Syrie : en misant sur les sunnites contre les chiites, les occidentaux ne renforcent-ils pas l’islam ?

Si le musulman pouvait un instant réflèchir par lui-même en oubliant les fatwas que décrétent les oulémas (docteurs en sciences islamiques) pour assurer quotidiennement leur plat de résistance, il s’apercevrait que depuis belle lurette, il est le dindon de la farce. Comment peut-il admettre qu’au nom d’Allah et de son Envoyé, des musulmans égorgent d’autres musulmans? Pourtant dans le coran, il est interdit à un musulman de tuer son frère de religion. Il est écrit dans la sourate 4 verset 93 : « Quiconque tue intentionnellement un croyant, sa rétribution sera l’Enfer, pour y demeurer éternellement. Allah l’a frappé de Sa colère, l’a maudit et lui a préparé un énorme châtiment. » Ce qui se passe dans le monde arabo-islamique, fait croire que l’islam s’est mis au service des intérêts de la puissance américaine depuis 1945, le jour où le yacht présidentiel Quincy jeta l’ancre dans le mer Rouge, face à la Mecque et où un accord fut scellé pour l’éternité entre le président Franklin D. Roosevelt et le roi Ibn Saoud qui stipule que les USA s’engagent à assurer la protection de l’Arabie Saoudite en échange du pétrole qui doit couler à flot pour l’économie américaine. Et depuis lors, l’islam est une arme aux services des intérêts de l’oncle Sam, par la volonté des fawtas wahhabites.

Il faut savoir que les Britanniques avaient largement contribué à assoir le pouvoir du clan Al Saoud sur la péninsule arabique qui occupaient le Najd (région centrale de l’Arabie) après le démembrement de l’empire ottoman à la fin de la première guerre mondiale. En effet, ils avaient encouragé les cheikhs arabes à se révolter contre les Turcs. Le plus célèbre d’entre eux était, sans doute, le Shérif Husseini de la Mecque ( du clan des hachémites, descendants de la famille de Mahomet) qui se révolta le premier contre les Ottomans avec le concours du fameux espion anglais Lawrence d’Arabie ( Thomas Edmond Lawrence). Au moment de la défaite des Turcs, les Britanniques aidèrent en sous main, les Al saoud en oubliant leurs promesses faites au Shérif de la Mecque qui administrait le Hijaz et les lieux saints de l’islam ( La Mecque et Médine). Avec l’accord de Syskès-Picot, les Britanniques avaient crée deux royaumes pour les deux fils du Shérif de la Mecque à savoir Abdellah et Fayçal. Abdellah devint sultan de la Transjordanie (la Jordanie actuelle plus la Palestine). Fayçal fut intronisé sultan de la Syrie d’où il fut rapidement chassé pour être installé roi d’Irak avec la bienveillance des services spéciaux de la couronne britannique. Durant la guerre froide, l’islam fut mis à contribution, via les Saoudiens, par les Américains pour combattre le communisme.

Le grand engagement du coran comme arme de destruction massif fut utilisé sans retenue en Afghanistan après l’entrée des troupes soviétiques dans ce pays le 27 décembre 1979. Les fatwas commandées par la CIA, appelant à la guerre sainte contre les mécréants communistes, fleurirent. Et c’est ainsi que des milliers de combattants arabes djihadistes ( appelés par la suite les Afghans) convergèrent vers l’Afghanistan pour faire la peau des Soviétiques, avant de rejoindre le Paradis, avec l’aide des Saoudiens, au nom du djihad tel que prévu par Allah et son Messager, comme si le coran incréé devait servir les intérêts de l’oncle Sam. Les Américains trouvèrent une occasin inespérée pour se venger de leur ennemi communiste après leur défaite au Vietnam. Le djihad fut une arme redoutable entre leurs mains. Les oulémas du monde islamique approuvèrent comme un seul homme ce djihad, en devenant les supplétifs de la CIA pour faire triompher les idéaux de la liberté. Le défunt président américain Reagan, n’avait-il pas qualifié les moudjahidines afghans , en recevant leurs représentants à la Maison blanche, de combattants de la liberté dans les années quatre vingt? Et pourtant, il savait que ces pseudo-révolutionnaires étaient des sanguinaires qui s’en foutaient éperdument de la démocratie qui était pour eux une bidâa, contraire aux valeurs de l’islam, mais l’Amérique avait besoin de la chair à canon à bon marché.

Les Russes finirent par se retirer de l’Afghanistan en 1989, laissant les intégristes islamiques prendre le pouvoir à Kaboul où une guerre tribale sanglante mit ce pays à genoux sous le regard indifférent de la communauté internationale. Durant l’occupation russe, les étudiantes afghanes portaient des mini-jupes à l’université de Kaboul mais avec les moudjahidines et surtout le fameux commandant Massoud porté au panthéon par la propagande éhontée occidentale, elles se résignèrent à mettre la burqua et à subir la lapidation. Car pour elles, la liberté promise par les Occidentaux se perdit dans la vallée du Panshir… En ce qui concerne la révolution islamique en Iran, il faut plutôt parler de contre-révolution, car c’était le parti communiste iranien le Toudeh qui avait lancé les grandes manifestations pour renverser le Shah, à Téhéran à partir de 1978, avec l’appui des Soviétiques. En réaction à cette offensive des Russes vers les mers chaudes, les Américains et leurs alliés( Français, Anglais, Allemands) s’étaient réunis le 5 janvier 1978 en Guadeloupe et décidèrent d’aider Khomeini qui était le chef spirituel des islamistes chiites, et opposant au Shah, installé à Najaf en Irak depuis quelques années. Les Français savaient qu’en accueillant Khomeini sur leur territoire (à Neauphle-le-Château), ils lui assuraient une grande audience auprès des manifestants iraniens. La voie pour la prise du pouvoir à Téhéran était à sa portée.

Par la suite, Khomeini déçut ses protecteurs, car une fois devenu le Guide Suprême de l’Iran, il exhorta ses partisans à exporter la révolutions islamique vers les pays arabes et notamment en Arabie Saoudite. Il était allé trop vite en besogne. On ne touche pas au grisbi… Les monarchies pétrolières arabes sont des pays inviolables, sacrés comme la Mecque… Et l’Amérique fit appel à une de ses connaissances: Saddam Hussein. Et le mois de septembre en 1980, l’armée irakienne franchit la frontière iranienne. Durant huit ans, avec les pétrodollars des wahhabites, l’Irak lança sans succès des attaques meurtrières contre son voisin chiite. Les deux pays s’étaient affrontés à mort grâce à l’aide des Occidentaux  (affaire de l’Irangate, avions étendards français, destruction par Israël du réacteur atomique fourni par la France). La guerre Iran-Irak fut la première guerre moderne opposant les Sunnites aux Chiites. Après le cessez-le-feu, Saddam Hussein étranglé par une dette colossale contractée auprès de ses frères sunnites des monarchies du Golfe, se lança dans l’aventure risquée koweïtienne. Le 2 août 1990, il envahit le petit émirat qui regorge de pétrole après avoir eu des assurances de l’ambasseur américain à Bagdad. Le raïs était tombé dans le piège. Les Saoudiens se frottèrent les mains, car pour une fois, l’ogre de la Mésopotamie allait se faire déshabiller comme un vulgaire brigand. Et six mois plus tard, l’armada occidentale le délogea avec fracas du Koweït. Mais les Américains avaient encore besoin de sa présence à la tête de l’Irak, ils n’avaient pas violé sa frontière. Ils poussèrent les Chiites à la révolte. Saddam Hussein ne se gêna nullement pour réprimer ces derniers dans le sang. La haine des Chiites contre les Sunnites augmenta d’un cran. Et au même moment sortit du chapeau du magicien Bandar Ben Sultan, l’ambassadeur saoudien à Washington ( 1983-2005), la Qaeda avec sa tête Oussama Ben Laden, un autre saoudien qui était un agent de la CIA durant la guerre d’Afghanistan. Ce qui permit aux Américains de renforcer leur présence militaire dans le Golfe persique. la Qaeda s’installa en Afghanistan, car entretemps, la secte des talibans qui fut une création des services spécieux pakistanais avec les pétrodollars des monarchies arabes du Golfe, s’était installée à Kaboul, en évinçant les autres chefs de guerre islamique.

La Qaeda commença à se faire connaître par des attentats meurtriers ( Nairobi) en s’en prenant surtout aux intérêts américains. C’est le debut du djihad globalisé. Les Américains n’ont pas réagi à la hauteur du danger. Un doute plane encore sur leur passivité… La Qaeda frappa alors le coeur des USA le 11 septembre 2001 en détruisant les deux tours jumelles à New York. L’oncle Sam, trahi par ses anciens protégés, réagit lourdement en allant frapper d’une main de fer, la légion islamique de la haine dans les grottes de Tora-Bora en Afghanistan.

Le président Bush Junior déclara la guerre contre le terrorisme islamique. Dans le feu de l’action, les Américains considèrent Saddam Hussein comme l’ennemi des USA. Par un mensonge d’état bien empaqueté, ils l’attaquèrent avec l’encouragement des Saoudiens et l’accord tacite des Iraniens le 20 mars 2003. Dans l’invasion de l’Irak, la Qaeda trouva un terrain fertile pour le djihad mais surtout une confrontation sunnites-chiites, à la heuteur de ses ambitions. Quand l’Iran mit le grappin sur l’Irak, les monarchies pétrolières wahhabites sentirent le danger du croissant chiite qui s’étendait de Téhéran, en passant par Damas jusqu’au sud Liban avec le Hizballah. Le fameux printemps arabe s’avère propice pour casser ce croissant, car les frères musulmans alliés des Wahhabites, sont liés à la CIA. Une fois encore, Allah et le coran, sont des outils indispensables pour renverser la dictature des Assad à Damas, ces hérétiques Alaouites. Les oulémas sunnites ne chomèrent pas, et surtout le grand cheikh Youcef El Karadaoui. L’Arabie Saoudite, le Qatar et le Koweït, avec leurs pédrodollars et leurs chaines de télévision satellitaires (El djazira, El Arabia) se lancèrent dans la mère des batailles pour bouffer du chiite, leur ennemi millénaire. L’occasion est trop belle pour la laisser filer, d’autant plus qu’ils espèrent affaiblir l’Iran par ricochet. L’Occident n’est pas resté les bras croisés devant le drame syrien, ses médias s’allient à ceux des monarchies pétrolières pour parler de démocratie en qualifiant les salafistes djihadistes de combattants de la liberté (les slogans qui rappellent étrangement ceux utilisés en Afghanistan jadis). La Qaeda sort subitement de son repaire. Le 12 février 2012, son chef l’Egyptien Ayman Al-Zawwri décrète le djihad en Syrie contre les hérétiques Alaouites. Encore le même scénario qui se répète. Etrange! Mais pour qui roulent les sunnites djihadistes qui prônent le guerre sainte contre les Chiites? Les événements qui se déroulent actuellement en Syrie sont des preuves irréfutables de la connivence flagrante entre les monarchies arabes notamment l’Arabie saoudite, le Qatar, avec leurs pétrodollars pour le triomphe de l’islam wahhabite et les USA obnubilés par la destruction de l’Iran suivis par les Européens.

En Syrie, il y a une guerre par procuration qui s’y déroule et dont le peuple syrien en subit les conséquences. Les médias dominés par l’argent du pétrole considèrent la situation actuelle en Syrie comme le prolongement du fameux printemps arabe, celui d’un peuple qui veut se libérer des griffes d’un tyran. Mais la réalité est toute autre. Comment ces médias peuvent-ils expliquer la présence des djihadistes libyens, tunisiens, algériens, égyptiens, irakiens, saoudiens, yémenites, jordaniens, pakistanais, afghans, tchéchènes, britanniques qui combattent aux côtés des insurgés sunnites? Ils sont entre cinq et six mille étrangers à lutter contre l’armée régulière syrienne. Il est vrai que le président Bachar Assad est un autocrate despotique mais ceux d’en face surtout les monarchies wahhabites, sont-ils mieux lotis? Et comment peut-on expliquer la présence des services spéciaux occidentaux, arabes, turcs qui opèrent sur le territoire syrien en toute liberté? Il y a une alliance stratégique entre la Qaeda et les insurgés sunnites syriens dont la majeure partie sont des frèrs musulmans pour faire de la Syrie un territoire du djihad global opposant les sunnites aux chiites. Au vu des événements, il est évident qu’un plan de création de nouveaux pays au Proche et au Moyen-Orient se met graduellement en place, et par extension dans le monde-arabo-islamique. Et les premiers qui vont souffrir de cette infernale manoeuvre de l’Occident seront les Chrétiens d’Orient. M. Sarkozy a dit (selon un journal en arabe) quand il était encore aux affaires en discutant librement avec les Chrétiens deu Liban et de la Syrie : « ‘Votre place n’est pas en Orient mais en Occident. Quittez cet espace, allez en France, aux USA, au Royaume-Uni, en Italie, ou en Allemagne. »

Comment interpréter ces paroles de M. Sarkozy? Une nouvelle carte géopolitique basée sur l’ethnicité religieuse est en train de sortir des laboratoires des grands de ce monde. Les micros états ainsi créés chercheront la protection de l’Occident pour leur survie comme c’est le cas actuellement des monarchies pétrolières. Même si Assad tombe, sa chute n’apportera pas la stabilité au contraire la boite de Pandore va s’ouvrir. Bonjour les dégats! L’exemple irakien n’est-il pas le début du dépeçage du Moyen-Orient? Mais les grands perdants de cette aventure hasardeuse sont les chrétiens de ce pays dont la moitié est déjà partie chercher la sécurité sous d’entre cieux plus cléments. C’est le même scénario qui se dessine pour la Syrie mais elle ne sera pas seule dans la tourmente. Beaucoup de ses voisins la suivront dans sa descente aux enfers, et à commencer par le Liban et la Jordanie ( qui sera probablement le futur état palestinien) qui sont les plus vulnérables pour le moment. La Turquie à majorité sunnite, avec son problème kurde qu’elle traîne depuis 1923 et sa minorité alevie qui est proche des Alaouites de Syrie, en subira le contrechoc, sans aucun doute. Quant aux monarchies pétrolières du Golfe Persique,, elles doivent se préparer à des boules de feu qui seront alimentées par les soulevements des chiites qui sont jusqu’à preuve du contraire marginalisées. Ces pays ne sortiront pas indemnes de la crise syrienne. Et l’avenir de l’Iran, comme puissance régionale, est incertain, car il est miné par sa structure ethnique qui est un vrai volcan.

Les USA sont en train de réveiller les vieux démons de l’antagonisme millénaire sunnites-chiites et aucune puissance ne pourra les arrêter quand ils se mettront en marche. En s’alignant sur le sectarisme wahhabite et en diabolisant les Chiites, l’Occident se livre à un jeu dangereux, car il oublie la notion du martyr dans la culture alide qui est puissante et mobilisatrice. Et pour la première fois dans l’histoire de l’islam, les villes de Bagdad et de Damas sont tombées entre les mains des Chiites, car depuis quinze siècles, ils attendaient ce moment. Vont-ils laver l’affront et venger l’assassinat du quatrième imam du chiisme, à savoir Husseyn, le fils d’Ali et de Fatima, le petit-fils de Mahomet, le seigneur des martyrs? Un djihad globalisé est en train de prendre forme qui ira de la côte Atlantique à la frontière chinoise. Les Occidentaux ne seront pas épargnés, ils subiront les effets collatéraux de cet engrenage diabolique… Et en premier lieu, la France où les islamistes se préparent déjà au djihad de la haine. Aux Européens de méditer ce proverbe berbère  : « L’ennemi ne se changera pas en ami, ni le son en farine. » En tout cas, l’avenir de cette région qui regorge de pétrole qui est vital pour l’économie mondiale, n’est pas pour l’apaisement. Est-ce le début du déclin de l’islam? Et peut-être c’est le but recherché par les Américains? Qui sait? Selon Mouslim, Mahomet a dit : « L’islam a commencé comme une foi étrange et il reviendra à ses débuts, comme il a commencé dans l’étrangeté et il s’éloignera entre deux mosquées comme un serpent pour rentrer dans son trou. »

Hamdane Ammar

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