Toilettage de la loi de 1905 : plus le mensonge est gros, et mieux il passe !

Le Ministre de l’intérieur annonce des réformettes pour tâter le terrain, l’UMP aussi au cours d’un débat protégé par des escouades de CRS et de gendarmes dans un grand hôtel de Montparnasse. Le gouvernement (on va voir ce qu’on va voir) va prendre des décisions contre les pratiques de certains musulmans. Tout n’est que poudre aux yeux. Ces déclarations et ces débats n’avaient pas lieu d’être sauf au Parlement, où il avait sa place comme la loi de 1905. La réalité est autre, c’est la laïcité qui est en péril, et la loi sur les cultes du 9 Décembre 1905 qui est menacée. Alors qu’un sondage IFOP-La Croix en 2007 indiquait que les Français restent en forte majorité attachés à la loi de 1905 (68% pensent qu’il faut « ne rien changer » de préférence à « la réviser » (24%) ou à « la supprimer », (5%). Gauche et droite sont d’accord: 72% des sympathisants de gauche, et 67% des sympathisants de droite s’expriment en faveur du maintien de la loi en l’état) on nous annonce depuis longtemps qu’un toilettage aura lieu. il y a aujourd’hui un vrai danger tandis qu’il ne fait aucun doute que les partisans de la loi sont encore plus nombreux aujourd’hui.
En 2007 Michèle Alliot-Marie, Ministre de l’intérieur et des cultes avait déclaré la première dans la presse qu’il fallait « toiletter » la loi de 1905. On n’en a plus entendu parler jusqu’à il ya deux mois, quand le Président de la République a tenu des propos contre les musulmans, et la pratique de l’Islam sur le territoire. Il a eu ces phrases définitives « Je ne veux pas de minarets » « pas d’appels à la prière dans l’espace public » « pas de prières dans la rue ». Il ne voulait pas d’un Islam « en » France mais d’un Islam « de » France. Il annonçait un grand débat sur la laïcité et la place des religions, au mois d’avril et il en attendait des mesures concrètes. Ces mesures sont prises par Claude Guéant dés sa nomination à l’intérieur. Tout est dit. Laïques réveillez vous le toilettage de la loi commence !
Pour qui sait décoder les propos du Président le danger n’a jamais été aussi grand. Ce n’est pas l’Islam qui sera dans le collimateur, mais la laïcité. La loi sera modifiée pour favoriser l’Islam (et accessoirement les évangélistes). C’est le sens de la politique voulue et menée depuis des années par Nicolas Sarkozy (pourquoi voudrait-on qu’il en ait changé ?) et ce qu’il faut comprendre dans ses propos. Il faut, selon lui, aboutir à un corpus idéologique sur la place des religions en France en 2011. C’est bien cela qui est dangereux. Ce sont ces mots qui sonnent le glas. La loi contient en elle ce qu’il faut pour conserver une paix civile qui dure depuis 106 ans. La laïcité à la française mérite d’être défendue, et point n’est besoin de l’Islam pour en parler. La Laïcité est le plus solide pilier d’équilibre de la République, qui permet la tolérance entre les religions, la liberté de penser des citoyens, et la neutralité de l’Etat, Qui peut dire le contraire et le dire mieux ? Les relations entre l’Etat et les cultes ne sont pas la laïcité.
La Laïcité est propre à la République française. C’est notre conception de la laïcité, la laïcité dite à la française, et des relations de l’homme avec le « Ciel » qui a créé un homme doué de raison, qui n’accepte aucun commandement sans débat, fut-il venu d’une transcendance. Qu’il accepte d’être convaincu, c’est son affaire, personne ne le lui interdit, mais il ne le fait pas sans réflexion ni discussion, ni critique. Il est un citoyen né dans l’école de la République, à qui on a appris la liberté de pensée, celle de conscience, celle de s’exprimer. Il peut pratiquer sa religion, la critiquer, où ne pas en avoir, tout cela ne regarde que lui, et sa vie privée. C’est un citoyen qui est libre. On voit l’importance de l’école dans sa formation. C’est pourquoi les attaques contre la laïcité portent d’abord sur l’école (affaires du voile, affaire du Shabbat). Mais qui attaque la laïcité ? Les religions.
Qui s’attaque à la laïcité à la française ? L’Union européenne. Qui valide ces attaques dans son discours ? Le Président de la République. Cette triade fatale risque d’ébranler et de détruire notre « vivre ensemble » où l’’islam n’est pas seul en cause. La formulation la plus simple dans les textes officiels est un principe de neutralité de l’Etat devant toutes les religions, qui se retrouve dans la loi (art 2. La république ne reconnait ne salarie ni ne subventionne aucun culte). Ce qui signifie que l’état est incompétent en matière religieuse. La religion n’est pas dans la sphère publique. Elle n’est plus un fait public, le service public de l’église a été supprimé, et les traitements aux ministres des cultes également. Ont été interdits les crédits, les subventions à titre permanent et régulier destinés au service des cultes, sauf pour les crèches et les aumôneries, sauf également dans les trois départements d’Alsace -Moselle ou le Concordat de Bonaparte de 1801 est encore en vigueur. Mais l’Etat s’il ne reconnait pas les religions, les connaît. Il est tenu de garantir l’exercice de toutes les libertés religieuses qui sont des libertés publiques à condition que ces religions ne provoquent pas de troubles. Il surveille les cultes, mais ne surveille pas les individus. La liberté religieuse de chacun est totale garantie par la Constitution. L’Etat n’intervient pas dans l’exercice des cultes, ni le fonctionnement des églises. Il interdit aux églises d’intervenir dans le sien. Elle permet l’Egalité, de tous les citoyens, leurs droits sont égaux, quelle que soit leur origine leur race et leur couleur de peau. Par elle il y a égalité des cultes, égalité dans l’accès et l’enseignement à l’école. Elle respecte toutes les convictions sans en privilégier aucune. On ne regarde pas les gens en fonction de leur appartenance religieuse. Aucune ne doit dominer l’espace public. La laïcité est la base de toutes nos politiques d’intégration. Au fronton des mairies, la République a sa devise, qui est un programme de valeurs, et de respect des individus, Liberté égalité fraternité auxquelles on devrait rajouter laïcité.
Le concept de laïcité est simple et s’analyse en quatre volets. Espace de neutralité créé par la loi dans lequel s’expriment librement les philosophies et les religions. Concept politique de séparation des pouvoirs, concept social de division de la société en clercs (les religieux) et les non clercs (les laïcs). Concept philosophique qui s’appuie sur la liberté de conscience et de pensée, de croire et de ne pas croire. La Laïcité n’est ni le matérialisme, ni l’athéisme, mais ces derniers ont toute leur place dans la République. La loi ne fait que concrétiser ces concepts réunis, et l’Etat n’intervient que si se produit un trouble à l’ordre, par exemple avec les sectes. La loi n’est pas schismatique, elle rassemble (Jaurès) Elle a instauré un cadre dans lequel les religions peuvent et doivent s’organiser. Elle a donné à l’Etat l’instrument juridique pour se dégager de l’emprise des églises. La laïcité en ayant fait la guerre au catholicisme, a permis ultérieurement d’avoir la paix, et aux citoyens une liberté de pensée et de conscience jusque là inconnues. L’Etat restera toujours neutre, mais à condition qu’il n’y ait pas de troubles à l’ordre public ni intolérance, ni affrontements. C’est la paix qui dure encore !
On ne peut pas faire mieux pour la paix civile qu’une laïcité à la française. Ce devrait être un exemple pour le monde entier. La loi sur les cultes est une loi de liberté publique.
Que cherche-t-on en la modifiant ? Sans avant tout doute la compatibilité avec l’Union européenne, mais on ne peut pas exclure la recherche d’électeurs, ni la volonté personnelle d’un homme qui voit notre société à l’image de la société américaine, c’est-à-dire multiculturelle. Pourquoi ne pas vouloir croire aux propos de Nicolas Sarkozy ? Parce qu’ils sont ambigus, allusifs, mais surtout il avait naguère indiqué précisément une volonté différente. Pour cela il faut se référer aux travaux de la commission Machelon en 2005-2006. La lettre de mission de J-P Machelon précisait que (le Président alors Ministre) était convaincu, en raison des échanges qu’il avait eus avec les représentants des grandes religions, de la nécessité d’apporter un certain nombre d’amendements au corpus des textes (loi de 1905, dispositions du code général, des collectivités territoriales, du code de l’urbanisme, du code général des impôts…) régissant l’exercice des cultes et leurs relations avec les pouvoirs publics ». Tout était dit, et le toilettage écrit, en changeant le concept même de laïcité. Les mots ont un sens. Une commission de réflexion juridique sur les relations des cultes avec l’Etat, œuvre dans un domaine différent de celui de la loi de 1905. On se souvient de la notion de « laïcité ouverte » apparue, il y a quelques années, dans des décisions du Conseil d’Etat (affaire des foulards, affaire du Shabbat) et du Conseil constitutionnel, Le Conseil d’Etat considérait que la laïcité aujourd’hui était plutôt du domaine « des relations entre états et religions » que de la stricte application de la loi, et sans doute du domaine de la liberté d’expression individuelle. Mais cette liberté d’expression ne doit pas empêcher celle des autres. Elle n’est plus une liberté publique mais devient individuelle. La loi est une liberté publique. C’est notre « bien commun » républicain que l’Etat doit garantir, et s’il le faut empêcher les troubles. Or cette laïcité dite « ouverte » marginalise la neutralité de l’Etat, fondement de la loi, et opère un glissement vers une autre conception. Mais comme celle-ci est conforme à l’idée de laïcité dans les autres états d’Europe, cette dérive conviendrait parfaitement à l’Union européenne, ou le mot « laïcité à la française » n’est pas compris. Qui ne perçoit pas la perversité de ce glissement de conception de la laïcité ne saura pas ce qui va nous arriver. Puis la notion de « laïcité positive » chère à Nicolas Sarkozy, a fait son apparition (en bon langage français elle n’est jamais qu’un coup de piston !). Si on associe la laïcité ouverte à la laïcité positive, on devine les intentions de la Commission. Elles ne sont pas une surprise, elles sont en toutes lettres dans le texte du rapport : un rattrapage intense de l’islam. La laïcité positive ne serait-elle que cela que nous n’en serions pas plus étonnés. Il y a donc bel et bien une dérive de l’idéal de laïcité républicain et français et attaque contre la loi de 1905.
L’analyse d’une phrase dans l’introduction du rapport Machelon précise qu’à l’heure actuelle, la non-reconnaissance cristallise l’attachement des Français au principe selon lequel la République n’accorde de prééminence à aucun culte. L’Etat est neutre en matière confessionnelle. Il n’ignore pas pour autant le fait religieux. S’il ne reconnaît pas les religions il les connaît toutes. La diversification du paysage religieux français pose en termes renouvelés la question de l’égalité du traitement entre les cultes, le rattrapage de la religion musulmane, et des évangélistes
Voila ce qui nous attend. Ce n’est pas une seule religion qui est en cause, mais toutes car « Qui sème la burqa, récolte saint-Eloi ». Si demain on donne à l’un, il faudra donner à l’autre, et il faut s’attendre à une confrontation entre l’Etat et toutes les religions, qu’il faudra satisfaire au nom de l’Egalité. Si on modifiait dans ce sens la loi sur les cultes, cette grande loi de liberté publique, on ouvrirait les portes aux guerres de religion, et on compromettrait une paix sociale chèrement acquise par nos ancêtres. La loi suffit. La loi, rien que la loi, mais toute la loi. Ne permettons pas de détruire ce qui a tant couté, mais qui satisfait toutes les religions sauf une. Il faut sauver la « laïcité à la française ». Point barre ! Mieux vaut prévenir que guérir. A moins que notre Président n’ait l’ambition d’un cesaro-papisme inavoué, mais c’est un autre problème pour lequel il faudrait que l’on questionne le Chanoine de Latran. Peut-être dans une autre émission des « paroles da Français » ? Qui joue trop avec le feu finit par se bruler.
Jack Petroussenko

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