Souvenir d’une conférence de Nadia Amiri, en 2004…

Publié le 5 octobre 2013 - par - 1 562 vues
Share

J’ai été pendant une dizaine d’années secrétaire de la Libre Pensée d’Aix en Provence, groupe Francisco Ferrer. Ce groupe a été dissous en 2008. C’est là que j’ai appris vraiment ce qu’est la laïcité. Avant je savais que la France était un pays laïque, mais sans plus. Il est vrai qu’alors on n’agitait pas ce mot à tout propos et hors de propos.

Nous organisions des conférences, le sénateur Caillavet est venu une fois nous présenter l’ADMD (Association pour le droit de mourir dans la dignité), En 2001 le secrétaire de cette même association, le Dr Payen, est revenu de nouveau nous en parler.

Récemment en faisant un peu le ménage dans mon ordinateur, j’ai retrouvé le compte-rendu d’une conférence de novembre 2004, faite par Nadia Amiri, qui militait alors pour la laïcité. Elle était infirmière dans la région de Paris. Je suis allée la chercher à la gare TGV, elle a déjeuné avec moi, et je l’ai conduite à la salle de conférence. Notre président de l’époque la connaissait, et elle était déjà venue quelques années avant nous parler de l’Islam, elle avait parlé entre autres des reconstitutions d’hymen dans les hôpitaux à Marseille, mais ailleurs aussi bien sûr.

En regardant mes notes je suis un peu étonnée : elle nous a dit qu’elle était à Creil en 1989, au moment de la première affaire du voile. Elle a évoqué l’Islam émancipateur par rapport aux sociétés préislamiques où les femmes étaient traitées comme des marchandises et n’avaient aucune identité humaine.

Elle a parlé des pays musulmans aujourd’hui, elle a nommé au hasard le Soudan, l’Iran, les pays du Golfe…., où les femmes sont encore des êtres inférieurs et où elles n’ont les mêmes droits que les hommes, dans aucun domaine : le mariage, l’héritage, le témoignage en justice, la tenue vestimentaire, la sexualité…

Elle a parlé des châtiments corporels, codifiés aujourd’hui, de l’interdiction du mariage avec un non musulman, alors que les hommes ont le droit d’épouser une non musulmane.

Elle a parlé du code de la famille en Algérie, pays le plus rétrograde, disait-elle. Elle nous a dit aussi que l’esclavage avait été aboli en Arabie Saoudite en 1962.

Elle a évoqué l’utilisation par les hommes d’une religion pour maintenir une société archaïque.

Elle nous a dit que lors d’une conférence elle avait été traitée « d’intégriste de la laïcité ».

Elle a parlé des  boucheries halal, qui gagnent beaucoup d’argent. Des marabouts dans les hôpitaux…. Et elle pensait que la France laissait l’Islam se radicaliser, le PS en particulier, qu’elle accusait d’avoir laissé la situation se dégrader dans les quartiers pauvres, où l’Islam radical occupait le terrain.

Elle a évoqué aussi les piscines non mixtes, disant qu’il ne fallait pas céder. Certaines filles qui portaient le voile, alors que leur mère ne le faisait pas. Elle nous a dit qu’à la sortie des collèges et lycées elles étaient interpellées en arabe, insultées, harcelées. A parlé du porc à la cantine.

Elle nous a dit que les associations laïques n’étaient pas conscientes de cette situation, qu’elles manquaient à leur devoir, qui était, selon elle, d’aider les gens dans les quartiers pauvres. Laissant ainsi le terrain aux musulmans  radicaux , qui organisaient  de l’aide aux devoirs, visitaient les gens dans les hôpitaux, les prisons. Faisaient du porte à porte, à Trappes par exemple (extraordinaire que je retrouve ce lieu aujourd’hui en 2013 !), ce que ne faisaient pas les partis politiques.

Elle nous a dit qu’il y avait en France 70 000 mariages forcés par an. Elle avait écrit à ce sujet une lettre qu’aucun journal n’avait publiée, alors que l’on publiait les textes de Tariq Ramadan.

Il lui avait été demandé dans l’exercice de son métier d’infirmière de ne pas employer le mot de laïcité.

Elle aurait souhaité que lors du mariage des musulmanes, la jeune femme soit reçue seule par le maire et par le médecin, qu’elle puisse ainsi s’exprimer et dire si elle était ou non consentante.

Voilà, j’ai entendu cette conférence en 2004, il y a 9 ans, ce que nous a dit cette femme nous est maintenant connu, nous l’avons lu maintes et maintes fois dans les articles de Riposte Laïque ou ailleurs, ces idées, concepts, nous sont devenus familiers. Je connaissais personnellement le Code de la Famille en Algérie. Mais je me disais : « C’est l’Algérie, c’est là-bas…. ». Mais je, nous  n’avons pas compris que cette conférence était un cri d’alarme jeté par une personne dont la culture et le métier lui permettaient de voir et de comprendre des choses qui nous étaient encore étrangères. Et qui malheureusement le sont moins, maintenant que la réalité nous saute à la figure.

Cependant, en 2003, lors de l’affaire Chagnon, ce professeur contre qui le MRAP et la LDH et quelques autres personnes avaient porté plainte, simplement parce qu’il avait enseigné en 5ème dans un collège de Courbevoie un fait historique, à savoir le massacre des juifs de la tribu des Quraizah par Mahomet en 627 à la Mecque, et le pillage des caravanes, nous aurions dû comprendre que quelque chose changeait. D’ailleurs je dois dire que la Libre Pensée a soutenu Louis Chagnon, Elle a une toute autre attitude maintenant en ce qui concerne l’Islam. J’ai mis les choses au point avec eux. En ce qui me concerne en tout cas.

Nous considérions ces événements comme des faits isolés, nous ne voyions pas qu’il s’agissait en fait d’une stratégie de transformation de notre culture.

En 2007, répondant à l’appel d’une association féministe lyonnaise,  je suis allée à Lyon chanter la Marseillaise devant une librairie musulmane qui avait reçu Hani Ramadan, le frère de Tariq Ramadan. Nous étions deux pelés et trois tondus, mais ensuite nous nous sommes retrouvés à la mairie du 6ème, où nous étions plus nombreux, pour écouter un certain nombre de personnalités françaises et étrangères, dont Pierre Cassen, venues nous dire ce qu’était vraiment l’Islam.

Le temps a passé, Riposte Laïque et d’autres sites ou associations sont apparues, qui nous donnent des informations que nous ne trouvons pas ailleurs. Mais ce qui me frappe en me remémorant tout cela, et ce qui m’inquiète aussi, c’est notre capacité à ne pas voir, à ne pas comprendre la réalité de certaines situations, par peur, par lâcheté, par crainte de compromettre notre tranquillité…. Je ne sais pas, mais tout ce que nous a dit Nadia Amiri en 2004 se révèle juste.

Et voilà que Monsieur Jean-Louis Bianco, Président de l’Observatoire de la Laïcité, s’en vient la semaine prochaine à Aix pour prêcher la bonne parole. Son intervention est intitulée : Laïcité « Un principe d’avenir ». On aurait envie de rire si la situation n’était pas si grave. Je vais y aller avec des amis, nous essaierons de poser les bonnes questions.

Jacqueline Fichet

Aix-en-Provence

Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.