Tandis que le Vatican habille les pauvres, la Mecque habille la pierre

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Le penseur saoudien libéral, Abdallah Mutlaq al-Qahtani, s’évertue, depuis presque deux ans, sur son blog personnel, dans la dénonciation des aberrations abominables qu’il observe dans la société musulmane en général, et dans la société saoudienne en particulier.
Récemment, il a été profondément scandalisé en voyant les autorités saoudiennes procéder, au début de chaque année de l’hégire, à renouveler l’habillement de la fameuse « pierre noire » à la Mecque, de couvertures en soie pure, brodées et agrémentées avec des fils en or. Cependant, ce qui le choque le plus dans cette opération, c’est précisément le coût de cette opération qui dépasse cette année, selon les déclarations officielles et les entreprises concernées, plus de 22 millions de rials saoudiens, (ca. 6 millions $). Cette somme, dépensée exclusivement pour draper, enguirlander et enluminer « une pierre morte » à l’occasion du grand pèlerinage annuel, aurait suffi pour habiller tous les pauvres au Pakistan, au Bengladesh, en Birmanie, ainsi que dans certains pays en Afrique.
Face à ce gaspillage démesuré, déraisonnable, choquant, Al-Qahtani s’interroge, sur son blog en arabe, le 23 septembre 2015, avec amertume et écœurement :
« N’est-il pas plus sage, plus licite, plus humain, plus éthique, d’habiller des millions de pauvres et de miséreux, que d’evelopper une pierre inutile ?
« Quel est l’intérêt de consacrer un budget annuel de plusieurs centaines de millions de rials saoudiens au profit d’une usine spécialisée uniquement dans la confection de l’habillement luxueux de cette pierre morte de la Kaaba ?
Ce scandale qui afflige Al-Qahtani, l’amène à réfléchir sérieusement quant à une quelconque dimension spirituelle, perceptible, ou transcendant ce gaspillage extravagant et insensé. Il s’interroge alors :
« Est-ce que l’organisation des pratiques cultuelles lors du pèlerinage signifie leur glorification, leur sanctification et leur présentation sous une forme de faste et de somptuosité extravagante ? Où trouve-t-on ici le sens de la spiritualité ?
« Est-ce que l’embellissement ostentatoire de ces symboles obsolètes est de nature à stimuler réellement ou à favoriser davantage la piété et la promotion de la vie spirituelle chez les pèlerins ?
« Avons-nous oublié que la kaaba n’est qu’une simple pierre anodine, une météorite comme tant d’autres, sans intérêt, sans vie, et le restera ainsi ? Elle ne constitue en soi aucun culte qui nécessite une telle opération cosmétique gigantesque. Le coran n’a rien recommandé à ce propos. Par contre, le seul ordre divin donné aux croyants ou souhaité, c’est de nourrir les pauvres et les malheureux, abstraction faite de leur croyance, de leur couleur, de leur peau.
« Avons-nous oublié en Arabie que le culte du pèlerinage consiste à prier et non point à s’extasier devant une pierre habillée et bordée de plusieurs couches de draps en soie, enluminés et tapissés de dorures scintillantes visibles à plusieurs kilomètres de distance dans le désert ?
« Mais que pouvons-nous faire avec des esprits moyenâgeux, figés, réacs, qui prétendent parvenir à associer ensemble deux phénomènes incompatibles ? »
Dans ce contexte de méditation et de réflexion, Al-Qahtani qui a eu la chance de se documenter sur d’autres croyances et d’autres institutions, s’est aventuré dans une comparaison pertinente, mais curieuse, entre la Mecque et le Vatican.
« Le Saint-Siège, écrit-il, ne laisse aucun endroit où vivent des pauvres, sans participer à l’envoi de vêtements et de la nourriture. Ses institutions caritatives contribuent, en étroite coopération avec les organisations caritatives internationales, à fournir gratuitement aux nécessiteux des services médicaux, des médicaments, de la nourriture, dans la discrétion, sans bruit ni propagande. En effet, tandis que le Vatican valorise l’être humain, respecte la vie de l’homme, cherche à aider les pauvres sans distinction, à les soigner, à les nourrir, à les habiller, nous autres à la Mecque, le berceau de l’islam, nous ne cherchons qu’à glorifier et idolâtrer une pierre morte en l’habillant en soie dorée. »
D’ailleurs, ce scandale n’est pas le premier qui exaspère Al-Qahtani. Il en profite pour dénoncer également un autre, celui du budget exorbitant que l’Arabie Saoudite consacre chaque année à l’impression de plusieurs millions de copies du Coran.
« Pourquoi, s’interroge-t-il, faut-il imprimer des millions de copies du Coran ? Avons-nous laissé un tout petit coin du globe terrestre sans y laisser une copie ? Et quel en est l’intérêt ? Pourquoi insistons-nous à en imprimer chaque année une quantité supérieure à celle de l’année précédente ? Est-ce uniquement pour la propagande, pour la vanité ou plutôt pour favoriser de purs intérêts financiers, permettant l’enrichissement de certains groupes particuliers, privilégiés, mais, sans doute, associés aux seigneurs du pouvoir politique ?
« Quand allons-nous mettre un terme à cette gabegie et investir tous ces fonds dans des projets de développement socio-économique au profit de nos coreligionnaires et de l’humanité ? »
Al-Qahtani ne s’arrête pas là. Il semble, d’ailleurs, obsédé par la cité du Vatican, son organisation et ses fonctions. Il y revient sur son blog trois jours plus tard, le 26 septembre 2015, pour évoquer la réclamation de certains pays arabo-musulmans quant à la création à la Mecque d’une institution internationale à l’instar de celle du Vatican. Elle devrait avoir pour tâche néanmoins la gestion du pèlerinage et la sécurité des pèlerins.
Par respect de la probité intellectuelle, Al-Qahtani évite tout amalgame. Il stigmatise, d’une part, les États musulmans qui revendiquent sporadiquement cette démarche pour des raisons politiques ou antagonistes à l’égard des autorités saoudiennes, mais aussi pour des ambitions politiques n’ayant aucun lien avec les affaires religieuses.
D’autre part, il juge honnêtes et crédibles ceux qui souhaitent transformer la Mecque en une institution universelle pour tous les musulmans, jouissant d’un statut similaire à celui du Vatican et assumant des tâches du même acabit. D’autant plus que ce dernier fut et demeure une institution de référence et de cohérence pour tous les catholiques du monde, en dépit de leur multiplicité ou de leur diversité linguistique et ethnique.
Al-Qahtani estime, enfin, que « le Vatican n’aurait jamais réussi sa mission et consolider sa position et son autorité, s’il n’avait pas renoncé à s’ingérer dans les affaires politiques et évité les alliances opportunistes. Il a su, à un moment donné de l’histoire, se réformer et se purifier de l’infamie politique, afin de se consacrer à l’organisation comme à la promotion de la vie spirituelle et religieuse des croyants chrétiens. Ainsi a-t-il acquis une respectabilité morale, très appréciée même à l’échelle internationale. »
En bon connaisseur de l’islam, de son histoire, de ses dogmes, Al-Qahtani manifeste de la dérision et du dédain à l’égard des responsables musulmans, y compris les politiciens, les penseurs, les activistes civils, qui réclament la création d’une institution en islam similaire à celle du Vatican.
« Comment osent-ils y penser, écrit-il, alors que tous les responsables politiques et religieux en islam se trouvent obsédés à outrance par l’exploitation politique de notre croyance et de ses ramifications confessionnelles ? L’histoire de l’islam, depuis sa naissance jusqu’aujourd’hui, nous montre clairement que leur seul objectif consiste à protéger les intérêts malsains des gouvernants, à amasser des butins, à réaliser illégalement et injustement des bénéfices matériels, à conquérir de nouveaux territoires, à idolâtrer les tyrans au détriment même de leurs coreligionnaires et de toute l’humanité. Pour y parvenir, ils manipulent aisément et toujours, les mêmes outils : l’intégrisme, l’extrémisme, le terrorisme, le fanatisme tribal, confessionnel, ethnique. Bref, les responsables musulmans ont toujours eu recours à tous les moyens possibles exploitables en politique. »
Ce penseur saoudien, quasi inconnu, reconnaît avec courage, mais aussi avec amertume, ce mal qui gangrène les sociétés musulmanes et qui favorise leur sous-développement et leur décadence.
« Il nous est impossible, conclut-il, de pouvoir transformer notre Mecque en une institution qui puisse fonctionner comme le Vatican. Tandis que celui-ci exerce une mission noble au service de la paix mondiale, de l’unité des Chrétiens, de la protection des déshérités, dans la défense des migrants, nous les musulmans, nous persistons à propager notre idéologie totalitaire, unilatérale, à exclure l’autre, jugé différent de nous ou ayant une autre vision du monde que la nôtre. Sans nettoyer l’islam de tout ce qui n’est pas religieux, sans une séparation totale entre la religion et la politique, nous demeurons condamnés à vivre dans notre sous-développement, nos divisions, nos conflits internes, notre barbarie, notre obscurantisme, notre léthargie, notre nihilisme, notre suicide civilisationnel. Et la Mecque ne deviendra jamais un Vatican pour les musulmans. »
Malek Sibali
(Deux liens illustrant les aberrations commises à la Mecque)
http://www.seneweb.com/news/61/une-femme-decapitee-en-pleine-rue-a-la-m_n_145417.html

Attention âmes sensibles : comment les Saoudiens traitent les 720 pèlerins morts à La Mecque

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6 Commentaires

  1. 6 millions de dollars pour habiller l’afrique et l’asie ?
    le budget annuel de l’armement américain est de 800 milliards de dollars !!!
    il faudrait seulement 30 milliards pour un terme définitif à la faim en afrique…
    Avec 800 milliards de dollars Les USA pourraient faire de la terre un paradis. Ils en font un enfer…
    ils se disent chrétiens djiseusse , je ne voudrai pas être à leur place au jour du jugement dernier. ils iront au même endroit que les habilleurs de pierre….

  2. http://www.hinduism.co.za/kaabaa.htm
    Sans me montrer affirmative il paraîtrait*que la Kaaba était à l’origine un temple hindou?
    ==> Si cela s’avère un jour être la thèse officielle et que historiens et archéologues parviennent à le démontrer, OMG: la honte totale THE religion of Peace et leurs adorateurs!!!
    * Dommage qu’il y ait si peu d’informations en langue française à ce sujet!

    • on peut pas savoir,vu qu’ils interdisent a tout chercheur et autre fouineur d’approcher le site !!

      • Pas faux!
        Ceci étant, je ne serais pas étonnée qu’il y ait une énorme part de vérité dans cette information.
        Vu qu’ils se sont pas gênés pour falsifier et tourner à leur sauce, la Torah et l’Evangile ===> pourquoi s’arrêter en si bon chemin?
        C’est qu’on n’est pas à une contradiction près avec ces égarés du cerveau!
        N’empêche, rien que de penser à cette infime éventualité, je me marre!!!

  3. Le Vatican n’a pas besoin des athées pour réfléchir …on connaît la persécution depuis 2000 ans. Non, non : c’est qu’au Vatican et ailleurs dans l’Eglise, il y a bien des fidèles qui réfléchissent et qui lisent la Parole de Dieu — laquelle, telle une boussole, nous ramène immanquablement dans le bon chemin.

  4. « le Vatican (…) a su, à un moment donné de l’histoire, se réformer et se purifier de l’infamie politique ». Tu crois vraiment à ce mouvement spontané ? Tu ne penses pas que certains philosophes, penseurs, plus ou moins athées ont un peu aidé l’église. Je veux dire beaucoup aidé l’église qui résistait et qui, même aujourd’hui, veut reprendre une place politique et se met trop souvent dans le sillage de l’islam, religion soeur, pour profiter de ses avancées. La loi de 1905 a contraint les religions monothéistes par nature totalitaires à se limiter à la sphère privée. La loi a oublié l’islam, ou, plus exactement, l’oubli vient de ceux chargés d’appliquer la loi…

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