Soutenir Ayaan et Taslima, et condamner Wilders et Redeker : le subtil machisme de la bien-pensance

Publié le 27 mai 2008 - par
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Le prix « Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes », créé cette année à l’occasion du centenaire de la naissance de l’auteur du Deuxième sexe, a été décerné conjointement à Ayaan Hirsi Ali et à Taslima Nasreen, au mois de janvier. Pour cause d’exil et de menaces terroristes de la part des sensibles partisans de la religion d’amour de tolérance et de paix, les lauréates n’ont pu le recevoir qu’en ordre dispersé. Lors du passage d’Ayaan Hirsi Ali à Paris, au mois de février, toute la gauche soi-disant progressiste s’était donné rendez-vous dans le temple de la pensée unique, à l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm. Ce fut une piètre tentative de récupération d’Ayaan Hirsi Ali, qui avorta honteusement, quand Ayaan déclara sans ciller que l’islam n’était pas compatible avec la démocratie, pour soutenir ensuite sans réserve l’affreux Geert Wilders.

Aussi lors du passage à Paris de Taslima Nasreen, la semaine dernière, les tartuffe maladroits qui avaient célébré Ayaan ont joué profil bas, et ont soigneusement évité de trop fêter l’événement, de peur de froisser l’insensibilité religieuse des superstitieux adulateurs du polygame Mahomet. Alors qu’Ayaan Hirsi Ali avait été invitée à Duel sur la Trois, et dans l’émission On n’est pas couché, Taslima Nasreen ne fut audible que sur les ondes radio, et sur… France 24 ! (1)

C’était M. Sarkozy qui devait initialement remettre le prix à Taslima Nasreen (2), puis ce fut finalement Rama Yade qui s’y est collée. Le chanoine a évité le ridicule à temps, car cela aurait fait tache de remettre ce prix après avoir déclaré le 13 février, lors du dîner du CRIF : « il n’y a pas une ligne du Coran, restituée dans son contexte et dans la plénitude de sa signification, qui puisse s’accommoder des massacres commis en Europe au cours du XXème siècle au nom du totalitarisme et d’un monde sans Dieu. » (3)

« Il n’y a rien à garder du Coran »

Il aurait fallu serrer sans rougir la main à une femme qui condamne sans ambiguïté l’islam et le Coran dans son ensemble, et la récompenser pour ces propos : « A 14 ans, je suis tombée sur un Coran traduit en bengali, et j’ai comparé plus de 12 traductions bengalies différentes… A ma grande surprise, j’ai compris que c’était bien Allah qui déclarait les femmes inférieures, qui prônait la polygamie, le divorce uniquement pour les hommes, le droit de battre leurs épouses, l’interdiction faite aux femmes de porter témoignage en justice, l’inégalité en matière d’héritage, le port du voile… Oui, Allah permettait tout cela. J’ai compris que la condition des femmes musulmanes n’était donc pas un problème spécifique à la société bengalie, mais bien le fait de la loi d’Allah, une loi terrifiante, ou plus précisément de la loi que Mahomet avait faite au nom d’Allah… »

Ou encore « Si c’est insulter l’islam que d’affirmer que le Coran est un texte oppressif, alors je peux insulter l’islam. Ce qui compte pour moi, c’est l’être humain, et non le texte. L’islam n’est pas une personne avec un cœur et des sentiments. Ce n’est qu’une création humaine qui date de très longtemps. Je pense réellement que l’islam est une torture contre les femmes, une torture que nous devons combattre. » et encore « L’islam considère la femme uniquement comme un objet sexuel, un objet sale comme de la merde, car le Coran dit textuellement: «Ô vous qui croyez, si vous êtes malade ou en voyage, si vous avez été en contact avec vos excréments ou que vous ayez touché une femme et que vous n’ayez pas d’eau, recourez à du sable [avant de prier] (4.43).» Il dit aussi: «Vos femmes sont un champ de labour pour vous. Venez-y comme vous voulez.» Donc, quand les hommes veulent et comme ils veulent! Que la femme veuille ou non, la question n’est jamais posée! Les hadith précisent que deux catégories de prières n’atteignent jamais les cieux: celles de l’esclave en fuite et celles de la femme qui se refuse la nuit à son mari… »

Sur le voile : « Il faut savoir que le voile existe uniquement parce que Mahomet était très jaloux de ses amis qui venaient lui rendre visite et regardaient Aïcha, sa femme. Il ne pouvait tolérer cela. C’est alors qu’il dit avoir reçu une révélation d’Allah lui disant que les femmes devaient se couvrir face au regard des hommes. Il imposa donc le voile à Aïcha, et par extension à toutes les femmes. Réalisez aussi que Mahomet a pris Aïcha pour femme quand elle avait 6 ans! Ce qui est, bien sûr, un abus d’enfant. Oui, je pourrais qualifier Mahomet d’abuseur d’enfant. Et le voile est, pour moi, le signe de la plus profonde oppression. » (4)

Ayaan Hirsi Ali et Taslima Nasreen : les bonnes sauvages

Le risque était trop grand de s’afficher avec une femme qui ose ainsi « caricaturer » une religion, malgré les sermons des idiots utiles de l’islamisme sur la prétendue différence entre le fondamentalisme et l’islam majoritaire. Comment pourrait elle être soutenue par ceux qui considèrent, comme Fiammetta Venner que « Confondre islam et intégrisme musulman est non seulement moralement indéfendable mais stratégiquement problématique. » (5) ? Les subtils idéologues de la rue d’Ulm auraient été aussi embarrassés devant cette femme qui lutte en première ligne, que des généraux pantouflards devant le poilu de base.

L’hypocrisie des idiots utiles craque de toutes parts. Ne pas faire trop de publicité à l’écrivain bengali, c’est maintenir encore un peu l’illusion que l’on peut à la fois soutenir Ayaan Hirsi Ali et Taslima Nasreen, et condamner sans appel Robert Redeker et Geert Wilders. Les idiots utiles sont à présent paniqués, car ils ont compris leur erreur d’ avoir voulu encenser les deux femmes, tout en condamnant les deux hommes. Ils sont pris dans une contradiction flagrante, puisque ces quatre troublions disent la même chose : il n’y a rien à garder du Coran, et il n’y aucune différence entre l’islam et l’islamisme.

Défendre les deux écrivaines exotiques et lyncher l’homme politique néerlandais et le philosophe français, c’est en dernière analyse une double manifestation de mépris envers ces femmes. La gauche caviar tolère leurs propos excessifs sur l’islam comme autant de manifestations de leur féminitude et de leur « bravitude » sauvages, non policées par la civilisation. Mais elle condamne ces mêmes propos dans la bouche d’un Redeker ou d’un Wilders, parce qu’ils sont occidentaux et qu’ils devraient connaître les bonnes manières ! C’est Sègolène Royal elle-même qui a exprimé on ne peut plus clairement ce machisme : « Elle (Ayaan Hirsi Ali) a eu des propos excessifs et déplacés sur l’islam. (…) Mais, je pense que lorsque l’on a été mutilée dans son intimité, parce que c’est une femme qui a été excisée, quand on a été mariée d’une façon forcée, quand on a subi la répression pour ses opinions, on peut en effet être de temps en temps excessif. » (6)

Voilà le machisme dans toute sa gloire, sortant de la bouche d’une femme qui fait son beurre en prétendant représenter les femmes progressistes : ce que dit Ayaan Hirsi Ali, (et par extension Taslima Nasreen), ne doit pas être pris au sérieux, sa pensée est forcément irrationnelle, elle n’est qu’un symptôme de son corps, de son excision, de ses menstrues, de ses ovaires ! On ne doit pas y prêter sérieusement attention, une femme est parfois excessive parce que c’est une femme ! Voilà la pensée profonde de Ségolène Royal, chantre féminin du machisme le plus rétrograde, le plus islamique, qui considère aussi que les femmes ne sont pas douée de raison et qu’elles ne peuvent pas faire… de la politique !

La mystique sacrificielle de la bien-pensance

Célébrer Ayaan Hirsi Ali et Taslima Nasreen tout en condamnant farouchement Redeker et Wilders, c’est montrer qu’en vérité on n’a aucune considération pour ces femmes, qui disent la même chose que ces hommes. Elles servent juste à satisfaire le besoin d’exotisme des faux progressistes parisiens. Ce sont des bêtes de foire, dont on absout les propos excessifs, en se rappelant avec contrition leurs souffrances personnelles. Mais on n’absoudra pas Wilders et Redeker, tant qu’ils n’auront pas été excisés et persécutés. Tant qu’ils n’ont pas payé la dîme en chair et en sang à la chapelle de la bien-pensance parisienne, ils ne pourront pas se permettre de telles exagérations. Eux, ils devraient savoir se tenir, pas comme ces demi sauvages à peine sortis de la brousse, eux, ils sont bien de chez nous, ils n’ont aucune excuse pour leurs… blasphèmes !

Cette pensée qui se donne pour le comble de la rationalité et de la civilisation, est proprement sacrificielle et arriérée. La gauche philo-islamique est en plein fonctionnement mystique : elle n’écoute plus les arguments de l’autre, elle n’étudie plus les faits, mais exige littéralement que l’on paie avec le sang des mutilations génitales et avec les larmes de l’exil son droit à critiquer l’islam. Elle postule que l’on ne peut plus rien connaître d’une manière théorique, que l’on doit absolument faire l’expérience de l’islam dans sa chair, pour gagner le droit d’en parler. Et encore, il faut que l’islam se soit montré méchant, pour avoir le droit de se venger en l’insultant ! Tel est l’archaïsme sous-jacent de cette bien-pensance : elle ne tolère la critique qu’en tant que signe d’une vengeance particulière, car comme telle, elle n’a plus aucune signification universelle. Wilders et Redeker, n’ayant rien à venger, ne peuvent être que des méchants provocateurs ! La bien-pensance rejoint ainsi les fondamentaux de la pensée musulmane, car elle montre n’avoir d’autre morale que la loi du talion. Si toute critique doit être la manifestation d’une rancœur personnelle pour être socialement recevable, cela signifie que la raison est morte, que l’on n’a plus le droit d’être empathique envers autrui, et que le champ est libre pour le déchaînement de la violence des sensibilités insultées.

La stratégie des idiots utiles : l’aplaventrisme

En voilà pour la morale « défendable » des bien-pensants, mais quid de leur « stratégie » ? S’ils insistent tant sur cette distinction fallacieuse entre l’islam et l’islamisme, c’est parce qu’ils ne veulent pas prendre le taureau par les cornes. C’est au-dessus de leurs capacités intellectuelles que d’attaquer la religion d’un milliard d’individus. C’est trop difficile de s’en prendre à ce taureau-là. Alors ils dédoublent le taureau borné en un gentil agneau invisible – l’islam – parce qu’avalé par un loup sanguinaire – l’islamisme, une sorte de « chaperon vert » que l’on devrait délivrer du ventre de la bête immonde. Et ils crient, angoissés : « ne tirez pas sur le loup, il y a une gentille fille innocente à l’intérieur ! » La conséquence, c’est que le loup continue à dévorer les petites filles, impunément.

Cette « stratégie » nous mène, à mon avis, et de l’avis d’Ayaan Hirsi Ali, de Taslima Nasreen, d’Ibn Warraq, de Robert Spencer, de Salman Rushdie aussi, droit à la catastrophe. Ce n’est pas une stratégie, c’est une démission. Pour définir une stratégie, il faut commencer par le fait de prendre au sérieux son adversaire, or les bobos effarouchés ne veulent absolument pas prendre au sérieux les déclarations des responsables musulmans d’Iran et d’Arabie Saoudite quand ils déclarent avec la plus grande honnêteté qu’ils souhaitent imposer la charia en Europe. Sous-estimer son adversaire et méconnaître ses intentions, c’est faire preuve de la vanité la plus coupable dans un conflit.

La « stratégie habile » des idiots utiles n’est que la piteuse justification de leur lâcheté. Ils ont oublié que lorsque Rabelais a publié le premier roman moderne, il a déclaré la guerre à toute la chrétienté obscurantiste, que lorsque Voltaire a attaqué le fanatisme, c’était un homme seul contre tous. Il n’est pas plus fou aujourd’hui de condamner l’islam tout court que d’écrire Gargantua il y a cinq cents ans. Le nombre d’adhérents à une secte ne garantit en rien la vérité des enseignements du gourou. Devant l’obscurantisme, la seule stratégie qui ait jamais valu, c’est la dénonciation sans concessions, la ridiculisation des insensibilités religieuses et la mise en évidence de l’hypocrisie morale des croyants superstitieux. Il n’y a pas de voix médiane, car il ne peut pas y avoir de compromis entre le dogmatisme autoritaire et le jugement raisonnable, entre le préjugé religieux et la rationalité. Même s’il y avait une petite fille à l’intérieur du loup, il faudrait d’abord terrasser le loup pour délivrer la petite fille.

« A celles qui ne se battent pas pour faire cesser l’oppression de ce système patriarcal et religieux », qui, comme Fiammetta Venner, trouvent « moralement indéfendable » de « confondre islam et intégrisme musulman », Taslima Nasreen dit : « honte à vous ! » (7)

Radu Stoenescu

www.philo-conseil.fr

(1) http://www.dailymotion.com/relevance/search/taslima%2Bnasreen/video/x5ijwh_taslima-nasreen-de-ma-prison_news

(2) http://www.lefigaro.fr/lefigaromagazine/2008/05/17/01006-20080517ARTFIG00145-sarkozy-contre-la-fatwa.php

(3) http://www.elysee.fr/documents/index.php?mode=view&lang=fr&cat_id=7&press_id=1043

(4) L’Express du 10 avril 2003, http://www.lexpress.fr/actualite/societe/je-me-sens-la-responsabilite_496304.html

(5) Fiametta Venner s’en prenait dans cet article à Robert Redeker : http://www.prochoix.org/cgi/blog/2006/09/21/863

(6) Ségolène Royal, 12 février 2008, deux jours après la visite d’Ayaan Hirsi Ali à Paris, invitée de BFM RMC. (http://fr.youtube.com/watch?v=bFMiMovvuR4 )

(7) L’Express du 10 avril 2003, http://www.lexpress.fr/actualite/societe/je-me-sens-la-responsabilite_496304.html

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