Tags islamophobes : le délit de blasphème rétabli par un tribunal d’Avignon

Sont-ce les fantômes des papes d’Avignon rôdant sur la cité des papes, qui ont mis en têtes du juge et du représentant du parquet au tribunal correctionnel d’Avignon la nostalgie de l’Inquisition ? Toujours est-il qu’une étape de plus a été franchie pour satisfaire la demande de rétablissement du délit de blasphème, émise par plusieurs responsables musulmans.

Un architecte italien jusque-là anonyme a été l’auteur d’une performance sur plusieurs murs de bâtiments d’Avignon (1). Sans doute jaloux du succès de quelques blasphémateurs ayant eu droit aux honneurs de la presse dite culturelle, grâce à des œuvres comme le Piss Christ, photographie représentant un crucifix plongé dans de l’urine, ou comme le saccage, à coups de grenades et d’excréments d’une toile sur laquelle est projeté un immense visage du Christ, ce touriste italien a commis plusieurs tags énonçant le caractère porcin du prophète Mahomet.

La démarche de notre artiste d’occasion, Marco Rossi, n’a pourtant pas eu l’heur de plaire à l’intelligentsia culturelle, qui n’a pas su saisir cette fois-ci un des messages symboliques de l’œuvre d’art. En effet, ce caractère porcin expliquerait l’interdiction de la consommation de porc en islam, Mahomet souhaitant être ainsi solidaire de tous ses congénères petits cochons.

tag artistique à Avignon
tag artistique à Avignon

Trêve d’ironie, pour son acte certes répréhensible de dégradation d’un monument classé au patrimoine mondial de l’Unesco, le taggeur italien a eu droit à un régime d’exception scandaleusement indigne d’une démocratie. Comparution immédiate, sous le prétexte farfelu de sa nationalité et de sa domiciliation italiennes. Comme si le poursuivi allait entamer une cavale, afin de ne jamais revenir être jugé en France, mettant en cause sa position sociale.

Deuxième régime d’exception, la lourdeur de la peine : deux mois de prison avec sursis. Vous en connaissez beaucoup des taggeurs non récidivistes qui passent en comparution immédiate et qui prennent une peine de prison. Sévérité plus qu’exceptionnelle, puisque non prévue habituellement par la loi.

En effet, l’article 322 du code pénal prévoit les sanctions des « destructions, dégradations et détériorations ne présentant pas de danger pour les personnes », en prenant soin d’entrée de distinguer « la destruction, la dégradation ou la détérioration d’un bien » du « fait de tracer des inscriptions, des signes ou des dessins, sans autorisation préalable, sur les façades, les véhicules, les voies publiques ou le mobilier urbain ».

Et dans les articles suivants, on retrouve le même type de distinction qui fait que seul le premier type de délit est passible de prison, l’auteur de tags (2° type de délit) ne s’exposant qu’à des amendes ou peines de travail d’intérêt général.

Sauf que le juge et des représentants du ministère public n’ont pas respecté l’esprit de cette loi, en relevant que dans le cas d’un immeuble classé (article 322-3-1), rien n’est dit sur le tag, on ne parle cette fois-ci que de dégradation, et celle-ci est passible de prison. Pourtant tous les paragraphes précédents n’assimilent pas au niveau des sanctions le tag à une dégradation. Cela n’empêche pourtant pas le juge de condamner l’artiste italien à deux mois de prison avec sursis. Est-ce ainsi volonté du juge de ne se mettre à dos ni les politiques, ni des récriminations islamiques, afin de poursuivre égoïstement le cours tranquille de sa carrière ?

Troisième exception : devant se contenter de poursuivre Marco Rossi que pour de vulgaires tags  puisque le droit français méconnaît le délit de blasphème, le ministère public n’a même pas essayé de dissimuler que la vraie motivation du procès intenté au taggeur était la volonté de punir son blasphème. Le ministère public a récité comme un élève appliqué son catéchisme bien-pensant : « ces faits sont intolérables en raison des supports choisis, de sa profession d’architecte et des propos inscrits, propos qui sont nauséabonds, islamophobes ». Et c’est bien comme cela que les journalistes l’ont compris, puisqu’ils annoncent que l’Italien a été condamné « pour avoir écrit des inscriptions islamophobes ».

Encore plus explicite, le parquet a précisé que le prévenu serait poursuivi ultérieurement pour « injure en raison d’une appartenance à une religion ». On assiste donc bien à un retour de la volonté de punir les blasphémateurs, par une opération sémantique, par laquelle le blasphème sera assimilé à de l’islamophobie. Des représentants de la justice française sont donc en train de se plier aux exigences de l’OCI (Organisation de la coopération islamique) qui cherche à imposer à l’ONU le délit de blasphème parmi les crimes et délits reconnus en droit international.

Le président de l’Observatoire national contre l’islamophobie, Abdallah Zekri, boit ainsi du petit lait, encouragé d’autant plus à déposer plainte pour « incitation à la haine raciale », ne supportant pas de façon primaire cette « insulte à l’islam ».

Dernier constat à retenir. Si l’expression d’un blasphème ne relève évidemment pas d’une pensée intellectuelle de haute voltige, il est nouveau que dorénavant il puisse relever de l’expertise psychiatrique. C’est pourtant un des autres aspects de la mésaventure survenue à F.. Cette démarche de l’appareil judiciaire a de nets relents, (nauséabonds ?) de l’appareil soviétique qui internait dans les hôpitaux psychiatriques ses opposants. Tout aussi soviétique cette volonté d’obtenir des aveux suivis d’une autocritique de tout opposant. C’est pourtant ce à quoi s’est plié le taggeur blasphémateur.

Français, ne sens-tu pas ce parfum d’inquisition, où on te contraint par la menace judiciaire à penser « juste » pour récupérer ton âme vers la bien-pensance, de la même façon qu’on te brûlait pour tenter de sauver ton âme du démon ?

Jean Pavée

(1) http://www.midilibre.fr/2013/08/14/tags-islamophobes-sur-les-murs-d-avignon-deux-mois-avec-sursis,745759.php

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2013/08/14/97001-20130814FILWWW00464-tags-islamophobes-un-italien-condamne.php

http://www.ledauphine.com/vaucluse/2013/08/14/tags-islamophobes-a-avignon-l-auteur-condmane-a-deux-mosid-e-prison-avec-sursis

 

 

image_pdfimage_print