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Sur la nécessité de transformer nos manifestations

À l’approche du 4 septembre, membre pourtant des Patriotes, j’exprime mon désaccord avec le mot d’ordre de rassemblement à Paris lancé par Florian Philippot : tout le monde ne peut pas se déplacer, pour des raisons financières ou tout simplement pour des raisons de fatigue ou de logistique. C’est faire la même erreur que les Gilets jaunes (même si elle n’aura pas les mêmes conséquences car ce mouvement a un squelette qui a quelques idées phares, Les Patriotes, tandis que le mouvement des Gilets jaunes était fondé sur une illusion démocratique qui le faisait accepter n’importe quel ennemi en son sein du moment qu’il se prétendait Gilet jaune) : centraliser pour paraître plus fort alors que, au mieux, cela ne fait en rien avancer le mouvement. Dans le cas des Gilets jaunes, l’effet a même été bien pire puisque cela a contribué à permettre la destruction du mouvement.

Ce que je vous propose, c’est de changer le caractère de nos rassemblements.

Depuis le début du mois de novembre, j’ai participé à presque tous les rassemblements appelés par Les Patriotes « sous les fenêtres de Véran ». Je ne le regrette pas un instant car j’ai pu y faire connaissance avec des gens formidables et j’ai pu apprécier pleinement les qualités de Florian Philippot et des Patriotes, ce qui m’a renforcé dans mon adhésion à ce parti (c’est plutôt un mouvement qu’un parti car il n’a pas l’homogénéité d’un parti). Mais, avouons-le, même s’il était indispensable de marquer notre opposition à ce qu’on nous infligeait, notre résistance et notre persévérance à résister, cela n’a pas beaucoup fait avancer le schmilblick. Nous étions « sous les fenêtres de Véran, le véreux », à le conspuer lui et sa clique, à le menacer de prison, mais il n’était pas là, pas plus que les employés du ministère de la Santé, car nous étions le samedi, voire, quelquefois, le dimanche. Lorsque nous nous rassemblions, nous écoutions de beaux discours ou, tout au moins, nous faisions semblant car, et c’est la particularité de ce mouvement à l’époque d’internet, nous ne faisions bien souvent qu’écouter les informations que nous avions déjà glanées sur le net, ou que, parfois, juste avant que les discours ne commencent, nous nous étions échangées. Quant aux idées générales, c’était déjà les nôtres puisque nous étions là. Et, aujourd’hui, près d’un an après que ces rassemblements et manifestations ont commencé, nous n’avons guère avancé dans le principe : se réunir en plein air pour écouter quelques orateurs sympathiques. Mais, après avoir bloqué sans vergogne toute information à leur sujet grâce à des médias qui n’ont jamais été autant des organes de propagande et de désinformation, excepté sous les totalitarismes dont on nous disait que jamais on ne les verrait se développer sur notre sol, le gouvernement et tous ses suiveurs de plateau télé, maintenant que des masses se sont réveillées, tentent de les dénigrer, les diaboliser, de s’en moquer. L’État ne se sent, reconnaissons-le, pas en danger, et continue à appliquer les directives fixées depuis bien avant cette prétendue pandémie par les instances dirigeantes du capitalisme globaliste.

Pour que nos rassemblements et manifestations aient un impact quelconque à part celui de montrer qu’« on n’est pas content » et que le gouvernement agit contre son peuple (démonstration effective quand on a le moindre écho, parfois d’ailleurs complètement déformé par les merdias, ce qui n’est pas toujours le cas, en tout cas pas en ce qui concerne la province dont les actes protestataires sont complètement ignorés), il faut qu’ils changent de modalités et de fonctions.

Nous sommes à un point du mouvement où il apparaît fondé et donc nécessaire pour son développement (puisque nous sommes micronesquement méprisés) de se tourner vers ce vers quoi d’autres mouvements s’affrontant à des blocages semblables de situations se sont tournés : s’organiser en communes, en soviets, en conseils, en comités-gouvernements, en assemblées constituantes, appelez-les comme vous voudrez (ou plutôt cherchez à les appeler d’une manière qui corresponde à leur fonction et qui ne s’embarrasse pas du passé). Bref, en rassemblements qui posent clairement la question du pouvoir et de la société. S’il fut jamais un temps où s’est posée la nécessité de créer ces organes de réflexion et d’action, c’est bien aujourd’hui.

Cessons d’écouter des discours qui ne nous apportent rien d’essentiel que nous ne puissions pas acquérir par nous-mêmes ou par nos échanges informels.

Décidons de nous asseoir (ce sera plus confortable pour les tâches qui nous attendent) en des lieux adaptés ou en apportant nos chaises pliantes. Cela paraît trivial que je commence par ce détail mais il est important d’instaurer les conditions les plus adéquates aux fonctions que devront assumer nos rassemblements.

Quand nous nous serons bien installés, sur un pied d’égalité et en bannissant toute intervention intimidante par sa longueur (les longs discours ne servent, dans ces circonstances, qu’à étaler ses capacités oratoires et renforcent les complexes d’infériorité de ceux qui ne sont pas capables de développer longuement leur pensée alors que leurs idées, brièvement exposées, peuvent faire progresser tout le monde dans la réflexion), la première chose à laquelle réfléchir est comment appeler dorénavant nos rassemblements. C’est loin d’être un détail car, en les nommant, nous serons obligés de définir à quoi ils serviront précisément. Il y a une dialectique entre les mots et les idées, comme entre l’action et la pensée, le matériel et le spirituel. Les uns ne vont pas sans les autres. Et ce qui devra déterminer le choix de leur appellation doit être de correspondre à leur nouvelle fonction qu’on peut résumer par : « Que faire ? ».

Une fois notre pensée éclaircie sur la fonction que nous voudrions voir assumer dorénavant par nos rassemblements, nous devrons faire le point sur nos forces et nos faiblesses.

Il nous faudra tout d’abord avoir une idée la plus claire possible de l’ennemi que nous affrontons. Pas question de se plonger dans l’étude de textes mais d’échanger pour comprendre qui nous a déclaré la guerre et qui la mène, jusqu’où il veut aller et ce qu’il nous forcera à faire, quels choix, par conséquent, s’offrent à nous dans notre lutte.

Ensuite, il s’agira de réfléchir aux actions que nous pouvons mener, à pourquoi les mener et à la manière de les mener. Nous définirons ainsi, à chaque développement de notre mouvement, ce que nous sommes et où nous voulons/serons contraints d’aller.

Partout où nous le pouvons, faisons voter dès maintenant la mise en application de la transformation de nos rassemblements en autre chose, puis mettons-nous au travail.

Je ne prétends pas diriger quoi que ce soit et ne suis pas intervenu dans le sens que je viens d’exposer avant il y a quelques jours, sur Twitter, car la situation n’était pas mûre. Mais les découragements, les questionnements que j’ai pu constater sur ce réseau social m’ont fait comprendre qu’il était temps de passer à autre chose. Il est ainsi des fenêtres historiques qu’il ne faut pas manquer car, si nous les manquions, nous perdrions tout. À certains moments, l’Histoire est comme un champ de bataille où, selon qu’un événement se passe au bon ou au mauvais moment, l’issue du combat s’en trouve changée. Ne rien faire de différent aujourd’hui et continuer imperturbablement à agir comme nous avons agi jusque là serait rater un de ces moments cruciaux où tout se joue. Peut-être en avons-nous déjà manqué d’autres, récemment, au moment où le mouvement des Gilets jaunes partait en vrille sous les coups du noyautage gauchiste. Et aujourd’hui, c’est notre avenir, celui de nos enfants, de l’humanité tout entière qui se joue. Soyons à la hauteur de la situation. Assumons le rôle que l’Histoire nous incite à endosser ou renonçons car, sinon, nous ne nous assurerons qu’une terrible défaite, pire encore que si nous n’avions rien fait car nous y aurons perdu notre énergie, nos petits moments de bonheur, notre inconscience rassurante. Nous n’aurons ouvert les yeux que pour nous rendre plus malheureux sans nous assurer de déboucher sur la destruction de la menace la plus grave qui ait peut-être jamais existé dans l’histoire des humains.

Pour conclure, je soulignerai que le blocage de la situation est dû au fait que les Forces de l’ordre continuent à obéir au pouvoir institué avec la caution trompeuse de la démocratie élective car telle est leur fonction d’obéir au pouvoir qui semble légitime. Et elles ne basculeront pas dans notre camp tant que nous n’assumerons pas clairement que le pouvoir doit changer de mains et que nous nous préparons à le prendre. Tant que nous ne démontrerons pas, par nos actes, que le pouvoir en place n’a aucune légitimité puisqu’il agit contre les intérêts de la Nation et des prolétaires français, dans le cadre d’une offensive générale visant à s’attaquer à tous les peuples et aux prolétaires du monde entier.

François TARA