Tombes profanées : halte à la barbarie et son instrumentalisation politicienne

Rappelons-nous l’émotion qui avait soulevé la France, en 1990, lors de la profanation de sépultures, dans un cimetière juif, à Carpentras. L’enquête, longue de six ans, finira par confirmer la piste neo-nazie.
Depuis une vingtaine d’années, ces actes ignobles, dans différents cimetières, se sont poursuivis, et leur multiplication finit par entraîner une certaine indifférence de l’opinion publique.
La dernière vient d’avoir lieu, ce week-end, dans le Nord, où 148 tombes, dans un cimetière militaire ont été profanées dans la nuit de samedi à dimanche, avec des inscriptions hostiles à l’islam et à Rachida Dati. Une tête de porc a même été accrochée à une tombe.
Les profanations ont uniquement visé le carré musulman de la nécropole Notre-Dame-de-Lorette. Un cimetière militaire où reposent 40 000 combattants de la première guerre mondiale et qui compte 576 tombes dites musulmanes.
Comme l’explique fort bien le site Primo Europe (1) en 2007, les actes de ce type se sont multipliés, et ont touché bien d’autres lieux de sépultures.
Au mois de mars 2007, dans un cimetière de l’Hérault, des tombes ont étés profanées. Une inscription disait « Islam, tu vaincras ! ». Le carré musulman n’avait pas été touché.
Les Eglises ferment leurs portes pour se protéger des vandales, margoulins à la petite semaine ou revendeurs de haut vol qui se spécialisent dans la revente des objets religieux.
Les synagogues sont touchées par des razzias et des actes de vandalisme. Les mosquées et salles de prières également.
Les cimetières sont aussi la cible de groupes satanistes qui s’essayent au grand frisson. Les crucifix sur les tombes sont renversés la tête en bas. L’indice est pourtant clair.
Il n’y a donc pas hélas qu’une seule communauté qui est victime de ces actes racistes, et le combat contre les petits fascistes qui s’amusent à cela doit être sans concession.
Mais, au-delà de l’indignation légitime face à de tels actes barbares, un autre débat risque d’instrumentaliser ces actes ignobles, de manière manipulatrice et politicienne.
Le recteur de la Mosquée de Paris, Dalid Boubakeur, a parlé d’actes d’islamophobie, suivi du président de la République lui-même.
Le Mrap, par la voix de son président, Mouloud Aounit, a pris le relais. Il ne veut ne voir, comme à son habitude, dans cet acte que la montée de l’islamophobie. Cela signifie donc que, pour le président du Mrap, ces profanations ne sont pas d’abord racistes, mais anti-religieuses ! N’est-ce pas une vision quelque peu coloniale que d’enfermer les anciens combattants d’Afrique du Nord, qui ont combattu pour la France, dans leur seule identité religieuse supposée ? Etaient-ils tous croyants ?
Rappelons-nous que dans cette région, en 2005, Amar Bergham, 55 ans, se déclarant athée, avait fait savoir à ses enfants qu’il voulait être incinéré (2). Ceux-ci durent faire face à une longue procédure judiciaire, le recteur de l’UOIF de Lille, Amar Lasfar, ayant estimé qu’il était forcément musulman, et n’avait donc pas le droit d’aller au crématorium.
A une époque où l’Onu entend interdire toute critique de l’islam, et où tout a été fait pour faire bloquer le film de Geert Wilders, est-il bien digne d’utiliser un fait divers crapuleux pour continuer, de manière policitienne, à réclamer le retour du délit de blasphème, et à vouloir enfermer des citoyens dans leur seule identité religieuse ?
Lucette Jeanpierre
(1) http://primo-europe.org/impression.php?numdoc=Ed-343941203
(2) http://librepensee62.free.fr/spip.php?article147

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