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Super-Ligue de football : les clubs les plus riches font sécession

Depuis quelques jours, un projet de nouvelle compétition enflamme l’Europe du football. C’est la Super Ligue. Une compétition de plus ? Pas tout à fait. Car la Super Ligue est réservée exclusivement à une poignée clubs, les douze plus riches d’Europe : Juventus Turin, Réal Madrid, Milan AC, Manchester United, Manchester City, Arsenal, Milan AC, Atletico Madrid, Barcelone, Inter Milan, Tottenham, Chelsea. Vous l’aurez remarqué, dans cette « Golden Champions League », la France, l’Allemagne, la Hollande, le Portugal et les autres n’existent pas : l’Europe se résume à l’Angleterre, l’Espagne et l’Italie. Tant pis pour la géographie, tant pis pour des clubs de légende comme le Bayern Munich, l’Ajax d’Amsterdam, le Benfica Lisbonne, Dortmundt, et bien d’autres. Tant pis même pour les pétrodollars des qataris du PSG, jugés trop indigents pour accéder au gotha du football européen. Car le projet de compétition a une motivation, et une seule : l’argent. Avec la Super Ligue, les douze clubs les plus riches vont pouvoir se répartir 3 milliards d’euros de recettes, au lieu de partager avec 32 clubs les 2,5 milliards d’euros de recettes de la Champions League. Et tant pis pour le reste de l’Europe, la glorieuse incertitude du sport, l’équité sportive : pour des clubs cotés en bourse, seuls les profits comptent, le reste, c’est pour les rêveurs.

Le football n’échappe donc pas à la loi d’airain de la superclasse mondiale, qui veut désormais vivre hors sol, dans l’entre soit, se débarrasser du reste du monde, se partager l’essentiel de ce qui compte financièrement, et laisser les miettes aux manants qu’ils ne daignent plus fréquenter. Depuis trente ans, le football offre le spectacle de la mondialisation triomphante, accessible à tous, comme je l’ai écrit dans mon dernier essai « le mirage mondialiste. Avec l’arrêt Bosman en 1993, la fin des quotas de joueurs étrangers permet aux plus riches d’acheter à coup de millions les meilleurs joueurs, de se bâtir des équipes de mercenaires hors de portée des autres. A ce jeu là, les meilleurs joueurs se vendent au plus offrant, changent d’équipe parfois plusieurs fois dans la même saison. Le mercato passionne désormais autant que les matches eux mêmes. C’en est fini de l’amour du maillot, de ces clubs couleur locale. Dans le foot de mon enfance, le Sporting de Bastia atteignait la finale de la Coupe d’Europe en terrassant Newcastle, Lisbonne, Turin, avec six joueurs corses dans son effectif… Dans le foot de mon enfance, des géants comme Beckenbauer, Maldini, Baresi, Juanito, Breitner, faisaient carrière dans un seul club. Dans le foot d’aujourd’hui, les grands clubs ne daigneraient même pas mélanger les crampons de leurs stars sur la même pelouse que ceux des joueurs ordinaires. Nous voila désormais sommés de payer pour contempler les riches jouer entre eux, refuser de risquer leur réputation et leurs profits en affrontant des équipes moins huppées. Cela devrait donner au plus grand nombre une idée précise de ce que sera demain le fameux grand reset qu’on nous promet…

Olivier Piacentini