Stains : sublime dégustation dans les caves du Prophète

Publié le 27 novembre 2014 - par - 1 643 vues
Share

ARMES KHADDAFIIl a fallu la Police, la Gendarmerie, les Douanes, le Fisc et le Saint-Esprit pour disperser la foule rassemblée à l’occasion de la Grande Vente des Hospices du 9-3, ce Dimanche à Stains.

http://www.republicain-lorrain.fr/faits-divers/2014/11/24/un-arsenal-de-guerre-dont-un-lance-roquettes-saisi-dans-une-cite-du-93

Enthousiasme et quasi-émeute, folie acheteuse et rupture de stocks. La dispersion de quelques lots sauvés des grands partages en cours entre Mosoul et Seine Saint-Denis fut un événement d’ampleur internationale, une passerelle entre Levant et Couchés, un grand moment de ferveur au service d’une industrie dont la France peut à juste titre s’enorgueillir. Nos « armologues » étaient évidemment là, cible sur le coeur, pour une dégustation qui laissera des traces, et pas seulement sur leurs cadavres. En direct !

À tout seigneur, tout honneur, le Château Lance-Roquette 2013 est sans conteste le joyau de ce véritable « Salon d’Orient 2014 ». Encore jeune quoique déjà évolué, marqué par des tanins de volcan indonésien, possédant à peine né la structure boisée d’un gibet syrien où pend la faisanderie déjà puante, c’est un véritable missile qui vous percute de plein fouet. Explosion secondaire d’arômes de plomb fondu et de tripoux « al dente », bouche de feu, rétro-olfaction « made in Médine », ce nectar dont raffole, paraît-il, Tarik Ramadan lui-même quand il se murge grave en l’absence de Qaradawi dans le lit conjugal, vous emporte au Paradis dans la seconde même où vous faites sa connaissance. Il est impensable que Parker le note à moins de 98/100. Ou alors, je change de métier et passe à la cuisson du fer forgé dans les souks de Marrakech.

Domaine Kalach. Les Saoudiens ont depuis longtemps apprivoisé le cépage né en Russie il y a déjà quelque temps. Cet acier-là vieillit bien, sans rouiller, l’amateur ne s’en lasse pas, suivant en cela l’avis pondéré d’un Malek Chebel un peu « atteint » dès 14 heures et en phase flatulente au moment où nous l’interrogeons. Le 2012 qui nous est proposé se révèle intéressant quoique sans surprise réelle. Un peu sec sur la langue mais s’arrondissant assez vite à mesure qu’il trace sa route vers le duodenum, en éructantes rafales marquées par le loukoum, le pois chiche, la graisse de mouton froide et la figue de barbarie. La sensation d’alcool, voire de légère brûlure gastrique, est classique dans la minute qui suit l’ingestion. Elle s’oublie heureusement assez vite pour une finale « à mourir debout » que le jury aligné contre le Mur des Cons a particulièrement appréciée.

Cuvée de l’Aiguisoir. Il faut vraiment être de ces pays-là pour fermenter le grain avec un tel talent. Comme à leur très récente habitude, les Daeshis conseillés par les maîtres Mamère et Domenach ont bien travaillé, qui nous envoient leur dernière trouvaille. Nous sommes là dans la nouveauté mâtinée d’original. La robe est brun-gris avec reflets d’acier dans la lumière. Le nez coupé s’oublie vite mais l’attaque est d’une totale finesse, un velours sur la pomme d’Adam bientôt transmuté en une longue caresse sur la thyroïde avant ce qui ressemble étrangement à la pénétration d’un rasoir dans la barbe d’un Calife. C’est doux et violent à la fois, un soleil couchant finissant dans l’écarlate de nuées divines. Quatorze siècles de tradition se révèlent quand enfin, la fameuse impression de « sang d’agneau dans la bouche » conclut le prodige. La Coopérative des Éminceurs Daeshis décapite littéralement le classicisme : des artistes, à suivre thermomètre en main tant leur fièvre vendangeuse est stupéfiante.

Clos Erdogan. Deuxième vin des Domaines Lamecque, chaudement recommandé par Pascal Boniface, le 2011 proposé montre les progrès d’une maison longtemps restée à l’écart de la modernité. Un peu voilé sur la fin, le projectile réclame encore un peu de puissance avant de rejoindre ses Frères dans la stabilité des productions pérennes. Pareil pour le rosé dum-dum des parcelles cadastrées AK47, désormais dépassé par le kalach et dont on espère qu’il se renouvellera avant le déclin définitif. Boniface a tendance à se répéter. Nous lui en avons fait la remarque sans toutefois paraître lui en toucher une, ni bouger l’autre. La fin des oracles est toujours une tragédie.

Abbaye du Livre (Cuvée du Patron) Les quelques caisses du générique, pourtant unanimement louées par une fière brochette de porteurs de valises d’échantillons (Askolovitch-Caron-Ruquier-Badiou-Liogier-Benbassa-Taubira-Belkacem) enthousiaste et avide d’en reprendre, ont été un peu boudées par un public friand de produits moins datés. C’est dommage : la vieille maison nous étonnera toujours par le côté radicalement immuable de ses atouts. Pas une gorgée qui ne soit marquée par la flamme des très grands. Longueur sous le palais, incendie de la glotte donnant une furieuse envie de hurler son plaisir, illumination du boyau, de l’intérieur s’il vous plait, avant la libération, dans le couloir, d’éthers rappelant à la fois le port de Tunis en Juillet, le bazar de Fès à six heures du soir, la récolte du guano sur les rivages du Pérou et, apothéose du génie bacchique, la mise en bouteille des eaux usées à la raffinerie de Feyzin.

Un jury complètement bourré, des stars médiatiques grassement rémunérées pour causer juste, des propriétaires comblés et des flics vite appelés à d’autres dégustations, c’est la vie-vraie qui nous a souri à Stains (son casino, sa plage, ses putes voilées, son halva), en cet automne 2014. « Sic remanent ebrietas gloriae ». Oui, comme le répète à chacun de ses sermons l’imam Oubrou, sous l’œil attendri du disert, très bordelais et si mutin Alain Juppé, l’œuvre du divin métal ne s’éteindra jamais.

Jean ta-ca-ta-ca-ta-ca-ta-Sobieski-Boum !

Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.