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Syrie : les Russes sont de dangereux irresponsables

La dangerosité des Russes au Proche-Orient s’est révélée avec encore plus d’acuité depuis la décision prise par Moscou de livrer à leurs alliés syriens, d’ici deux semaines, les redoutables batteries de missiles antiaériens S-300.

Le conseiller à la sécurité nationale du président Trump, John Bolton, s’est empressé de déclarer que cette livraison de missiles S-300 représentera « une escalade significative dans le conflit syrien ».

Selon Moscou, cette décision serait la réponse à la destruction, le lundi 17 septembre, d’un avion-espion russe Iliouchine Il-20 par un missile russe S-200 tiré par l’armée syrienne mais dont la responsabilité incomberait, selon les Russes à… Israël.

En effet, le ministre de la Défense de Vladimir Poutine, Sergueï Choïgou, ne cesse d’accuser l’État juif d’être la cause de la destruction de son avion de renseignement puisque Jérusalem procédait, au moment du tir syrien, à des frappes en Syrie contre des convois d’armes destinées au Hezbollah. En fait, les Syriens ont tiré sur les F-16 frappés de l’étoile de David mais, au lieu de toucher les avions israéliens, c’est l’avion russe qui a été descendu. Bien que le chef d’état-major de l’armée de l’air israélienne soit parti expliquer à Moscou – preuves à l’appui – que les avions de combat de l’État hébreu étaient déjà en territoire israélien au moment de la destruction de l’Iliouchine, les Russes sont trop contents de pouvoir accuser Israël.

L’intérêt russe est double : tout d’abord, se dédouaner aux yeux de la population russe de l’explosion en vol d’un avion russe abattu par un missile russe tiré par des alliés des Russes (on notera l’ironie de la chose). Mais l’aubaine réside surtout, pour Moscou, dans le fait d’exploiter cet incident pour pouvoir enfin  transférer aux Syriens des missiles antiaériens S-300 (plus élaborés que les S-200) que les Russes essayent de faire passer à l’armée de Damas depuis des années. Les Israéliens se sont toujours opposés à l’acquisition par les Syriens de ces redoutables missiles qui serviront les intérêts de la République islamique d’Iran et du Hezbollah. Ces derniers pourront ainsi continuer, avec moins de risques, à faire passer des missiles balistiques sophistiqués en Syrie, mais aussi au Liban, avec comme ultime et seul but la préparation de la prochaine guerre contre Israël.

La Russie a donc choisi son camp et il est clair que le terrain du conflit syrien, sur lequel se font déjà face cinq armées, va devenir encore plus dangereux à cause de la volonté impérialiste russe de s’imposer au Moyen-Orient mais aussi en méditerranée . Rappelons que la France n’a pas intérêt à voir les Russes devenir puissants dans le bassin méditerranéen qui est pourtant devenu une priorité pour l’armée du président Poutine ; il suffit pour s’en convaincre de rappeler les très importantes manœuvres de la marine militaire de Moscou en Méditerranée au début de ce mois. Ces dernières s’accompagnent même, maintenant, d’une opération de guerre électronique dans les zones adjacentes à la Syrie en mer Méditerranée.

Il est temps que l’Amérique de Donald Trump reprenne pied de façon stratégique au Proche et au Moyen-Orient pour éviter que les Russes n’imposent leur pouvoir en renforçant de façon catastrophique les puissances arabo-musulmanes chiites (qui sont tout aussi dangereuses que les puissantes sunnites) composées du gang des Alaouites, des ayatollahs et des pasdarans de la République islamique d’Iran.

Rappelons que le retour en force de l’islam politique et guerrier, après des siècles d’assoupissement, date de l’onde de choc créée par la Révolution islamique d’Iran en 1979. Nombre de puissances sunnites furent à la fois extrêmement impressionnées, mais aussi effrayées, par cette révolution islamique. Les Sunnites répondirent au djihad chiite par le renouveau du djihad sunnite. Les Occidentaux n’ont toujours pas compris que les deux font la paire !

Frédéric Sroussi