Taricq Dali : de la censure à l'autocensure pour les hommes politiques (Assises)

Affiche-15-marsMerci d’abord aux organisateurs de m’avoir convié à intervenir aujourd’hui. Je le fais bien volontiers parce que je représente ici un mouvement qui a connu une plus forte notoriété au tout début de ce vingt-et-unième siècle qui menace tant les libertés. La Droite Libre avait été fondée, effectivement, en 2002 notamment par Rachid Kaci, Arnaud Dassier et Alexandre del Valle dans la foulée de la candidature à la présidence de l’UMP naissante de Rachid. Nous nous voulions libres et d’une droite décomplexée. C’est dire, si pour nous, la liberté d’expression est la pierre angulaire de notre mouvement.
De fait, en près de quinze ans d’existence, tous les membres de La Droite Libre ont pu s’exprimer, notamment par des voix discordantes sur tous les sujets dont ils voulaient se saisir. Il n’y a jamais eu la moindre restriction, la moindre dirais-je censure de quelque propos que ce soit et nous avons bien l’intention de continuer. Et cela nous a occasionné bien des quolibets et noms d’oiseaux que vous pouvez deviner.
Mais nous n’avons jamais été traînés devant les tribunaux… à une exception près. Et cette fois-là, ce n’était pas pour avoir parlé trop fort ou trop haut ou trop ce que vous voudrez. C’était parce que l’UMP, sans vouloir réellement se censurer, a voulu à tout le moins complaire à, je dirais, l’ambiance.
Vous vous rappelez tous les manifestations de masse et surtout les grèves qui ont accueilli la pourtant bien timide réforme Raffarin des retraites en 2003. Un brin facétieux, mais toujours ingénieux et maîtrisant à merveille les nouvelles technologies, Arnaud Dassier a fait aboutir l’idée géniale que voici : « les syndicats bloquent la France, bloquons leur leurs sites web, leurs messageries internet, leurs adresses e-mail, etc… » Le succès a dépassé nos espérances. Tous les sympathisants et même probablement des facétieux de tout poil ont adressé des spams à FO, la CGT, FSU, j’en passe et des meilleurs. La FSU a porté plainte. Marc Blondel, lui, Dieu aît son âme, est sorti de Matignon en assurant s’être plaint auprès du Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, du blocage des sites web par des jeunes excités de La Droite Libre, associée à l’UMP. Inutile de vous dire, et je regrette personnellement de n’avoir jamais remercié Marc Blondel, qu’il nous a fait une pub énorme. Et, encore une fois, lui n’a pas porté plainte.
En revanche, et c’est là qu’en guise d’autocensure, je reprendrai volontiers le mot utilisé par Jean-Yves Le Gallou pour décerner un de ses Bobards d’Or. Nous avons été victimes d’un kapo. En l’occurrence, et ça ne surprendra personne ici, M. Juppé, président de l’UMP.
Il s’est joint à la plainte de la FSU, l’avocat de l’UMP ayant été chargé de nous enfoncer un max en entonnant l’air de « ce n’est pas l’UMP, ce sont des activistes dont les thèses sont proches de l’extrême-droite, qui défendent l’alliance avec le Front national et… d’ailleurs, la preuve, Rachid Kaci a accordé une interview récemment à Minute ». Voilà la preuve, le pelé, le galeux parle à Minute. Peu importe pour Juppé et son avocat que l’interview en question n’ait pas eu le moindre rapport avec le blocage des sites web des syndicats. Rachid Kaci parlait, je crois, d’immigration.
Avec, pour conséquence pour Rachid, de se faire convoquer par le secrétaire général de l’UMP de l’époque, un certain Douste-Blazy, rassurez-vous l’histoire ne retiendra pas son nom. Convoqué pourquoi ? pas du tout pour les spams aux syndicats. Mais pour avoir parlé à Minute.
Voilà donc comment, à la faveur d’une blague de potache, La Droite Libre a non seulement écopé de 8 000 € d’amende. Mais comment on a, à la fois la démonstration de l’esprit d’autocensure d’un de ceux qui ont été parmi les dirigeants politiques français – on ne parle pas à Minute, c’est un péché grave, mon fils – et celui, je suis désolé, de collaboration : j’enfonce un des miens parce qu’un syndicat de gauche a porté plainte et qu’il est, de toute façon pas présentable parce que lui, garde sa liberté d’expression.
Cette affaire remonte à douze ans. Inutile de vous dire que rien ne s’est arrangé depuis. Il y a quelques jours, Gerald Darmanin, député du Nord, maire de Tourcoing, avait affirmé que « Taubira était un tract ambulant pour le Front national ». Tollé à gauche ! bon, très bien. Mais, personne ne l’a soutenu à l’UMP. Autocensure encore sous forme de « chacun a ses mots à lui », « je ne l’aurais pas dit comme ça », etc. etc. Mais le pire est que, quelques jours plus tard, c’est le même Darmanin qui a répondu, je ne sais plus sur quelle antenne, au journaliste qui l’interrogeait sur la question de savoir si l’Islam posait des problèmes. Il a donc répondu au journaliste qui ne s’y attendait manifestement pas : « mais toutes les religions posent des problèmes… » Ah bon ! Certainement que le jeune Darmanin, très jeune, a peur pour sa carrière et que c’était une façon de se rattraper aux branches après… après… un dérapage, voyons. Je vois que, dans la salle, tout le monde n’a pas encore les remarquables dictionnaires de novlangue de notre ami Jean-Yves Le Gallou. Il est vrai que Darmanin a été élu député, envoyé en mission, pour dégager quelqu’un qui ne se tenait pas bien, mais pas bien du tout… notre ami Christian Vanneste qui, lui, ne s’est jamais auto-censuré. Il faut bien qu’il donne quelques gages…
La leçon de tout cela est qu’il y a des coupables. De toute évidence. Pour se dédouaner d’un reproche que personne ne lui fait, on convoque un jeune parce qu’il a accordé une interview à Minute, et on s’associe à la plainte d’un syndicat communiste. Pourquoi Juppé s’était-il comporté ainsi ? Mais il y a aussi des victimes.
Beaucoup plus récemment, c’était en novembre dernier, durant la campagne pour la présidence de l’UMP, Hervé Mariton que j’ai soutenu, avait été sollicité pour accorder une interview à Minute. Il avait d’abord accepté avant de se rétracter. Naturellement sous la pression. Il avait, de toute évidence, subi des menaces. Ne voulant probablement pas subir le sort de Christian Vanneste, il a préféré abandonner. Il s’est autocensuré mais il est plus victime que coupable. La dérive totalitaire est réellement engagée. Si cette journée aura servi à le faire comprendre le plus largement possible, ce sera un premier acquis. C’est à partir de cette certitude que la liberté pourra reprendre ses droits.
En conclusion de tout cela, je voudrais citer deux grands personnages de l’histoire, tous deux très attachés à la liberté dans des registres bien différents à peu près un siècle d’intervalle. L’un s’appelait Winston Churchill. Il avait commenté les accords de Munich de la façon suivante : « vous avez choisi le déshonneur pour éviter la guerre. Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre ». à bien y réfléchir, cette réflexion était-elle différente de celle de l’autre, Chateaubriand qui, lui, avait constaté ? « La liberté qui capitule ou le pouvoir qui se dégrade n’obtient point merci de ses ennemis ». J’adresse d’abord cette réflexion aux partis qui se disent de droite en France.
Merci !
Taricq Dali
Co-fondateur de la Droite Libre (UMP)
Intervention aux Assises pour la Liberté d’expression, organisées par Riposte Laïque et Résistance républicaine, le 15 mars 2015

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