Taslima, Ayaan, Sohane… ces femmes sont des héroïnes

Il est question que Taslima Nasreen vienne à Paris recevoir le prix S. de Beauvoir, que notre jury, créé à l’occasion du centenaire de la naissance de Beauvoir, lui a décerné le 9 janvier. Taslima erre de par le monde, et se sent abandonnée de la communauté internationale, qui fait profil bas, face aux menaces des barbares islamistes. Ce serait justice que notre pays, dont la réputation d’accueil devient un souvenir lointain, la reçoive pour ce prix, hautement symbolique et lui offre les conditions de sécurité nécessaires. Le prix a été également décerné à Ayaan Hirsi Ali. Celle ci sera à son tour à Paris du 11 au 14 février. Voilà des informations essentielles, si on considère que ces deux femmes, par leur courage et leur générosité, nous redonnent la fierté d’être humains. Elles reprennent le flambeau fragile de la liberté, que leur aînée, Beauvoir, a allumé avec son « Deuxième sexe », planétairement connu. Elles continuent à semer les petits cailloux blancs qui guident notre chemin vers plus de lumière. Pas un mot de tout ça dans la grande presse. Par contre, celle ci nous a inondé d’une non information sur la présence éventuelle de Carla Bruni aux côtés de Sarkozy. Même Yvan Levaï, journaliste dit sérieux, dans son kiosque du dimanche matin 27 janvier sur France Inter, s’interroge longuement sur ce palpitant suspense. Mais pas un mot sur les tribulations de Taslima ou de Ayaan. Que gardera la postérité de Carla Bruni ? Même pas le souvenir pâlichon de quelques vagissements asthmatiques sur CD. Peut être la mention qu’elle a partagé un bout de lit avec un des dirigeants les plus délirants de la France du début du XXIe siècle. L’histoire écume les temps présents, mais ne sait pas reconnaître les vagues de fond. Elle rendra justice, un jour, à Taslima, Ayaan, ou encore Sohane, moins connue mais qui a perdu la vie dans le bûcher que lui a dressé sous forme de poubelle enflammée un petit caid de banlieue. Et toutes les autres, anonymes, ces jeunes filles afghanes qui s’immolent vives, pour ne échapper au sort indigne qui les attend, ces femmes, un peu partout dans le monde musulman, qui sont mariées de force, violées, assassinées pour crime d’honneur. Ces femmes sont des héroïnes. Elles se hissent au dessus de leur condition, elles surmontent le destin qui les assignait comme toutes leurs semblables à la soumission et au néant, elles affrontent les risques mortels de la rebellion. Ce faisant, elles luttent pour la liberté et la dignité de toutes les femmes et transcendent leur histoire personnelle. Tout le contraire des « stars »si chères à notre temps qui se vautrent dans la boue de leur petite histoire. Mais ne nous y trompons pas, le goût de l’insignifiance n’est pas propre à notre époque. Toutes les époques ont eu le nez rivé sur « l’actualité », qui ne distingue pas le superficiel de l’essentiel, et consacre des événements et des personnes qui ne passeront pas le seuil de leur temps. Il y a toujours eu ce décalage entre les figures dans l’air du temps et celles qui passent l’épreuve du temps. Les premières répondent aux attentes superficielles de leur époque et seront balayées comme elle, par le vent de l’Histoire. Les secondes font avancer notre espèce hors des chemins de l’obscurantisme et de la bêtise. Elles deviennent à plus ou moins longue échéance, des modèles après avoir connu le mépris, l’oubli ou l’incompréhension. Ils et elles tirent en avant cette humanité au front bas. Taslima, Ayaan , Sohane et toutes les autres sont les héroines de notre temps, perdues dans le brouhaha de l’actualité. Mais elles sont déjà inscrites dans le marbre de l’Histoire.
Anne Zelensky

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