Suppression du mot race : pourra-t-on lutter contre le sexisme sans en finir avec le mot sexe ?

En 1946, pour combattre le racisme, le mot « race » fut introduit dans le préambule de notre Constitution. Aujourd’hui, pour combattre le racisme, l’Assemblée nationale a décidé de supprimer le mot « race » de notre législation.

Intelligence, ou sottise ? Courage, ou lâcheté ? Progrès, ou régression ?

Maintenons le mot « race », ou supprimons-le : le racisme sera toujours là. Continuons à dire qu’il n’y a pas de place pour la race dans notre République, et nous nous heurterons quand même à la réalité des races, car les races existent autant que le racisme.

Effacer un mot est facile ; effacer la réalité qu’il traduit est on ne peut plus difficile. Car il s’agit ici de racisme, c’est-à-dire de la théorie qui affirme « la hiérarchie des races, et qui conclut à la nécessité de préserver la race dite supérieure de tout croisement, et à son droit de dominer les autres » (Petit Robert).

Or, c’est cette théorie qu’il faut combattre, non le mot qu’elle contient. Quand bien même le mot « race » et ses dérivés n’existeraient plus, les partisans du racisme sauront toujours bâtir leur idéologie meurtrière sur les mots de leur choix.

Si toutefois je me trompe, n’effaçons pas que le mot « race » : supprimons l’ensemble des mots susceptibles de porter atteinte au respect et à la dignité de l’homme. Mais attention : la liste est plus que longue, car il n’y a pas de « viol » sans violeur, de « violence » sans violent, de « meurtre » sans meurtrier, de « guerre » sans guerrier, de « terreur » sans terroriste, de « barbarie » sans barbare, de « torture » sans tortionnaire, de « sadisme » sans sadique, de « perversité » sans pervers, de « méchanceté » sans méchant, etc.

Et si l’on m’objecte que le mot « race » n’a pas de fondement scientifique, qu’on sache au moins que les races ne sont jamais que des « variations physiques héréditaires au sein de l’espèce » (Petit Robert). Autrement dit, c’est l’espèce qui est première ; c’est elle qui nous définit. La race, comme le sexe, n’est pas une « essence », mais un « accident ». Elle n’est donc pas « essentielle » à ce que je suis, mais « accidentelle ». Essentiellement parlant, je suis l’homme ; accidentellement parlant, je suis noir, blanc, jaune ou métis. Essentiellement parlant, je suis encore l’homme ; accidentellement parlant, je suis homme ou femme. Mais il est vrai que la « théorie du genre » entend aussi supprimer le mot « sexe », car qui dit « sexe » dit « sexisme ». Mais qui dit « épurer » dit « épuration », n’est-ce pas ? Alors ?

Alors, je crois que nous marchons sur la tête !

Maurice Vidal

 

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