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Griezmann s’est excusé, contrairement à Maëva Coucke

Les accusations de racisme se multiplient à travers les réseaux sociaux  qui sont devenus une cellule de veille et de dénonciation.

Un propos raciste ! Vite, une dénonciation et un lynchage immédiat en place publique. Foin de la présomption d’innocence ;

il y a toujours l’affaire Miss France qui n’en finit pas de faire des rebonds.

Il y a ceux qui voient la marque du racisme profond des Français et les autres. Les autres ? Ceux qui  ne sont pas les haineux. Ce sont les condescendants, qui acceptent les Blancs… à condition qu’ils s’excusent. Plein de bonne volonté, Hadrien Mathoux, journaliste à Marianne,  prenant la défense de Maëva Coucke, parlera de « remarque maladroite ».

L’image est malheureuse mais l’intéressée n’aura pas le temps de s’en expliquer voire de s’en excuser.

Comment l’idée de racisme a-t-elle pu germer dans les esprits même les plus particulièrement vétilleux, soupçonneux ? Le brillant journaliste de Marianne nous en fournit la réponse. Parce qu’elle animalise la femme noire.

Joëlle Dago-Sery, l’une des chroniqueuses des Grandes Gueules adopte hier sur RMC  la même attitude. Certes, Miss France n’est pas raciste mais maladroite. La femme noire est animalisée, affirme-t-elle. On parle de tigresse à son  sujet. C’est un souvenir de l’esclavage.

Petites remarques en forme de rectificatifs :

Remarque sémantique : Crinière de lionne est une expression – plus ou moins heureuse car ce sont plutôt les lions qui ont une crinière –  consacrée dans les magazines féminins et les salons de coiffure pour désigner des cheveux gonflés, non lissés.

Remarque biologico-environnementale :  il n’y a encore moins de tigresses en Afrique que de crinières sur le crâne des lionnes. C’est en Asie qu’on les trouve.

Remarque historique :  toute allusion à l’Afrique ne fait pas forcément référence à l’esclavage, sous-entendu dont les seuls Blancs se seraient rendus coupables. C’est tout de même un comble qu’il faille dire aux Africains que l’histoire de leur continent ne se résume pas à l’esclavage et qu’ils sont les premiers à en donner une image misérabiliste.

Remarque linguistique :  les métaphores animalières ne sont pas dévalorisantes.  C’est ignorer à quel point  – et c’est visible dès la préhistoire – l’homme établit des ponts entre lui et l’animal dont les signes sont multiples dans la langue.

Faudra-t-il s’interdire  taille de guêpe,  jambes de gazelle, œil de lynx ?

Aurons-nous des métaphores acceptables pour les Blancs mais non pour les Noirs ?

Sans aucun doute. Et aussi des déguisements.

Voici maintenant au tour de Griezmann d’être sur la sellette. Mal inspiré, le malheureux a voulu rendre hommage aux Harlem Globe Trotters. Il s’est donc noirci le visage et a mis une perruque dont je ne dirais pas qu’elle est en crinière de lionne mais crépue tout simplement.

C’est un blackface s’indigne Ana sur twitter

C’est un blackface quand les blancs ne voulaient pas avoir à payer des acteurs noirs, ajoute une autre.

La tenue des Harlem est facilement reconnaissable.  Griezman n’avait pas à se grimer en noir.

Griezmann il vient de rentrer dans le Top 3 du classement des personnalités préférées du FN.

La même chroniqueuse qui parlait de l’animalisation des Africaines, décrète qu’être noir n’est pas un déguisement mais une couleur de peau.

Le Cran crie au racisme et demande au Gouvernement de se mêler de l’affaire et de condamner un tel délit. La ministre temporise. C’est un acte malvenu mais non mal intentionné.

Il va falloir, nous les Blancs, être particulièrement vigilants à l’époque du Carnaval. Nos enfants pourront-ils encore se faire des peintures de guerre lorsqu’ils se déguiseront en Indiens ? Trouvera-t-on encore des costumes de Dark Vador ?

On pourrait en rire si l’on ne voyait se mettre en place une société où la parole des Blancs, a priori tenue en haute suspicion, est passée au crible le plus ténu, condamnée sans jugement – ce que le Tribunal honni de l’Inquisition n’a jamais fait, livrée illico à la vindicte publique, et ceci, en préalable à un nouveau rite d’humiliation : le Blanc, sans autre forme de procès se voit dans l’obligation de s’excuser. Pour parodier Audiard, c’est d’ailleurs à ça qu’on le reconnait.

Griezman s’est donc livré  au rituel devenu maintenant  consacré : Je reconnais que c’est maladroit de ma part.  Si j’ai blessé certaines personnes je m’en excuse.

Griezmann s’est excusé. Miss France non. Décidément, elle me plaît de plus en plus, notre Miss nationale.

Florence Labbé