« Terre sans foyer », d’Antoine Sohier : le Congo de Léopold II

« L’on me dit tant de mal de cet homme, et j’y en vois si peu, que je commence à soupçonner qu’il n’ait un mérite importun qui éteigne celui des autres » est une phrase de La Bruyère que j’apprécie tout particulièrement car elle présente l’envie (1) de manière succincte, vraie. Et j’y pense souvent quand on dit du mal de la colonie, et tout particulièrement de la colonie belge qui, d’après des témoins ayant voyagé et vécu, ayant lu beaucoup, mérite des louanges.

Ces louanges s’adressent d’abord au Congo de Léopold II qui étonnait le voyageur par ses progrès rapides et j’ai apprécié le livre d’Antoine Sohier arrivé au Congo en 1910, très peu de temps après la fin du règne de Léopold II sur son EIC (2), (3)

Au début du livre, l’auteur parle de ses préparatifs, veut trop dire en même temps mais quand il arrive au travail de substitut du Roi dans la colonie, à la vraie vie des habitants, il m’a épatée et, une fois de plus, je me fais la réflexion que nos « historiens » belges feraient bien de s’instruire, de lire des histoires vécues au lieu de faire confiance à des auteurs qui, trop souvent, ne font que répéter des bribes de récits éternellement ressassés parce que frappants… auteurs qui cachent soigneusement – ignorent ? – l’attitude exécrable des Anglais au Katanga par exemple.

Le lecteur belge pourrait apprendre ici que le colonisateur, contrairement à ce qu’on raconte, respectait les hiérarchies locales, tentait d’éradiquer des coutumes locales comme les mises à mort pour sorcellerie, les enterrements d’hommes et de femmes vivants, les martyres atroces infligés à des innocents, l’anthropophagie… Il apprendra aussi ce qu’était le fameux « travail forcé » dans la réalité, il verra même que, parmi les colons, la variété de caractères était aussi grande que parmi les Belges de Belgique. Oui, il y avait des colons formidables de courage, de travail, d’empathie pour les colonisés et il y avait des colons « intéressés ».

Et je suis émerveillée de lire tout ce qui avait déjà été réalisé au Congo en 1910 ! Je constate la sympathie pour le colonisateur que, beaucoup plus tard, j’ai pu vivre, petite fille au Congo belge. Et j’insiste : lisez ce livre si vous désirez apercevoir une tranche de vie honnête et réaliste de la colonie. J’ajoute : lisez aussi les livres de George Orwell (4), (5) qui nous montrent ce qu’était la vraie vie en Europe à la même époque, lisez Marcel Yabili qui montre l’évolution de la vie au Congo depuis Léopold II (6).

Mia Vossen

(1) Helmut Schoeck, L’envie
(2) J-P.Nzeza Kabu Zex-Kongo, Léopold II, Le plus grand chef d’État de l’histoire du Congo
(3) G. De Weerd, L’État Indépendant du Congo
(4) G.Orwell, Dans la dèche à Paris et à Londres
(5) G.Orwell, Le Quai de Wigan
(6) M.Yabili, Le roi génial et bâtisseur de Lumumba

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4 Commentaires

  1. Les bobos d’aujourd’hui ont la fâcheuse tendance à oublier la vie que menaient nos grands parents. Un exemple parmis tant d’autre : mon grand père, né en 1885, était issu d’une fraterie de six enfants, il quita l’école dès ses quatorze ans pour entrer en apprentissage (menuiserie) et apporter son maigre salaire à la famille. Il habitait Romainville (la campagne au début du siècle) et après une journée de dix h de travail sur six jours par semaine, il rentrait le soir avec des tramways à chevaux. Par tirage au sort il « gagnat » ses 3 ans des service militaire, puis… la guerre arriva : gazé, blessé aux deux mains par explosifs, enterré dans des sapes à 2 reprises, il fut réformé en 1917 mais il survécu ! Et de bonnes âmes dégoulinantes de compassion voudraient que nos ancêtres soient des lopettes bisounours avec l’existence dure et impitoyable qu’ils ont vécu ?

    • Sauf que nous vivons en 2021. Avant c était avant. Les homes préhistoriques aussi avaient une dure vie.

  2. Hubert Védrines conseille de lire « Sortir de l’impasse Coloniale » de philippe san Marco… je pense que Mr Vedrines votera Eric Zemmour.

    Ce livre est précis et nous fait voir la réalité de l’afrique Pré-colonial, colonial et post-colonial il y a des leçons à en tirer

    On comprend que l’après colonialisme est le retour des conflits prè-coloniaux. L’islamisme n’est qu’un prétexte dans bien des cas.
    Tous les politiques devraient le lire

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