Thierry Roland, l’homme qui faisait aimer la préférence nationale à la France du football

Publié le 16 juin 2012 - par - 2 904 vues
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Depuis ce matin, j’écoute tous les hommages qui sont adressés à celui dont chacun reconnaît qu’il incarnait la voix du football français depuis plus de 40 ans, Thierry Roland. Le bougre a un sacré palmarés : 13 coupes du monde, et plus de 1300 matches commentés à la télévision, la plupart du temps avec son complice Jean-Michel Larqué.

Ce qui est drôle est la prudence avec laquelle la plupart des commentateurs lui rendent hommage. On évoque ainsi un reporter qui ne laissait personne indifférent, et donc certains excès, pas toujours défendables, avaient fini par irriter certains de ses détracteurs.

Sans aller jusqu’à cette vidéo ignoble des Guignols, qui font passer surtout Thierry Roland, et un peu Jean-Michel Larqué, pour des racistes primaires, beaucoup se sentent obligés de prendre leurs distances, de peur d’être amalgamés à celui que toute la bien-pensance considérait comme un beauf chauvin, gangréné par la lepénisation des esprits.

http://www.fdesouche.com/307353-thierry-roland-est-mort

Il est vrai qu’à leurs yeux, Thierry Roland avait de terribles défauts. Plus jeune que Roger Couderc, célèbre commentateur de rugby surnommé le 16e homme de l’équipe de France, et rendu populaire par ses célèbres « Allez les petits », Thierry partageait avec son glorieux aîné un amour immodéré de la France, et de ses équipes nationales. Il ne pouvait pas cacher sa joie quand l’équipe de France gagnait, et sa tristesse, voire sa révolte, quand elle perdait. Il considérait qu’un commentateur ne pouvait rester neutre, quand l’équipe nationale était sur le terrain, et que son rôle était de la soutenir, avec toute la passion dont il était capable.

Naturellement, à une époque où toute idée de drapeau, d’hymne national et d’amour de la France était immédiatement liée aux thèses nauséeuses de l’extrême droite, cela pouvait lui valoir quelque déboire, surtout quand le malheureux avait osé répondre, en toute candeur, à une interview du journal « Présent », ce qui suffit à abréger nombre de carrières journalistiques, quand on n’a pas la carte de visite de Thierry Roland. Dans une profession de faux-culs, qui vote tout de même à 74 % pour François Hollande au premier tour de la présidentielle, on considérait que la charte journalistique interdisait à un commentateur de se montrer trop partisan, et qu’il devait garder une certaine hauteur. Bref, les commentateurs du monde entier avaient le droit de s’égosiller au micro quand leur équipe marquait un but, mais en France, c’était interdit !

Heureusement, Thierry n’a jamais abdiqué, et est resté lui-même, quitte à subir d’infâmes campagnes de presse. Personne n’a oublié son célèbre « M. Foote, vous êtes un salaud, et vous devriez être en prison », adressé à un arbitre anglais qui nous avait « enflé » comme on dit dans le milieu footballistique, tout au long d’un match Bulgarie-France. Certes, ce n’est pas bien de critiquer un arbitre en direct, mais il avait traduit, avec ses mots, le ressenti de tout un peuple devant l’injustice. J’avoue, me souvenant de ce match, avoir proféré des propos homophobes devant mon téléviseur, au même moment. Ne supportant pas l’arbitraire, en 1986, il se révoltera devant le cynisme de Diego Maradona, contre l’Angleterre, marquant un but de la main, qu’il appela « La main de Dieu », visible de tout le monde, sauf de l’arbitre tunisien, qui accorda ce but. Il s’attirera les foudres de la bien-pensance en disant qu’un tel match n’aurait pas dû être dirigé par cet arbitre. Il parlait de son inexpérience, et naturellement, le politiquement correct  y a vu du racisme, et notre Thierry national dut s’excuser auprès des autorités tunisiennes, alors qu’il avait raison, cet arbitre était bien un tocard !

http://www.leparisien.fr/tv/videos-salaud-un-arbitre-tunisien-les-coreens-les-derapages-de-thierry-roland-16-06-2012-2051758.php

Mais surtout, Thierry Roland, c’était l’homme qui savait vous faire vivre des moments extraordinaires, quand Michel Platini transformait un coup Franc qui envoyait l’équipe de France en Coupe du Monde, quand la France entière pleurait l’injuste et révoltante élimination de Séville, contre l’Allemagne, en 1982, ou quand, en 1998, au moment où notre pays devenait champion du Monde, il ne pouvait s’empêcher de dire, la voix pleine d’émotion : « L’équipe de France est championne du monde, championne du monde, quand on a connu cela, on peut mourir… le plus tard possible ! Quel pied, mais quel pied ! »

Il ne fallait pas attendre de lui qu’il dévoile quelques dessous peu ragoûtants du football français, ce n’était pas son registre. Il faisait partie de ce milieu, avec ce qu’il avait de meilleur, et de pire. Il était dans un tout autre registre : c’était un vrai Gaulois, il était plus heureux quand la France gagnait que quand la France perdait, et il ne pouvait cacher son bonheur dans le premier cas. A une époque où des cerbères du politiquement correct ont réussi à faire virer Eric Zemmour du service public, et où Thierry Roland, certes âgé de 74 ans, n’officiait plus que sur la 6, sachons nous souvenir qu’il fut un temps, en France, où aimer son pays, et le dire avec passion, n’était pas considéré comme un délit relevant de la 17e chambre correctionnelle de Paris.

Puisse, n’en déplaise aux commissaires politiques de L’Humanité, sa gouaille populaire, son sens de l’humour décomplexé, sa liberté de ton, sa chaleur et surtout son amour du football et de la France inspirer toute une génération de journalistes formatés dans le moule d’un politiquement correct ennuyeux, et que le souvenir de ce vrai Gaulois les encourage à se lâcher comme savait le faire, pour notre plus grand bonheur, Thierry Roland.

Pierre Cassen

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