Sur la question sociale, Marine Le Pen me surprend agréablement

La vitesse à laquelle les lignes bougent en temps de crise est chose hallucinante, et 2012 nous montrera peut-être un deuxième tour opposant une « gauche » menée par le directeur du FMI et une « extrème-droite » représentée par Marine Le Pen et défendant la laïcité, les droits des salariés et des retraités, et même ceux des fonctionnaires. Un véritable échange d’électorats ! Suivre la politique devient savoureux, et les situations que l’on observe sont de plus en plus inédites.

Je me souviens quand Marine a dit pour la première fois qu’elle ne voulait pas remettre en cause la Loi Veil. Je me demandais s’il fallait la croire, et je dois dire que je ne lui ai pas fait confiance immédiatement sur ce point. Maintenant si. On voit bien que ses accents laïcs sont sincères, et qu’elle ne varie pas sur ces sujets.

Je me demandais jusqu’où elle irait à gauche, et en particulier si elle adopterait une politique économique et sociale favorable aux salariés.Tel est bien le cas.  En économie, elle prend le contre-pied de l’ultra-libéralisme. En matière de retraites, elle a pris une position favorable aux personnes ayant commencé à travailler jeunes (40 annuités sans considération d’âge). Le dernier pas est franchi maintenant : elle vient de s’adresser aux fonctionnaires.
 

Elle note avec humour que « Longtemps, il a existé entre nous un malentendu.  » Ah bon ! Elle est sacrément perspicace ! 
Puis, elle poursuit en des termes très encourageants et même chaleureux, les confortant dans leur statut autant que dans leurs missions, parlant d’Etat fort et protecteur, d’effectifs qui doivent permettre d’accomplir les tâches nécessaires, et, surtout, de l’importance de la notion de service public. Voici le texte complet :

http://www.frontnational.com/?p=6497#more-6497

Les points-clés que l’on peut dégager sont les suivants :

Respect des fonctionnaires et de leurs valeurs :
« En effet, la plupart d’entre vous ont fait le choix de la fonction publique parce qu’ils veulent servir l’intérêt général, dans des conditions de plus en plus difficiles. Cette noble motivation, qui vous honore, nous la partageons. »

Rôle de l’Etat :
« L’Etat fort, c’est d’abord un Etat stratège, qui aiguillonne notre pays vers l’innovation, la prospérité, et assure son rayonnement. L’Etat fort, c’est ensuite un Etat protecteur, qui se donne les moyens de  développer pour tous l’économie et l’emploi. L’Etat fort, c’est enfin un Etat solidaire, garant notamment des services publics auxquels nous sommes tous tellement attachés. »

Refus des démantèlements :

 » Avec le processus de révision générale des politiques publiques (RGPP), l’Etat a été désorganisé et ses fonctions essentielles atteintes. Ainsi, le réseau local de l’Etat n’est plus que l’ombre de lui-même. 16 000 postes de policiers et de gendarmes ont déjà été supprimés depuis 2005, et une menace sérieuse pèse désormais sur l’existence même de la gendarmerie. L’armée se rétracte partout, à l’instar de nos services diplomatiques dans le monde. L’Ecole est saignée à blanc, au moment précis où la chute du niveau des élèves, la progression continue des violences scolaires et le relâchement des valeurs exigent au contraire un effort de la Nation. L’hôpital public est exsangue, et nombre de professionnels de santé s’alarment des conditions de travail et d’accueil des patients qui sont aujourd’hui celles d’un système de soins amenuisé. »

« Il faudra tourner la page de la RGPP, et donner à l’Etat les instruments juridiques et techniques de sa puissance. »

Statut et conditions matérielles :

« La fonction publique sera vivifiée par une sélection plus à même de valoriser le sens de l’Etat et du service public.

Gage d’indépendance, le statut sera préservé, et des règles seront fixées pour éradiquer les conflits d’intérêt aux plus haut échelons de l’administration.

Les fonctions essentielles de l’Etat verront leurs effectifs restaurés, alors que le marché de dupes -baisse des effectifs contre hausse des traitements- jamais tenu, sera dénoncé. Il est possible de revaloriser les salaires les plus faibles de la fonction publique, en cessant notamment de traiter de façon uniforme l’ensemble des agents publics. Le gel des rémunérations pour tous, petits ou hauts fonctionnaires, est ainsi particulièrement choquant quand on connaît la faiblesse des traitements réservés en bas de la hiérarchie. Les situations devront être différenciées. »

Exigence de bonne gestion :

« Redresser l’Etat, permettre à la fonction publique de retrouver confiance, seront nos principes directeurs. Ils ne se confondent pas avec une course aux effectifs.’

Refus des féodalités :

« A cet égard, la fuite en avant des collectivités territoriales, dans un contexte de décentralisation irresponsable depuis trente ans, devra cesser. Les collectivités locales devront enfin maîtriser leurs effectifs, et un rééquilibrage se fera au bénéfice de l’Etat, appelé à reprendre des compétences stratégiques. Le Front National a le sens des priorités, et n’acceptera nulle part les dérives induites par le clientélisme et la reconstitution de baronnies locales. »

Catherine Ségurane

image_pdfimage_print