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Télé : avec « Disparition inquiétante », on a touché le fond

Cette fois-ci on a touché le fond de la télévision. J’avais cru que c’était dans « La faute à Rousseau », feuilleton dont j’ai regardé les deux premiers épisodes avec un prof de philo n’apportant rien aux élèves à part des citations, prof qui couchait avec nombre de ses collègues, mais non. Dans la fiction « Disparition inquiétante » diffusée hier sur France 3 et disponible en replay sur les sites de France télévisions, (œuvre que je vous déconseille de voir surtout si vous lisez cet article qui va bien divulgâcher), on a droit à tous les clichés que l’on peut trouver dans les téléfilms français actuels.

Premièrement Sara Forestier incarne une inspectrice de police, donc le casting démarre mal, on a choisi celle qui représente l’anarchie pour incarner l’ordre. Entendons-nous bien, je n’ai rien contre elle, c’est une actrice charmante mais pas dans ce rôle-ci (« Le nom des gens » lui allait très bien). Elle n’est pas crédible quand elle s’énerve lors des interrogatoires, comme une gamine immature qui donne des leçons à la terre entière.

La trame est le meurtre d’une institutrice lors d’une visite d’une cathédrale et l’enlèvement des enfants qu’elle accompagnait par deux jeunes adultes bien blancs dont on va découvrir qu’ils sont frères. Le motif de ce crime, je ne l’invente pas, c’est que quinze ans auparavant, cette institutrice, avec la complicité de sa hiérarchie, avait retiré le rôle dans la pièce théâtrale montée à l’école à un enfant, pour le donner à son frère parce qu’il jouait nettement mieux. Un traumatisme indélébile, cela va de soi. Il avait d’ailleurs alors tenté de tuer son frère pour cette raison, ce qui est parfaitement normal dans un tel téléfilm.

On le voit, on a affaire à une rancune bien tenace parfaitement crédible. Quand on connaît le profil type de celui qui agresse pour un mauvais regard, pour une cigarette refusée, cela devient risible.

Soulignons que chez les deux frères, le « gentil » est le brun et le super-méchant est le blond. En temps habituel je ne relève pas ce fait et n’en tire absolument aucune conclusion, mais dans ce contexte, cela semble vouloir dire que plus vous êtes proche du blanc type, plus vous êtes mauvais et un criminel potentiel puissance mille.

Par ailleurs le brun a été adopté et le blond non. C’est bien connu, être orphelin facilite la vie alors que les enfants élevés par leurs parents souffrent atrocement et ils trouvent difficilement leurs repères. « Tout le monde ne peut pas être orphelin.» Le mot de Jules Renard dans Poil de Carotte, qui n’était qu’une boutade, devient ici un adage auquel on doit croire et une attaque de plus contre la famille unie.

Cerise sur le gâteau, le salut dans le groupe d’enfants viendra de l’immigré car battu dans sa jeunesse, il comprendra mieux alors, à l’inverse des autres enfants, ce qui se trame et devinera le plan des kidnappeurs. Se faire battre est formateur pour un enfant, tout le monde le sait, encore un aspect édifiant de la morale interne de ce téléfilm.

Bref, rien n’est crédible du début à la fin. Tout cela parce qu’il fallait fournir un film correspondant au mieux aux critères moraux de l’époque dont l’ethnomasochisme est une composante importante.

Platon du Vercors