Sous mon niqab, de Zeina

Je viens de lire un livre témoignage d’une jeune française d’origine Maghrébine, Zéina qui raconte, avec Djénane Kareh Tager, son calvaire de jeune fille musulmane née dans une famille traditionnelle dans une banlieue française
« Sous mon niqab » Je l’ai enlevé au péril de ma vie » éditions PLON. Sorti en 2010.
On ne sait pas exactement quand ces faits se sont déroulés. Zeina craint encore d’être reconnue et ne donne donc pas de noms de lieu, ni aucune date. Son ex risque de la retrouver.
Tout y est : la Mère ou plutôt la génitrice, qui ne veut rien savoir, et ne pense qu’à son orgueil de mère qui a enfanté une fille si pieuse, flattée par le parcours (la longue descente aux enfers devrait on dire) de sa fille. Celle-ci passe peu à peu du bandana, au hidjeb puis au jilbab enfin au niqab, sous les coups, et le harcèlement moral destructeur de son « mari ». Tout le monde fait semblant de croire que c’est elle qui a choisi cette voie de son plein gré. Mais c’est son mari tout sucre et miel au début qui la pousse toujours plus loin, lui faisant même quitter son travail après la naissance de leur fils.
Elle explique que quand on a choisi le voile, terminé, on ne peut plus revenir en arrière cela ne se fait pas. Les étapes sont inéluctables. C’est son entourage qui le lui répète, lorsqu’elle se plaint.
Il faudrait offrir ce livre aux crétins qui pensent que le voile n’est qu’un bout de tissu. Les cogneurs ont intérêt à ce que le voile ne soit pas interdit, comme cela, ni vu ni connu.
Elle raconte, les soeurs et le frère « babas » d’admiration devant leur sœur si pieuse, les voisines itou, qui ne cherchent qu’à l’imiter, ou à faire semblant de vouloir l’imiter….Les cousines qui font pression sur elle par leur admiration béate…Les repas pris seule dans la cuisine, car manger des frites, ou une glace en compagnie, avec ça sur la tronche, avez-vous essayé ? Quand aux hommes, je n’en parle même pas, un seul, relève le gant, l’oncle, appelé « le mécréant » mis au ban de la famille, on l’invite par charité, mais on ne lui parle pas, car il fait passer la convivialité et l’amitié avant la tradition. Il a même bu du vin avec des amis Français, rendez vous compte. Il jouera un rôle efficace dans le sauvetage de Z.
On est effaré, de lire lorsqu’elle parle, petite fille, des Français de souche « cette exclusion volontaire nous soudait » [……..] « nous ne voulions pas être comme eux »… « Savais-je que moi aussi j’étais Française, [……] voilà une question que je ne posais pas, j’étais Arabe, musulmane »… […..].
« Nous ne sommes pas comme eux, nous avons notre culture, nos mœurs, nos traditions, notre système d’éducation, ils ont un mode de vie qui leur est propre » … Elle ne se souvient pas non plus d’avoir reçu une instruction civique.
Zéina explique que ce que on leur apprend à l’école de la République n’est qu’une simple formalité pour ces familles « traditionnelles ».On vit entre soi, on ne veut pas connaître les autres, on ne reçoit pas les copines, on ne va pas chez elles, on ne lit pas. Toute l’existence se déroule dans la peur, le contrôle permanent, par tout le monde, lorsque l’on est une femme, bref on vit avec la STASI, la GESTAPO et la SECURITATE à domicile.
Lorsque l’on va au pays pas question de le visiter, d’apprendre d’où l’ on vient on reste à bavarder entre femmes, entre quatre murs.
Zeina totalement chosifiée par le niqab et la souffrance morale, participe à l’éducation des filles de son entourage à la mosquée. Elle voudrait, mais est totalement incapable de se rebeller et de hurler aux filles non ne faites pas comme moi. Elle explique que beaucoup de celles qui se convertissent sont des Françaises de souche, complètement oubliées, en rupture, sans personne pour les rattraper, elles trouvent une famille en se convertissant tout simplement.
Zéina est sauvée par sa voisine, un jour qu’elle prend un peu l’air sans niqab sur son palier.
Cette voisine courageuse lui dit que tout le monde se doute de ce qu’il se passe, mais que l’on a peur de son mari. Zeina quitte immédiatement son appartement, avec son fils pour celui de la voisine, qui contacte une association, puis le long parcours du combattant, commence de chambre d’hôtel, en foyers, avec l’enfant .Je ne le raconte pas. Elle s’en sort grâce à son courage, son mental d’acier, et à son opiniâtreté .Il faut ajouter qu’elle est toujours croyante, mais estime que sa relation à Dieu ne regarde qu’elle . Une bonne claque dans la gueule des gardiens de la moralité.
Comme on ne peut pas dater ce témoignage, on espère que depuis les assistantes sociales sont mieux formées pour aider ces femmes, et que des structures d’accueil dignes de ce nom ont été mises en place .
Par contre que peut on faire contre l’enfermement mental, volontaire de ces familles ? Que peut faire la République pour ces oubliées, nos politiques femmes et hommes étant complètement en dehors du coup, que peuvent faire les citoyens ? Il faut y réfléchir , monter des réseaux de vigilance…
Monique Vigneau

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