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Et Pierre et Yves eurent une fille comme cadeau de Noël, grâce à la GPA

Ce n’est pas une histoire vraie ! C’est une histoire possible pour demain. Dans un monde de folie, un monde qui aura déraciné les existences, qui aura tué la filiation. C’est l’histoire d’un passé qui ne sera qu’une étagère vide, du présent de l’enfant, qu’une angoisse, et un non sens, et de son avenir, un horizon inimaginable.  « Il n’y a pas d’arbres ni de plantes sans racines ! Il n’y a pas d’avenir sans passé ». disait Victor Hugo

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Un conte de Noël diabolique

Bientôt Noël, un grand jour. Pierre et Yves attendent avec impatience dans la clinique privée leur petit cadeau de fin d’année.

C’est mère Noël qui transporte dans sa hotte, le cadeau tant attendu. Tout avait été prévu pour que ce jour de Noël soit le grand jour pour ce couple. Yves avait revêtu ses plus beaux atours, mis la guêpière que Pierre lui avait achetée la veille, car celui-ci, sans égard, pour son mari, trouvait qu’Yves avait pris un peu de ventre. Il n’avait pas toujours dit ça pensait Yves, et savait que s’il avait quelque peu perdu ses abdominaux qui faisaient l’admiration de tous les garçons dans le quartier du Marais, c’était bien par la jalousie de Pierre qui avait décidé de l’enfermer dans l’appartement, et d’en faire une soumise à tous ses désirs les plus fous.

Yves s’était maquillé pour effacer ses nuits sans sommeil, les dégâts de l’alcool, ses angoisses existentielles, et les délires cuisants de son homme. Il mit ses bijoux, son collier de perle, sa perruque, et une tenue digne de ce cadeau que Pierre lui avait promis.

De son côté, Pierre était souvent agacé par son mari. Il trouvait qu’il jouait trop les midinettes, qu’il minaudait sans arrêt, faisait sa folle, et qu’il ne savait plus se tenir. Il en était parfois gêné par les sourires des uns, les murmures des autres, y compris par les boys des boîtes de nuits. De plus, la perruque d’Yves s’était déplacée.

Tous deux se rappelaient les difficultés qu’ils avaient eues pour obtenir un crédit conséquent pour mettre en route leur projet. Les colères qu’Yves avait faites sur ce banquier manifestement homophobe disait-il. Il avait même menacé de le dénoncer jusqu’à ce qu’il comprenne que la banque avait parfaitement le droit de discuter des modalités, et même de pinailler ! Et puis, il y a eu cette femme que des amis leur avaient présentée. Une femme sûre selon eux, une femme qui a pourtant exigé plus qu’il n’était prévu à l’origine. Encore une qui n’avait pas compris que c’était quand même indigne d’exploiter le désir d’enfant.

Une pensée à Pierre Bergé, trop tôt disparu, qui avait pourtant bien cerné la réalité des choses : une femme louait ses mains, elle pouvait bien louer son ventre que diable.

La mère Noël était proche de la délivrance, sa hotte allait s’ouvrir. Mais aucun des deux ne voulaient assister à cette naissance. Voir une femme accoucher ? Quelle horreur ! Pour quoi faire d’abord. Lui tenir la main ? Lui dire quoi ? Ils en avaient bien une petite idée : dépêche-toi, je veux mon cadeau de Noël, mon bébé !  Pas sûr que le personnel médical apprécierait !

Il paraît que ce sera un garçon. Si c’est le cas tant mieux. L’idée que cela puisse être une fille ne leur était même pas venue ! Une fille ? Qui va devenir gamine, puis adolescente, avec des seins, des règles, sans compter qu’en plus, elle soit à terme hétérosexuelle ! Un avenir sombre les attendrait à coup sûr.

Tandis qu’un garçon, on serait entre homme. Pierre pourrait lui apprendre à lire, à écrire, à découvrir que dans l’histoire, il y a plein de grands hommes qui sont comme ses parents, et même que, c’est prouvé, la France ne serait pas ce qu’elle est, sans les homosexuels qui furent Rois, Empereurs, Présidents, etc. Si, si, c’est juré, craché ! Yves lui apprendrait que ce n’est pas une obligation d’être une femme pour trouver du plaisir à s’épiler, et à se maquiller. Bref, un juste équilibre. D’ailleurs, tous deux se demandent encore à quoi servirait une femme, si elle n’avait pas un utérus. C’est vrai quoi ?

Mais faisons confiance à la science et aux féministes d’aujourd’hui. Bientôt, les femmes refuseront ce rôle de ventre, sauf contre paiement sonnant et trébuchant, et que viendra l’heure où les hommes pourront un jour enfanter.

L’enfant est né ! C’est une fille ! Yves s’évanouit. Jacques proteste, demande à voir la mère porteuse ! Il menace de faire un procès à la clinique, à l’accoucheuse. Non, ce n’est pas son cadeau de Noël ! Les rires éclatent devant cette scène ! Les rires des uns, et les larmes des autres qui laissent pantois le personnel médical.

Pendant ce temps là, la petite crie, elle est vigoureuse. Le ventre de cette porteuse a fait son boulot ! Elle a été payée pour ça ! Il lui en faudra de la vigueur à cette petite à l’avenir, quand elle comprendra qu’elle est née dans un monde de fou. 

Gérard Brazon (Libre expression)