne me semblait plus nécessaire, mais ce raisonnant en tant qu’européen (intégrant même la Russie) et non pas comme membre de l’OTAN, même si je restais persuadé à l’époque qu’en faisant partie de son commandement intégré il y aurait eu moyen non seulement de peser (le droit de veto le permet déjà et la Turquie en use et abuse) mais de s’opposer à des politiques purement logiques et guère rationnelles en Irak, Afghanistan, Serbie…

Sur ce dernier pays, là encore, et décidément, lorsque Jean-François Khan sembla quelque peu réticent à son bombardement massif en 1999 à propos du Kosovo, ses objections m’émoussèrent (d’où un troisième mea culpa) bien plus que l’enthousiasme béat d’un BHL (croyant y voir à nouveau Munich ou la Bosnie) et qui par ailleurs se fourvoya par la suite en Libye (soutenant le mauvais cheval du CNT) en Syrie (avec le soutien aux djihadistes « modérés » de l’Armée Syrienne Libre – ALS -) et encore plus aujourd’hui en Ukraine refusant d’admettre qu’il ne s’agit pas d’un « simple » conflit géopolitique visant à reconstituer une URSS stalinienne – qu’il combattit, tout en défendant encore l’Idée léniniste qui y aurait été déviée (d’où sans doute son entêtement actuel perçu à la fois comme un rachat et une guerre idéologique continuée par d’autres moyens) mais d’un conflit également civilisationnel entre « un » monde slave se reconstituant avec peine dans les décombres de « l’Homme nouveau » léniniste que l’Ouest veut cependant imposer à tous en le repeignant avec des couleurs trans-cybernétiques ; ce que ne voient également ni Pascal Bruckner ni Jean-François Colosimo, ou, du moins, méprisant à tel point un Poutine (tout comme Françoise Thom) qu’ils ne peuvent guère l’envisager ; réfléchissant d’ailleurs plutôt en historiens et en philosophes plutôt qu’en politistes et sociologues, c’est-à-dire sous-estimant la nature, complexe, du Pouvoir (ainsi en quoi Poutine serait sinon « pire » qu’un Richelieu s’alliant aux protestants allemands pour mieux massacrer les protestants… français ?) de même que les enjeux multifactoriels qui interdisent d’avoir seulement une vision binaire des choses (quel fut le rôle du marché noir parallèle en Union Soviétique ayant ensuite secrété ses mafias et oligarques d’aujourd’hui ?) même si un ou/ou surgit aussi à un moment donné cependant…

En tout cas, il n’est possible de nier la guerre idéologique, transcendantale et culturelle dans laquelle nous sommes de plus en plus, au profit de la seule guerre géopolitique des intérêts « glacés » du calcul économique et de la volonté séculaire de puissance et/ou de prestige. Négation habituelle et encore dominante ; celle de la non univocité des conflits, ou le concédant mais à la marge ; pourtant celle-ci ne peut toujours guère expliquer en quoi l’Allemagne du troisième Reich se distingue des deux premiers, et ce « différentiel » n’est pas seulement objet d’une querelle byzantine (également) puisque la connaissance profonde de sa spécificité posée comme sujet (et donc but) de la guerre aurait peut-être empêché son éclosion en la bloquant dans la Ruhr et à Locarno sans oublier la Rhénanie comme l’espérait Bertrand de Jouvenel ; mais les approches « économistes » bien plus que « libérales » des Anglo-Saxons eurent la primeur « laissant faire laissant passer » un hubris germain revigoré.

De même aujourd’hui, et alors que ce dernier resurgit à l’orée de la crise durable avec la Russie non pas « de » Poutine mais de tout un bloc bien plus large (aux BRICS de plus en plus solides) il semble bien que l’actuelle UE loin d’être cet alcôve de paix et de prospérité promis devient, comme le montre, dans les détails, Alain Falento, un creuset dangereux pour le présent et l’avenir des peuples européens, ukrainiens compris…

Lucien Samir Oulahbib

Publié dans l’édition de Dogma de décembre

Voir l’entretien d’Alain Falento sur TVLibertés

https://tvl.fr/politique-eco-n0368-avec-alain-falento-ukraine-euro-le-coup-d-etat-permanent-de-bruxelles

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5 Commentaires

  1. Ils ont fait de la république française une RIPOUBLIQUE Européenne, où le SMIC des ouvriers varie de 363€ pour la Bulgarie à 2313€ pour le Luxembourg. Mais les députés de UE ont tous le même salaire. C’est cela que ces ripoux appellent la démocratie

  2. Sortir de l’Europe, c’est pas possible parce qu’on habite dedans depuis toujours, c’est chez nous, par contre sortir de l’ue « cette saloperie » c’est possible et même recommandé pour la souveraineté de chaque pays qui composent l’Europe !

    • « Sortir de l’Europe? Nous n’en sommes déjà que trop expulsés. » (R. Camus)

      • J’ ai toujours milité pour sortir de l’UE de l’euro et de l’OTAN (j’ai voté avec enthousiasme pour F.ASSELINEAU en 2016 qui a fait 0,96% à la présidentielle). Je n’ai toujours pas changé d’avis. L’UE est au seul bénéfice des US et de l’Allemagne. Une remarque: la France a perdue une bonne partie de son industrie, elle importe parait-il 60% de son alimentation. en sortant de l’euro le franc dévaluerai de 20% au moins se qui fera monter l’inflation d’autant; comme disait Jacques Atali: « on a tout fait pour ne revenir en arrière »

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