Strasbourg : dix visiteurs faisaient la fête, dans ma chambre, au moment où je devais accoucher…

Je lis avec effroi et révolte l’article de Caroline Alamachère sur le séjour d’Erika au CHU St Eloi de Montpellier. Ce récit  réveille avec acuité le souvenir de l’affreuse expérience que j’ai  vécue dans une maternité de Strasbourg il y a bientôt trente ans (oui, tout nos problèmes ont commencé dans les années 80). L’angle est légèrement différent puisqu’il ne s’agissait pas encore de l’islam, mais de comportements culturels totalement inadaptés.

Je suis sur le point d’accoucher mais mon gynéco étant au ski et son remplaçant injoignable, l’équipe décide de retarder l’accouchement de 48 heures jusqu’au retour du médecin. Donc traitement pour « stopper les contractions » et me permettre de supporter la douleur. Le soir, on me met dans une chambre double dont un lit est déjà occupé. Je ne fais pas attention à ma voisine, j’ai mal, un peu peur, je suis seule, pas de famille, le père n’est pas là… Mais le lendemain, dès le début des heures de visite, je vais comprendre ce qui m’attend. Débarque dans la chambre une dizaine de personnes (!), la famille élargie au grand complet, avec caquelon de coucous, assiettes en carton et radio déversant de la musique orientale. Ils réclament des chaises supplémentaires, s’assoient partout, entourent le lit de l’accouchée, à 50 cm de moi. Et le bruit, insupportable, les odeurs de bouffe et l’indifférence totale à l’autre occupante. Je n’existe pas.

Or le traitement ne fait plus effet, les contractions ont repris, je souffre le martyr, j’ai besoin de calme, de silence, j’exige de sortir de cette chambre, mais non, il n’y en a pas d’autre, et puis « les visites sont autorisées jusqu’à 20h,  ils ont le droit d’être là ». Et la fête va durer toute la journée. Solution : le valium ! Pour me calmer, on va me shooter au Valium ! Jusqu’au lendemain où, vu la situation, l’équipe décide de m’accoucher sans plus attendre. Mais je suis gorgée de Valium, les muscles ne répondent plus, le bébé est shooté aussi, n’arrive pas à sortir, il est 1 heure du matin, la sage-femme ne s’en sort pas, la catastrophe menace, le bébé est coincé, je suis en larmes, il est quatre heures du matin, le papa en déplacement arrive in extremis, exige qu’on appelle un gynéco de toute urgence, celui-ci arrive, le bébé est sorti aux forceps, blanc, à moitié mort, on le précipite sous tente à oxygène, je crie qu’on a tué mon enfant, l’horreur..

Certes, tout est bien qui finit bien, ma fille est magnifique, elle va avoir 30 ans, son cerveau miraculeusement n’a pas souffert. Mais aujourd’hui encore, je suis scandalisée de la préférence qui a été accordée à une minorité culturelle irrespectueuse des règles de la civilité la plus élémentaire dans un lieu de soins, contre une parturiente qui avait l’unique tort de trop souffrir pour pouvoir supporter une promiscuité incompatible avec son état, en imaginant comme seule solution de la droguer à outrance, ce qui aurait pu coûter la vie à un bébé, peut-être à la mère. J’aurais dû porter plainte, je regrette aujourd’hui encore de ne pas l’avoir fait.

Valérie Louvet

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