« Sphère » publique, « sphère » privée

Publié le 10 novembre 2007 - par - 3 802 vues
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Le terme « sphère » utilisé par les philosophes et les sociologues a une signification bien précise. La tendance de certaines publications électroniques à faire la confusion entre « sphère » et « espace » peut rendre assez douteuses certaines déductions (affaire du gîte des Vosges, par exemple).

Une « sphère », dans ce type de langage, désigne l’ensemble des personnes avec lesquelles un individu donné entretient des relations, soit publiques, soit privées. L’individu et bien au centre ; le type de relations et les règles qui les régissent permettent d’établir des distinctions, en particulier en matière de laïcité. D’autres règles régissent « l’espace ».

Un exemple : Un individu, quand il participe aux activités d’une association, où que ce soit, agit en tant que « membre » et accepte les règles spécifiques du groupe (statuts, règlement intérieur, traditions et pratiques, croyances…). Il est dans une de ses sphères privées.

Quand il agit en tant que « citoyen », il est soumis aux lois communes à tous les habitants du pays, c’est à dire, pour la France, aux lois de la République. Là, c’est bien la « sphère publique ».
Notons que les lois républicaines s’appliquent aussi aux relations privées quand il existe un risque d’atteinte à l’intégrité morale et physique de l’individu. L’association ou le groupe (« personne morale ») est aussi soumise à des règles publiques (racisme, antisémitisme, discrimination, pédophilie, etc.).

Société « civile », société « citoyenne ».

Confusion, là-aussi. La « société civile » fonctionne sur la base du « contrat » entre les individus concernés, et eux seuls. La justice « civile » tranche les conflits. Ceci concerne souvent le secteur commercial, mais pas seulement. Les conflits internes dans une associations, par exemple, sont bien du ressort des tribunaux civils.
Dès qu’il y a « contrat », on doit parler de sphères privées pour les individus concernés, à ceci près que la loi régit aussi la rédaction des contrats.

La société citoyenne concerne tous les citoyens, évidemment régie par les lois de la République. Le principe : la liberté de chacun (sphère publique) s’arrête là où commence celle d’autrui. La justice pénale gère les conflit, ou plutôt les « infractions », non plus seulement entre individus mais entre l’individu et la société (ministère public).

Le monde libéral anglo-saxon qui nous influence de plus en plus est construit sur le modèle de la société civile, génératrice de contrats en tout genre. En France, la société citoyenne prime, ou devrait primer : « Nul n’est censé ignorer la loi ». Par exemple, cette distinction amène la justice française à ne pas moduler les sanctions pénales proportionnellement aux préjudices subis par les éventuelles victimes. On applique la sanction prévue par la loi, c’est tout.

Daniel Cabuzel

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