Taïwan ne veut surtout pas des communistes chinois  

Taïwan, revendiquée par la Chine, fut le berceau de la civilisation austronésienne. Un empire maritime insulaire s’étendant sur l’Océan indien et le Pacifique, de Madagascar aux côtes Ouest d’Amérique du Sud. Incluant entre autres la Polynésie française de nos jours.

La linguistique et l’ADN confirment que les Austronésiens n’ont jamais été chinois.

Ferdinand de Saussure disait que la langue était aussi précise que l’ADN. Là on a les deux.

La plupart des habitants de l’Asie du Sud-Est insulaire (Indonésie, Philippines, Malaisie, Maoris de Nouvelle-Zélande et de Hawaï, Ma’ohis et Micronésiens des divers archipels) parlent des langues austronésiennes.

La génétique linguistique, qui reconstitue la filiation à travers le temps d’un ensemble de langues apparentées, situe à Taïwan le berceau de toutes ces langues.

Pour faire un parallèle avec l’Europe, un Rapa Nui, un Marquisien, un Tahitien, un Hawaïen, un Maori néo-zélandais peuvent se comprendre comme des Espagnols et des Portugais, ou des Italiens, des Roumains et des Français.

Ainsi Cook avait-il embarqué Tupaïa, grand sorcier de Raïatea, pour lui servir d’interprète. Celui-ci était compris partout où les Anglais débarquaient. Si Tupaïa n’avait pas succombé aux fièvres à Djakarta, il aurait sûrement évité le petit malentendu préjudiciable au capitaine Cuisinier qui fut mangé aux îles Sandwich. Rigolez pas, c’est un fait historique !

Quant à la génétique, elle montre que si les primo-occupants de Taïwan venaient bien de l’Asie continentale, c’était il y a plus de 10 000 ans.

Mais ces peuples asiates du néolithique ne partageaient pas des marqueurs avec les populations mongoloïdes d’où dériveront les Chinois modernes. Les Han sont arrivés il y a environ 2300 ans suivis plus tard par les Hakkas.

Des études sur la variation du chromosome Y menées par un groupe international de biologistes généticiens (vilipendés par les Chinois qui ont refusé d’y participer !) ont conclu à un héritage paternel commun chez la majorité des habitants d’Indonésie et d’Océanie, provenant de populations établies à Taïwan depuis la fin du Pléistocène, c’est-à-dire au moment du saut néolithique, donc antérieurement aux migrations austronésiennes.

Si tant est que les artéfacts soient aussi révélateurs que les langues et l’ADN, on pourrait y ajouter l’architecture navale des inventeurs des pirogues à balanciers, puis doubles, des mâts rotatifs et des voiles en pince de crabe, dont nos catamarans et trimarans modernes s’inspirent largement. Ainsi que la technique de navigation aux étoiles par observation azimutale directe.

Rien de commun avec les boutres arabes, les dhonis indiens ou les jonques chinoises et les sampans, qui naviguaient sur la même aire géographique à la même époque. Et se laissaient porter par les vents et les courants cycliques selon la saison.

Un État souverain s’étendant sur 168 îles dont la principale est Taïwan

L’archipel de Taïwan, quatre fois et demie plus étendu que la Corse, fut un pays dynamique et anarchique, un peu pirate, uni par la langue et les mœurs.

Une confédération d’archipels commerçant avec les Han (Chinois) et les autres peuples d’Asie du Sud Est. Mais sans liens de subordination autres que ceux liés à des défaites militaires dont ils essayaient de se relever le plus vite possible. Menant à l’occasion des raids de représailles en Chine même.

Ces confédérations étaient alliées ou ennemies selon les circonstances mais rejetaient avec horreur un pouvoir central fort. Provenant de chez eux. Et plus encore importé.

On peut trouver une similitude avec les « peuples de la mer » en mer Noire et en Méditerranée à peu près à la même époque. Des nomades marins turbulents avant de se sédentariser dans les îles.

C’était aussi le cas en Polynésie avant la colonisation française où chaque île avait son roi ou sa reine guerrière (on n’avait pas attendu le MLF, la parité ni Sardine Ruisseau !) Et parfois même plusieurs souverains se partageaient la même île.

Chaque île ou archipel avait son propre système, mais généralement le ou la monarque pouvait être démis à tout moment par le peuple s’il ne faisait pas l’affaire. Et exécuté ou banni. Souvent le choix du successeur se faisait par tirage au sort. Ça ne vous tente pas ?

Taïwan n’a été officiellement gouvernée par la Chine (dynastie des Qing) que de 1683 à 1895 avant d’être cédée au Japon par le traité de Shimonoseki  à la suite de la première guerre sino-japonaise.

À partir de 1895, Taïwan se modernise à marche forcée, essentiellement sur les côtes. Les indigènes rétifs aux méthodes brutales des Japs constituent des communautés rebelles dans les jungles montagneuses.

Leur maîtrise du terrain leur permet d’infliger des embuscades meurtrières à l’armée impériale nippone. Et leurs descendants seraient disposés à traiter de la même manière l’envahisseur Han s’il s’y risquait. Nul n’en doute à Pékin.

Car même si la population s’est sinisée du fait de l’exode des nationalistes, toutes les études anthropologiques montrent qu’elle tient à ses spécificités. Et plus encore à son système de gouvernance démocratique.

En 1945, après la défaite du Japon,  la république nationaliste de Tchang Kaï Chek récupère Taïwan avec l’aide des Américains.

En 1949, le gouvernement chinois du Kuomintang, vigoureusement anti-communiste s’y installe, après avoir perdu la guerre civile sur le continent. La république de Taï Wan est alors reconnue par l’ONU.

Elle le sera jusqu’en 1971 quand les USA refuseront d’user de leur droit de veto au Conseil de sécurité, croyant obtenir en échange l’ouverture à leurs industries de l’immense marché chinois. Qui fut finalement un marché de dupes, comme pour les Européens, avec les ruineux transferts de technologie sans réelles contreparties. Alors qu’il aurait été possible de voter pour 2 Chines, comme il y avait 2 Allemagnes, et comme il y a encore 2 Corées et 2 Mongolies.

Quelques rappels historiques

Il y a environ 5 500 ans, les Austronésiens de Taïwan vont goûter l’air du large, pour s’installer d’abord aux Philippines. La bougeotte ne les quittera plus. Il y a 2500 ans, ils sont à Madagascar à l’Ouest, et à Rapa Nui (île de paques) à l’Est. Avec des incursions en Amérique du Sud. Pour preuve, la patate douce originaire de ce continent se dit « ‘umara » ou « kumara » en quechua comme en reo ma’ohi.

Il y a 2500 ans, toutes les îles intertropicales sont occupées, à l’exception notable de l’Australie, considérée comme « tapu ». Peut-être à cause de ses crocodiles marins géants qui infestent les rivages des territoires du Nord ?

Cette expansion sera contestée par les Arabes vers l’an mil, qui islamiseront l’Indonésie et la Malaisie, et s’incrusteront aux Philippines, puis au XVIIIe siècle et au-delà par les Anglais et les Français.

En toute hypothèse, aucun de ces peuples insulaires ne peut être considéré comme apparenté Chinois, ni par le génome, ni par les phénotypes, ni par la langue et les coutumes.

Cadeau : Régal pour les yeux et les oreilles. Dites-moi si elle a l’air d’une Chinoise.

https://www.youtube.com/watch?v=dU6zYZfTkcc

Mais le parti communiste chinois est dans son rôle en revendiquant Formose depuis 1949.

Il sait (comme les mahométans) que les Occidentaux d’aujourd’hui sont pleutres, naïfs et impressionnables. La plupart gobent tout ce que racontent des médias corrompus et/ou partisans. Et si on leur fait un peu peur,  ils donnent tout ce que réclament leurs agresseurs.

Ils n’ont rien dit quand les communistes chinois se sont emparé par la force du Tibet, puis de l’Aksai Chin au Nord de l’Inde, et plus récemment des Paracels et de plusieurs atolls en mer de Chine au détriment des pays riverains et en violation flagrante du droit maritime international.

Les seuls qui n’ont pas cédé furent les Russes, au temps de l’URSS, qui leur filèrent la raclée lors de deux conflits frontaliers avec 25 000 morts tout de même, quand les Chinois franchirent le bien mal nommé fleuve Amour, exigeant de « récupérer » le Xin Jiang russe et exprimant des vues sur une partie de la Sibérie. À méditer…

Dans les relations internationales, comme dans la vraie vie de tous les jours, seule la fermeté paie.

Christian Navis

Climats sous influence (climatorealist.blogspot.com)

 

image_pdfimage_print
14

23 Commentaires

  1. Très jolie Vahiné Mr Navis. Parait-il que 80% des polynésiens ont plus ou moins des origines chinoises. A vérifier. Pour Taiwan, oui c’est la vraie Chine, celle du vénérable Tchang Kai Shek en opposition à la Chine communiste de Mao et ses crimes. Entre Tchang Kai Shek et Mao, le choix est vite pour toute personne saine d’esprit. Nana…

    • Les Tinitos comme on les appelle ici représentent 5 à 6% de la population.
      Au temps de Cook, Bougainville, il n’y avait pas de Chinois dans nos îles.
      Les premiers sont arrivés à Tahiti en 1865 comme travailleurs agricoles, puis leurs descendants ont essaimé dans les archipels au XXème siècle, et se sont lancés dans le commerce comme partout.
      Aujourd’hui on peut parler de sino-ma’ohis car la plupart sont métissés, et par volonté d’intégration louable, ils donnent à leurs enfants des prénoms polynésiens ou français. Avec un taux de délinquance proche de zéro.
      Moins d’un millier comprennent encore le hakka, langue de leurs ancêtres. Ne subsiste du passé que le folklore des fêtes et les charmantes Miss Dragon. 🙂
      https://la1ere.francetvinfo.fr/polynesie/tahiti/miss-dragon-2018-est-morgane-yueng-595665.html

    • Sun Yat-sen et Tchang Kai Shek ont mangé à tous les râteliers – bolchéviques, Japon, Triades – avant de se laisser retourner par les américains, qu’ils avaient pourtant chassés avec l’aide des communistes, parce que j’imagine leurs propositions étaient finalement les plus alléchantes? Le Kuomintang était un parti qui se voulait tout aussi unique que le PCC et qui ne faisait pas davantage dans la dentelle. Quant à leur repli stratégique à Taïwan il n’a pas été au goût de la population locale. L’influence US en échange de développement économique a fini par les ramollir et les transformer en groupies de la cause LGBT et acharnés pro-trans.
      Sont-ils vraiment sympathiques ?
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Terreur_blanche_(Ta%C3%AFwan)

    • SE SOUVENIR QUAND MÊME QUE LA FRANCE A DÉSAVOUÉ LA CHINE DE FORMOSE POUR FAIRE AMI !!! AMI !!! AVEC MAO !!!

    • En effet cela nous change de tous ces articles superficiels qui foncent tête baissée en affirmant que Taïwan est et a toujours été chinoise. Cela justifierait selon eux une annexion pur et simple de cette île y compris par les voies militaires. Article très fouillé et intéressant.

  2. une telle haine de la Chine est consternante. je soupçonne cet auteur d’être de gauche pour tant de haine et de bêtise aussi. Il y a une petite île au sud de Taïwan habitée par des austronésiens, mais les minorités de l’intérieur de l’île ne sont pas toutes austronésiennes. Et même si elles l’étaient où est le problème? La base de départ des austronésiens est la Malaisie, pas Taïwan! Les patriotes français qui sont pour le progrès social et pour la paix, soutiennent les Chinois! C’est vrai qu’en Chine communiste il y a plus de milliardaires qu’aux USA mais c’est un détail…

    • Les peuples néolithiques d’Asie à l’origine des Austronésiens ont occupé Formose il y a environ 10.000 ans.
      Il est possible qu’une partie de ces peuples venait d’Inde et ait transité par le Nord de l’Insulinde. Quelques mots intriguent : l’eau pané en hindi, papé en reo ma’ohi, l’esprit manu => mana, la pirogue vaya => vaka ou va’a.
      La Malaisie peuplée par des cueilleurs-chasseurs il y a environ 50.000 ans, a reçu l’apport des Austronésiens il y a 4500 ans.
      L’ADN témoigne pour les spécificités ethniques, et le C 14 pour dater les restes organiques.

    • « Les patriotes français qui sont pour le progrès social et pour la paix, soutiennent les Chinois! »
      Tiens donc ! Au nom de quoi ? Dans quelle perspective ?

  3. moi je suis pour le rattachement de la Chine continentale à Taiwan, avec tribunaux pour les dirigeants du PC chinois

  4. La Chine revendique Taïwan comme les juifs revendiquent Israël !!! donc foutons leur la paix et surtout les USA qui n’ont rien à y faire sauf à vouloir encore déclencher une guerre……….

  5. OK d’accord très bien ….on peut en discuter des heures autour d’un thé vert de Chine ou du Japon MAIS le point actuellement , dans le contexte que l’on sait , est le jeu des USA à TAIWAN comme en UKRAINE où ils entendent s’implanter économiquement et militairement ….et , j’allais oublier , « culturellement » ( si on peut parler de culture !!! états-uniennes …. »cancel cuilture » ) . Là les chinois ont tout fait raison de vouloir virer les macheurs de chewing-gum qu’on aime ou pas ( c’est mon cas ) le régime coco . De plus le coup de pelosi -biden à de lourdes arrière-pensées de politique intérizeure avant leurs zélections piege à con de mi mandat !
    Merci de déboulonner biden et sa clique ….On verra après !

    • BTW je suis un supporter de D.TRUMP , le moins mauvais des présidents US depuis longtemps , qui conchie la caste mondialiste/ le camp du bien US des carter clinton bush obama biden ….( sans parler de ces connaux finis de FDR et Truman ….on en oublie tellement il y en a )

  6. les peuples peuvent choisir leur destin ! sauf ceux que mélanchon n’aiment pas!

  7. La Chine n’est pas vraiment un model de bien-pensance mais pour ce qui est des traitements à l’égard de la secte islam, nous devrions en prendre de la graine car les Chinois savent comment il faut réagir avec ce genre de croyance mortifère invasive…

    • Bien vu . La politique et , plus encore , la géopolitique c’est aussi du pragmatisme pour parvenir à l’objectif , la finalité plutôt , du « bien vivre » en société !
      Alors les pinaillages et discussions ethnico-nationalistes sont des pertes de temps inutiles contre-productives

  8. Article fort intéressant et pédagogique sur l’expansion de ceux qu’on appelait jadis les malayo-polynésiens (même famille de langues) mais parler d’un Empire austronésien (nouveau nom des linguistes)c’est y aller un peu fort…

    • Ce fut un empire maritime-insulaire, avec une unité linguistique et culturelle (arts, religion, mythes) et aussi des techniques de navigation, très en avance sur leur temps, permettant des traversées fréquentes assurant des échanges entre les archipels sur de très longues distances.
      Si chaque entité était autonome, les structures sociales se dupliquaient selon une division « indo-européenne » qui n’a pas manqué d’interpeller depuis Colin Renfrew avec roi (arii) noblesse (raatira) guerriers (aïto) religieux (tahua) ce qui permettrait, outre la linguistique, de déplacer l’origine les proto-Austronésiens en Inde avant la Chine.

      • C’est très bien de se cultiver comme celà..mais d’Empire austronésien il n’y eût pas, pas plus que d’empire indo-européen.

        • L’indo-européen est un repère linguistique. Lire Saussure…

Les commentaires sont fermés.