Tariq Ramadan et le préservatif

Publié le 23 août 2013 - par - 6 732 vues
Share

caricature_tariq_ramadan_double_langageTariq Ramadan, le «professeur d’Oxford», fait la tournée des popotes médiatiques pour expliquer sa vision de la situation égyptienne. Il était ce mardi à la TSR.

Darius Rochebin (journaliste à la télévision suisse romande, ndrl),   un peu perdu dans ses notes, fait remarquer au copain des Frères musulmans que l’armée a commis «des horreurs» en obligeant des manifestantes à des contrôles de virginité. Mais qu’il y a aussi «des horreurs» du côté des Frères quand ils veulent condamner les femmes à obtenir l’accord du mari pour voyager, ou condamner «le droit des adolescents à avoir accès aux contraceptifs »…

Le mari interdit à sa ministre-épouse de décoller

Là, vous êtes un peu estomaqué… pas par la première interdiction, bien connue en islam. On a même vu une ministre de Moubarak être empêchée durant deux heures de décoller, son mari refusant de lui donner la permission.

En revanche, on n’a jamais entendu un parti musulman autoriser des jeunes gens à faire l’amour («forniquer» comme ils disent joliment) sous peine de rudes sanctions. Alors, imaginer des islamistes laisser libre accès aux préservatifs… Ce n’est pas horrible, c’est surréaliste!

Vous avez dit horreur?

Les Frères musulmans défendent en revanche certains préceptes  vraiment horribles, comme priver les femmes de toute autonomie, les exclure de l’espace public, contrôler leur sexualité, et tout le reste de la Loi divine (héritage, témoignage, obéissance au mâle, autorisation à celui-ci de la battre, etc.) et punition des récalcitrantes selon les normes de la charia.

Le professeur d’Oxford allait-il rectifier à propos des préservatifs pour ados? Que nenni! Il utilise aussitôt les deux exemples «d’horreurs» pour faire avancer son schmilblick politique: «Attention, les positions dont vous parlez, ne sont pas celles des Frères musulmans, ce sont celles des salafistes!» (ses ennemis wahhabites)

Et en bouquet final: «Ces positions n’ont rien à voir avec l’islam!»

On s’étrangle… Mais pas Rochebin.

Le prosélyte invité comme expert

J’avoue être toujours  surprise de cette convocation systématique par nos médias de l’un des prosélytes les plus dangereux de notre époque, frère des Frères musulmans, comme s’il était un expert scientifique. Or, toutes ses convictions fondamentalistes –qu’il exprime rarement devant les journalistes il est vrai- sont accessibles. Je ne résiste pas, puisqu’il parle des mœurs salafistes, à signaler les siennes.

En islam, la contraception est interdite

Dans un livre-entretien avec Jacques Neyrinck (1999, régulièrement réimprimé depuis lors), le futur professeur d’Oxford dévoile les interdits. Il rappelle qu’en islam, l’usage de la contraception est prohibé. Mais il existe, précise-t-il, des autorisations exceptionnelles accordées par les religieux, à condition que l’usage de la contraception soit «naturel». Le professeur ne condamne pas la polygamie, ni l’interdiction de l’homosexualité, ni l’interdiction qu’une femme épouse un non-musulman, ni l’interdiction d’avorter « sauf dans la situation, établie par consensus entre les savants, où la vie de la mère est en danger. » Il pense que les cautèles mises par sa religion à la lapidation et à l’amputation les rendent presque irréalisables, et rappelle : « La fornication et l’adultère sont des choses très graves devant Dieu… »

Pour son livre Frère Tariq, Caroline Fourest a fait d’autres trouvailles dans les cassettes et conférences du prédicateur. Il conseille aux filles de ne pas participer aux activités sportives, et à ses troupes d’éviter les touchers de paumes mixtes: «Essayez de l’éviter, mais quand on vous tend la main, vous donnez la main.» Il condamne les relations sexuelles avant le mariage – mais pas les préservatifs pour ados?- et la présence d’un homme et d’une femme non mariés seuls dans une pièce. Il s’oppose à la fréquentation des piscines mixtes et ceci pour les deux sexes.

Le modèle d’émancipation des musulmanes? Vous ne devinerez pas!

Lorsque Neyrinck tente de trouver un modèle où le sort des femmes ne serait pas trop dramatique (Turquie? Tunisie?, suggère-t-il), le futur professeur d’Oxford lance tout de go: l’Iran: « l’évolution du statut des femmes iraniennes a été particulièrement impressionnant » (…) « l’Iran est sans doute l’un des pays musulmans qui a fait le plus de progrès, ces vingt dernières années, quant à l’évolution des droits de la femme (…) L’évolution, lente, pénible, mais réelle, se fait de l’intérieur du champ de référence musulman. » Oh merci et encore merci Ruhollah!

Pas d’amputation avant cinq ans, dit le savant

Hors mœurs et statut des femmes, on rappellera que Tariq est un  admirateur de Al Qaradawi, l’un des plus influents et l’un des plus radicaux des «savants» sunnites. L’année dernière, il a inauguré avec lui au Qatar un «Centre de recherche pour la législation islamique et l’éthique». Qaradawi a déclaré après la Révolution égyptienne: «Je pense que durant les cinq premières années, il ne devrait pas y avoir de mains amputées. Cette période doit être consacrée à l’enseignement.»

Devinette. Avec ce genre de convictions, diriez-vous que Tariq est Frère musulman ou salafiste ? Question subsidiaire: quelle différence pour les femmes et les humanistes?

 

La chaire du professeur d’Oxford aurait été achetée selon certaines sources bien informées…

Les idées et citations de TR sont empruntées à « Islamophobie ou légitime défiance?»

Mireille Vallette

 

Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.