Syrie : comment le Qatar achète ceux qui trahissent Bachar al-Assad

La presse internationale a fait ses choux gras de la dissidence et de la fuite du premier ministre syrien, avec femme et enfants, à destination du Qatar.

M. Riad Hidjab a bien caché son jeu. Il n’a été nommé qu’en juin 2012 par Bachar al-Assad. Lors d’un tout récent voyage en Russie, à la tête d’une délégation, il a refusé de signer un protocole d’accord avec les Russes qui permet à la Syrie de vendre son pétrole brut en échange de pétrole raffiné et de gazole. Cette attitude a permis au régime de douter de sa fiabilité. Il a été destitué. Sa fuite était préparée d’avance, peut-être même avant sa nomination en transférant son argent et en évacuant son cercle familial. Les langues parlent beaucoup en Syrie. Il aurait reçu un million de dollars, une rente mensuelle de 25.000 $ pendant 25 ans avec un contrat écrit qui engage le cheikh du Qatar.

Le Janus de la corruption mondiale

1 pétrodollar = 1 gazodollar 

Dans la même veine, l’ambassadeur de Syrie à Bagdad a fait aussi défection : il  est parti avec ses trois épouses et ses enfants, toujours vers le même havre de paix, le Qatar. 

Nous apprenons (1) que l’ambassadeur de Syrie en Mauritanie, Ahmad Saïd el-Bunni, a lui aussi été approché par l’ambassadeur qatari à Nouakchott qui lui a   proposé en guise de gratification, s’il annonçait sa défection, un revenu mensuel de 20.000 $ sur 20 ans, un séjour permanent à Doha et un cadeau cash de 1 million de $. L’ambassadeur de Syrie a refusé la proposition, l’a considérée comme une immixtion flagrante dans les affaires de la Syrie et a mis en garde l’ambassadeur  Qatari de ne pas renouveler la proposition.  Dans ces affaires de corruption politique remarquons que la défection d’un premier ministre rapporte plus que celle d’un ambassadeur… l’effet médiatique est supérieur.

Ces dissidences ne sont pas survenues pour une quelconque adhésion aux demandes des rebelles ni pour un soutien à la révolte mais parce que les propositions financières du Qatar, le grand gazier de la région, sont très alléchantes. Les fuyards dont personne ne connaissait le nom occupent la scène médiatique et politique l’espace d’un jour puis en disparaissent aussitôt. C’est une traîtrise nationale générée par l’attrait de l’argent. Celui qui fuit emporte ses bagages, touche son bonbon qatari et se retrouve mis à la retraite anticipée. Peu importe s’il est déclaré traitre à son pays.

Observons que la défection du premier ministre récemment nommé  n’a  pas entamé le moral du régime. Le régime a été, par contre, plus touché par l’attentat qui a coûté la vie à cinq généraux de son État-major. Mais le régime n’a pas été ébranlé. Une bonne partie de la population continue de le soutenir et collabore avec l’armée afin d’empêcher les rebelles de prendre position dans les quartiers et de les prendre comme otages ou comme des boucliers humains, ce qui a été observé à Alep. On voit, notamment sur le dossier syrien que la friandise du Qatar ne peut tout faire (2). 

Le monde politique s’est habitué à la générosité du Qatar et à celle des autres pays du Golfe, l’Arabie Saoudite en tête. Avant tout vote important à l’Assemblée Générale de l’ONU ou au Conseil de Sécurité, il y a des émissaires des pays du Golfe, chéquier en main, qui font des visites de « courtoisie » à certains pays afin de les conseiller à bien voter. Même sur la scène internationale tout s’achète et tout se vend (3). Un autre exemple récent : le Président du Conseil Transitoire de Libye, Moustafa abd el-Jalil, avait reconnu que le Qatar a dépensé pour la révolution de Libye plus de deux milliards de dollars et que le plan de l’assaut décisif sur Tripoli a été établi au Qatar. Et il a ajouté : « le Qatar soutient les courants islamistes et vise à construire une organisation arabe fondée sur la charia musulmane comme système de gouvernance ». Puis il a poursuivi : « Tout Libyen qui va au Qatar se voit attribuer une somme d’argent, remise en partie à l’État et en partie pour lui-même (4). La BBC décrit le Qatar comme « dressant ses biceps financiers pour participer à changer les régimes des pays arabes et à financer les partis islamistes pour qu’ils accèdent au pouvoir ».

Ne croyez pas que le Qatar s’arrêtera aux pays arabes. Ses antennes sont branchées sur l’Europe et la France est une bonne cible… Une stratégie mondiale est mise en place, dont les deux mamelles sont l’argent et la religion. 

Ulysse a su bien résister aux chants des sirènes (5). Pourquoi pas d’autres ? Mais le bonbon qatari, même s’il a un goût amer, est enrobé d’une coque délicieuse… Malheur aux peuples dont les hommes politiques sont tentés  d’y goûter…

Bernard DICK 

(1) http://www.dampress.com

(2) http://www.thirdpower.org/index.php?page=read&artid=95132

(3) https://ripostelaique.com/lemir-du-qatar-ecrit-a-son-ami-le-maire-de-paris.html

(4) http://www.thirdpower.org/index.php?page=read&artid=95172  (citant le Guardian)

(5) http://ulysseenprovence.free.fr/spip.php?article32

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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