Suicide de Roland Jaccard : au-delà de 80 ans, ticket plus valable

Dans Les chemins de la désillusion (1979), Roland Jaccard écrivait : « Une nuit, je m’endormirai pour ne plus me réveiller ; Comme tous les soirs, je me serai posé la question : “Qu’as-tu fait de ta vie ?” Et, pour la dernière fois, je répondrai : “Rien.” »

 

Roland Jaccard s’est suicidé sur le seuil de sa quatre-vingtième année à Lausanne, ville où il était né en 1941. Suicidé comme son grand-père et son père. Psychanalyste freudien qui s’était rapproché de Laing dans les années 70, écrivain, diariste, équipé d’une vision nihiliste de la vie, sa désillusion perpétuelle était revigorante et tonifiante pour l’esprit.

J’ai découvert Roland Jaccard à travers trois livres faiblement paginés que je relis régulièrement : L’exil intérieur, Flirt en hiver et Les chemins de la désillusion. Chaque fois, son écriture alerte est une cure pour mieux appréhender notre sardonique quotidien. Ce sont des heures stimulantes.

Je consultais régulièrement son blog :

https://leblogderolandjaccard.com

Roland Jaccard appréciait Henry Miller.

« Henry Miller, tout comme moi, préférait jouer au tennis de table au soleil sous le regard attendri d’une jeune Asiatique. Il était très favorable à l’euthanasie, la seule cause qui lui tenait à cœur – encore un point commun – ne comprenant pas pourquoi on piquait son chien quand il souffrait, alors que l’homme dégoûté par l’existence est réduit à mendier un “ suicide assisté” », notait-il dans le journal suisse Le Temps.

Et Emil Cioran : Cioran et compagnie (2005).

« Qu’étais-je avant de rencontrer Cioran ? Un bouddha de piscine qui s’était imbibé de Schopenhauer et qui avait trouvé dans la psychanalyse un remède à l’ennui. Je fréquentais les bains Deligny en compagnie de Gabriel Matzneff et je jouais au tennis de table dans l’imposant bâtiment qui abritait Le Monde, rue des Italiens, où l’on avait daigné me confier quelques responsabilités dans le supplément littéraire. »

A la piscine Deligny, son ami Gabriel Matzneff était en compagnie de Vanessa Springora.

Culture, sexe, ping-pong, jeunes filles en fleurs, de préférence asiatiques.

Dans Le monde d’avant : Journal 1983-1988 (2021), il raconte sa liaison avec une jeune fille de 17 ans, lui en a 40. Aujourd’hui où il est déconseillé aux vieux mâles blancs de jouer les Pygmalions, on découvre donc Le Monde d’avant, avant MeToo, avant les égorgeuses du féminisme. La jeune fille est Linda Lê, depuis devenue un écrivain reconnu.

Matzneff et Jaccard se posaient la même question : « Quand nos « ex » vont-elles nous prendre pour cibles dans leurs livres ? »

Gabriel Matzneff a eu la réponse : Le consentement de Vanessa Springora (2020).

Dès 1983, Roland Jaccard n’était pas loin d’être fasciste pour Le Monde.

« Je savais qu’au fil des ans j’étais devenu plutôt réactionnaire sur le plan politique » et « Si j’appartiens à la gauche, c’est à la gauche réactionnaire, c’est à dire celle qui se soucie plus de la liberté que de l’égalité », disait-il cette année-là.

Il avait parié sur la victoire de Donald Trump et trouvait Poutine bon chef d’État.

Il écrivait dans Causeur qui lui rend hommage.

Roland Jaccard a tenu parole

Sur son blog, son dernier article, De Michel Polac à Cyril Hanouna, fustigeait le « concours de bêtises » médiatiques. Il terminait par « D’aucuns pensent que les combats perdus d’avance sont les plus beaux et je me garderai bien de les contredire. J’admire même Zemmour, Rioufol et Finkielkraut, sans oublier notre chère Elisabeth Lévy, pour les combats qu’ils mènent. Pour ma part, j’ai bien peur que l’heure de fermeture ait définitivement sonné dans les jardins de l’Occident. »

L’heure des barbituriques était arrivée.

« C’est un sale truc, être toujours jeune, quand on vieillit », écrivit Romain Gary.

Roland Jaccard avait fixé une limite à cette jeunesse de l’âme dans la vieillesse. Au-delà de 80 ans, il considérait que son ticket n’était plus valable.

Et c’est courageux.

Marcus Graven

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19 Commentaires

  1. Il me semble que ce type de personnages symbolisent assez bien la population occidentale actuelle, rongée par l’arrogance, mère de la jobardise. Après avoir jeté par-dessus bord le cargo, puis le calfat qui protégeait la coque, et réalisant que le bateau est en train de couler, ils se jettent à l’eau pour éviter de se noyer.

    Difficile de les regretter.

  2. Bel hommage. Je ne connaissais que son nom, ignorant tout de lui. Ce que j’apprécie le plus peut-être c’est son esprit indépendant qui l’a tenu hors des sentiers battus de l’écoeurante « bien pensance ». Néanmoins, cet homme a probablement souffert d’une certaine incapacité à l’empathie, à la vraie bien sûr, pas celle des intellos repus et vendus. D’où peut-être son sentiment de solitude et son désenchantement. La jeunesse du coeur n’est pas donnée à tout le monde après un certain âge.

  3. Tant de choses à dire sur le sujet…
    Pour Une fois, il faudrait supprimer le Pseudo !

  4. On parle souvent des jeunes Européennes qui se reproduisent avec des Noirs à notre époque, mais bizarrement on passe sous silence le phénomène inverse, les hommes blancs qui se reproduisent avec des femmes asiatiques. Il suffit de faire un tour en Thaïlande pour voir ces messieurs par milliers. Eux aussi contribuent à la perte de notre race.

  5. Merci de m’avoir fait découvrir cet homme.
    Je partage son avis sur le ticket de sortie à 80 ans.
    En aurai-je le courage ? Ca, c’est une autre question….

    • Trauma transgénérationnel : il faut en chercher l’origine chez les ascendants qui précèdent son grand-père. C’est du très lourd car 3 suicides consécutifs en ligne directe ce n’est pas courant (car généralement il y a un effet « flipper » dans les fratries). Je serais éminament curieux d’en trouver la cause !…

  6. « Dieu se rit de ceux qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes » (Bossuet). Une sentence qui s’applique bien à ce libertaire-réactionnaire de Jaccard, vieux beau narcissique et pedophile qui fait la paire avec son ami Matzneff, pervers snobinard enculeur de petits garçons et débaucheur de gamines qui ose faire le cacou en racontant ses exploits, se la jouant « grantécrivain ».
    Pouah ! Qu’importe la forme de leurs écrits quand le fond pue la perversion, le narcissisme, l’immaturité psychique et la pedophilie.
    Roland Jaccard, vrai malade et faux psychanalyste… pauvres analysants, s’il en eut !

    • Votre citation de Bossuet est totalement fausse, comme tant d’autres. Vérifiez-la donc.

      • Rien à foutre qu’elle soit (le plus probable tant cette citation est connue) ou qu’elle ne soit pas de Bossuet. Ce qui compte ce n’est pas le contenant, c’est le contenu !
        Ce qui prime, c’est le SENS, Monsieur !
        Ou si vous comprenez mieux ainsi : quand vous faites votre shopping dans votre supermarché, ce n’est pas l’emballage qui compte, c’est le contenu.

    • Tout à fait de votre avis, des pervers narcissiques, aussi critiquables que Cohn-Bendit, sinon plus.

    • Tout à fait de votre avis, des pervers pédophiles narcissiques, aussi critiquables que Cohn-Bendit, sinon plus.

  7. Un type bien compliqué, éloigné du quotidiien de la piétaille.
    Mais quelques lueurs qui me plaisent.
    Il aurait dû faire un film, des Oscars l’auraient attendu à l’arrivée j’en suis certain.

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